Never trust a marxist in football !

20/12/2010

Extraits d'un article paru dans Technikart, octobre 2007

Skinhead des années 80 ....

« rappelle toi, c'était hier,
t'étais si jeune, t'en étais fier,
tu avais des bagues à tête de mort
et les yeux d'un serpent qui dort
». LSD

Il existe peu de chance que « This is England » attirent dans les salles au-delà des aficionados en complet docs/harrington et/ou des nostalgiques qui remontent les manches sur leurs tatouages pendant les heures de bureau. Tristement prévisible, malgré tout le bien que l'on peut penser du film. Car il manque un petit quelque chose de culture générale pour que l'histoire du jeune héros de Shane Meadow raisonne véritablement auprès du public français, avec en outre un gros risque de subir les malentendus et les mauvaises interprétations de la part de journalistes de cinéma, rarement à leur aise face à ce type d'objet cinématographique.

Au pays de La Tortue et de Justice, il faut souvent endosser la fonction de pédago sympa pour se faire entendre et surtout comprendre. Car si l'idéaltype du skin est profondément enracinée dans l'imaginaire collectif british, avec ses codes (vestimentaires notamment), son imagerie (tatouage, etc.), ses musiques ( le skinhead reggae, la Oi, le ska, dont tous sont rentrés dans les charts en leur temps), en France les crânes rasé demeurent une faction marginale et maudite de la famille rock, souvent diabolisée par des médias, qui ont avant tout misé sur sa frange nazie, invitant largement Serge Ayoub dit Batskin sur les plateaux de télé ou multipliant les reportages alarmistes sur le retour des SA. Et si le look skin s'est démocratisé, il faut davantage regarder du côté des gays que de la pop (même si quelques minets du Popin osent le Fred Perry)!

De fait, de toutes les bandes qui se sont succédées sur le macadam parisien, les skinheads s'avèrent sans doute ceux qui ont le moins peser positivement dans la mythologie urbaine à la sauce hexagonale (rappelez-vous « La haine » avec Kassovitz en skinhead lilliputien), si ce n'est comme repoussoir dans les clips de rap (« Bleu Blanc rouge » de RaggaSonic) ou méchants de service dans les téléfilms à deux balles de TF1.

« De toute façon , j'ai toujours cru que pour être skinhead, il fallait être anglais ». Les propos de Thai Luc dans le skinzine « [Une vie Pour rien->http://benjamos.free.fr/] », apporte peut-être son élément de réponse. Le chanteur de La Souris Déglinguée, groupe pourtant incontournable dans l'épopée des têtes de peau, sait en tout de quoi il parle, puisque peu de gens ont su dépeindre avec autant de talent le destin des « soldats perdus [...] avec une croix sur le front comme seul décoration ».

Peut-on s'arrêter là ? Une banale affaire de greffe qui n'aurait pas fonctionné et tourné à la caricature ? Pour élucider le mystère des skinheads à la mode de chez nous il faut remonter le temps. Pas très loin d'ailleurs. Rue Keller, près de Bastille. Born Bad. Le disquaire ressemble à une faille temporelle directement raccordée aux années 1980. Dans les bacs, entre ska et punk, des rééditions de 45t des groupes skinheads de la première génération : L'infanterie sauvage, les Tolbiac Toads , les Swingo Porkies... Bref, si la mouvance fut pour le moins groupusculaire dans les années 80, elle fascine ses descendants, qui ne cessent de gloser sur sa nature, de tenir ses annales, et de peaufiner sa légende.

Quitte à s'inventer un passé dont finalement peu furent parties prenantes, à coup de myspace (même le groupe lillois Snix, décédé depuis plus de 20 ans, a le sien) et de sites internet, certes parfois bien foutus. Philippe Roizes, qui suivait l'infanterie sauvage à l'époque, écrit non sans humour, dans les notes d'un live de 83: « Je n'ai Jamais vu plus de 250 personnes à un concert de l'Infanterie Sauvage. Alors il y a de forte chance pour que beaucoup de fanfarons soient de fieffés Menteurs ». On pourrait y joindre le nombre incroyable de gens capables de vous décrire dans les menus détails, à chaque fois plus raffinées, le concert de RAS à la ferme d'Emerainville en 83. Ce groupe à forte composante skin, mais clairement antifasciste, y subit les assauts et insultes des « natios », pas vraiment satisfaits de certains titres clairement tournés contre eux, à l'instar de « LVF » fustigeant les nouveaux collabos. Cochran, vétéran de la scène rockab (membre des Moonshiners), se montre encore plus cinglant dans Barricata, le fanzine des redskins parisiens du RASH, au sujet de l'Infanterie Sauvage « C'est mineur , je ne comprends même pas que cela puisse enthousiasmer des mecs qui n'ont pas connu cela ». On peut partager globalement le sentiment, sans oublier qu'un morceau tel que « Nuit Blanche » constitue un summum dans l'apologie de la zone, un équivalent punk des raps de Booba: « Je suis bien avec les copains, dans la rue jusqu'au petit matin, on voit des choses que tu ne vois pas on chante des trucs que tu ne comprends pas »

Et puis, comment ne pas être frappé par le nombre d'ex-skinhead de cette époque qui a si parfaitement réussi leur reconversion. Pierpoljak et Lord Zeljko dans le reggae, Manu le Malin dans la techno, l'ex-chanteur des Innocents, désormais apprenti Tim Buckley, qui grattait en 81 une guitare siglée « skinhead », ou plus modestement OG K, aka Kim, ancien Red Warrior passé au gansta rap via la Mafia Trécé. D'autres se sont plus simplement, et sans comparaison avec les précédents, rangés. Le chanteur du groupe nazi Légion 88, après avoir rompu avec ses anciennes convictions, est aujourd'hui un employé modèle dans un célèbre enseigne de disque du quartier saint-michel.

Cette période originelle du mouvement skinhead sur laquelle tant parlent, écrivent phantasme a duré au maximum de 79 à 83. Après « la magie » s'est cassée et commencèrent les années politiques. L'infanterie Sauvage explose ainsi en 84 ; quand son chanteur Geno montre des accointances trop marquées avec les fachos, ce que les autres membres non-skin ne supportent plus (il se noiera dans la Loire trois ans plus tard.)

Donc au départ la fameuse Bande des Halles (en expédiant les allégations, jamais prouvées, sur des skinheads français au Havre et à Rouen à la fin des années 60).Une quinzaine de cramés tout au plus, généralement d'anciens punks, originaires de la ville de Colombes pour les plus célèbres, ou des alentours (le Groupe RAS venait aussi d'Asnières et Bois-Colombes).Une équipe improbable avec à sa tête un christ vengeur : Farid, « le cockney raton » dont se moqua à l'époque Mano Solo, au sein du groupe Chihuiahuia, dans un titre certainement revanchard après qu'il se fut mettre à l'amende pour avoir osé imiter trois petites semaines les vraies skins (et passons sur de sombre histoires de photo montage ). Et bien sur Pierpoljak, ce que plus personne n'ignore depuis que Mc Jean Gba1, peu inspiré et apparemment mal renseigné (difficile à croire pour ex- Requins Vicieux de son âge), l'ait épinglé (ce dernier est depuis fort occupé ailleurs). Thai Luc se rappelle encore de la place peu apaisante de Pierrot dans les événements de l'Opéra Night en 1981, une bataille rangée qui valut au groupe une interdiction de se produire à Paris pendant un bon bout de temps.

Justement imaginez-vous la capitale au début des eighties. Moins propre. Moins de flics. Des squats et des rues crasses, voire fatales comme celle d'Oberkampf (méconnaissable aujourd'hui). Et bien sûr ses tribus : cats, fiftos, punks, et même Black Panthers, un des premières bandes de noirs, des amateurs de rock'n'roll qui se tapaient avec les Rebels au drapeau sudiste. Et au milieu les autonomes, tendance voyou de l'extrême gauche.
Un petit monde, entre la boite le Rose Bonbon, la périlleuse boutique New rose (qui n'y a pas perdu un Lp fraîchement acheté), les salles en banlieue (RAS joua en 82 dans la cité du Luth à Gennevilliers) et le Parc des princes pour les footeux. Les skins s'affirment vite des terreurs et les rois de la dépouille. Peu nombreux mais partout. Les docs ou les fringues dignes de ce nom s'achètent alors en Angleterre. Il faut savoir les « assurer ». Denis des Swingo Porkies raconte sobrement sa rencontre avec Farid: « il m'a dit : « tu chausse combien ? » » Les tatouages prouvent qui tu es et pas ce que tu veux devenir. Cochran ironise toujours dans [Barricata->http://contre.propagande.org/pravda/index.php] : «Quand je vois la facilité avec laquelle vous vous faites des toiles d'araignées et des hirondelles, ça me choque. Car j'ai été môme à une époque ou les mecs qui portaient cela, c'était des mythes vivants. »

La politique se limite à provoquer ou s'aventurer aux frontières de l'extrême violence, juste pour le frisson. Les premiers skins constituent de toutes façon un ramassis de vrais métèques : des juifs (Albert aux halles, Marco chez les Swingo), des rebeux (Farid ou encore Dino, frère de Jaïd, le champion du monde boxe thai et pote d'Ice T), des asiates (Fan), ... Même chez la génération facho qui suivra, on croise des prototypes à la Sniff, chanteur d'Evilskins (avec sa zyklon army), iranien d'origine, qui finira en fauteuil roulant après s'être fait tiré dessus par un punk à la sortie du Cithéa. Thai Luc, jamais avare de bon mot, continue d'en rire dans Barricata: « En fait j'ai toujours eu de la sympathie pour les étrangers. Le chanteur était iranien. Et moi j'adore les métèques. ».

L'ennemi s'appelle d'abord le mods et dans une moindre mesure le punk, notamment au Kop de Boulogne ou ils commencent à se faire virer, non sans résister ([Manu, chanteur des Sherwood Pogo->http://www.sofoot.com/entretien-avec-manu-fondateur-du-kop-of-boulogne-6542-article.html] saura leur donner du fil à retordre avec son blouson à l'effigie d' un crêteu poignardant un rasé).

Toutefois, si les skins français commencent à régner sur pavé parisien, le fossé reste grand avec les anglais. Démonstration. 16 février 1981, les Jams débarquent à Paris, au Pavillon Baltard. Les skinheads décident d'aller faire leur course en parka. Seulement le groupe se déplace avec sa horde de fans, des hard-mods pas très commodes et que les petits froggies n'impressionnent pas le moindre du monde. Olivier n'a même pas 16 ans. Il est dsemo dans son lycée de Montrouge. Il s'en souvient encore: « Je suis arrivé devant avec mes potes. Une rangé de skins, plus vieux et sûrement plus méchants que nous. Arrive un car de mods anglais qui nous embarque avec eux, rentrant dans la salle en défonçant quelques crânes rasés sur le passage. J'ai vue un birds à genou suppliant un anglais d'arrêter de cogner son skin de copain. Le monde à l'envers pour nous. Retour de bâtons, une fois arrivé au RER, les skins survivants nous attendaient. J'ai entendu « à trois je veux vos parkas ». Après j'ai couru sur les rails. »

Les bandes de skinheads se multiplient. A Bonsergent - "les gentils"-, puis à Tolbiac, les douteux avec Bruno à l'homosexualité flamboyante (il se fera tatouer le drapeau tricolore à l'envers pour se mater correctement dans la glace), futur amant de William Sheller, et ensuite au Luxembourg -Batskin y prend son envol. La politique remplace le fun. Toute le monde continue de se fréquenter, mais les couleurs s'affichent sur les patchs. Les nouvelles structures comme les Barrocks ou Rock à l'usine essaient de dissuader les nouveaux skins de venir, avec plus ou moins de diplomatie.

Les années 1985-1986 figent les positions. Beaucoup des premiers skins ont arrêtés (après tout, il s'agit d'abord d'un trip juvénile) ou plus tristement la drogue les a détruits, comme dans le cas des Halles ou pour YoYo des Swingo, décédé d'une overdose à 22 ans. Ceux qui restent ne provoquent plus, ils s'engagent. Les skins qui virent fachos se coupent de l'environnement de départ du mouvement ou rentrent en guerre avec lui, que ce soit au Parc des princes ou dans la rue. Les partis d'extrême droite s'intéressent à eux. Beaucoup de jeunes fachos singent le look skinhead.

En réaction, de plus en plus d'anciens skins « de gauche » et ou de punks fatigués de servir de cibles s'affirment Redskin (en référence au groupe anglais qui fusionnait l'attitude des Clashs et le son des Suprems, comme quoi Amy Winehouse n'a rien inventé). Les Red Warriors (Julien, qui tient aujourd'hui un bar à Ménilmontant -le Saint-Sauveur-, Jeff, Kim, Rico, Arnaud, etc.) naissent dans cette ambiance, bien au chaud d'un rock alternatif en pleine explosion (il n'existe pas alors de groupe redskin français au sens strict, sauf peut-être Nuclear Device et à la fin Ben Barka, basé à la fac de Tolbiac), quand les fafs se referment sur leur ghetto celtique. Les manifs anti-Devaquet offrent l'occasion de leurs premiers faits d‘armes (bagarre avec le Gud rue d'Assas). Parmi le SO étudiant, un certain Farid, futur chanteur des Lhaid Thernaiders, et de nos jours petit prince de la pub.

Batskin fonde de son coté les JNR en 87, s'immisçant dans les pas du MNR de Jean-Gilles Malliarakis, vieille figure de l'extrême-droite tercériste, aujourd'hui rallié a l'ultra-libéralisme. Il tente d'idéologiser les skins, de même que les hooligans du PSG. Avec un succès des plus mitigé. Pendant ce temps les Red Warriors sillonnent la France dans le SO des Bérus, livrant bataille à des skins provinciaux peu habitués à ce type d'opposition. Jamais Wawa et JNR ne s'affronteront directement, même quand ils se croisent par hasard au Mcdo de la place d'Italie, chacun restant sur une prudente réserve. Les petits soldats qui gravitent autour font en revanche les frais de la guerre larvée. Autre phénomène, des bandes de chasseurs de skins apparaissent, les Ducky Boys (d'anciens rockeurs, dont l'un d'entre eux s'essaiera à l'acteur dans « Les nuits fauves » de Cyrille Collard), puis en 89 les Ruddy Fox ferme la marche en renouant aux halles avec la notion de bande de skin pur sucre. L'arrivé des Black Dragons et bien auparavant les Asnays annonçait déjà les jalons d'une nouvelle réalité. Les Zoulous débarquent. Les années 90 enterrent les rêves de gloire des skinheads français, d'autres ont pris la place d'épouvantail.


Votre compte sur SOFOOT.com

0 réaction ;
Poster un commentaire


0 réaction :
Poster un commentaire