Hooliganisme, identité nationale et les kops du gouvernement
8 février 2010 à 16:48
On connaissait la fonction repoussoir des hooligans dans les médias, voire odieusement fascinante au cinéma. On ne savait pas qu’ils pouvaient servir si bien de prétexte à un règlement compte entre ex-chiraquiens et néo-sarkozystes. Les niçois - qui ont envahi la pelouse de Louis II, en profitant pour cogner les supporters de l’ASM (les pauvres, déjà que c’est pas facile de se penser ultra d’un tel club, alors en plus s’en prendre plein la gueule) et des stadiers pas franchement habitués-, doivent quelque part l’avoir mauvaise de se faire ainsi voler la vedette. Un tel fait d’arme aurait du leur assurer une véritable reconnaissance, ou même un couronnement télévisuel, après lesquelles courent tous les adeptes des « échauffourées » en tribunes. Un tohu-bohu digne d’un PSG-Caen de 1993.
Tout cela leur a été dérobé par les deux kops du gouvernement, avec une Michel Alliot-Marie, Tatcher bine de chez nous de la lutte anti-hooligan, qui n’a pas raté l’occasion de mettre à l’amende son successeur place Beauveau, qui de son coté ne cessait de critiquer la passivité du monde judiciaire, attaque indirecte contre l’actuelle garde des sceaux. Au final, entre décompte du nombre d’IDS, d’interpellations et l’annonce de la création d’un brigade spéciale d’intervention en survêtement pour effectuer les flagrant délit au cœur de la bagarre (l’occasion de se recycler pour certains,mauvais garçons « futurs flics comme dans orange mécanique » dixit LSD), nul doute que Rama Yade saura leur dédicacer à tous les deux le livre vert du supporterisme annoncé à la fin du premier congrès national des associations de supporters.
Toutefois, quitte à s’attaquer au problème du hooliganisme, il aurait été intéressant de réaliser la jonction, voire la fusion, avec le grand débat sur l’identité nationale qu’Éric Besson passe son temps à réanimer à coup d’électrochoc médiatiques. Car à bien y regarder, en se positionnant d’un point de vue footballo-centriste, les nombreux « dérapages », crispations, hypocrisie et autres double discours constatés dans les préfectures, règnent déjà depuis longtemps dans le petit monde des stades de foot. Personne n’y est raciste évidemment, quoiqu’ils disent ou accomplissent, et pour certains les racistes se sont de toute façon uniquement les « racailles » (ou les musulmans à casquettes renversés de Nadine Morano, va savoir).
Le désamour pour l’équipe de France a toujours touché des hools hexagonaux, qui contrairement à l’Angleterre (et ses 3200 hooligans interdits de coupe du monde) ne sont pas prêt de réaliser l’union sacré pour défendre une sélection tricolore un peu trop foncée à leur gouts. « Le nationalisme français ne se définit pas par le sport » nous explique l’historien Benjamin Stora dans le dernier n° de So foot (en kiosque près de chez vous). Et pour cause, l’extrême droite, chez nous toujours été plus réac, passéiste en retard d’une ou deux guerres, que (contre)-révolutionnaire. Elle a constamment méprisé ce ballon rond qu’affectionne tant les métèques et autres cosmopolites. L’équipe de France de ses dernières années lui renvoie ainsi une image somptueusement détestable.
Mais de fait certaines de ses branches dite « radicales » (ou « identitaires ») sont surtout en train de se Kopiser, c’est-a-dire de transposer dans le champ politique (cf .le parallélisme tronqué avec le sort des amérindiens par exemple) la notion du pré-carré « petit blanc » et de l’entre-soi franchouillard « année cinquante », avec des relents quelque peu similaires à la culture des gangs aryens américains (un ou deux degrés de violence en dessous, pour l’instant). Étrange retournement de situation. Les journalistes et sociologues cherchent habituellement l’infiltration des fachos dans les tribunes. Le processus inverse est peut-être en train de se produire, du moins en terme de culture politique.
Les vrais acteurs dans le foot du débat sur l’identité nationale, celui voulu par le gouvernement avant les régionales, ce sont donc peut-êre les hooligans et autres « indépendants » hurlant au racisme anti-français et brandissant le drapeau tricolore faute de croix celtique, n’aimant de leur pays que l’image que leur renvoie leur glace. Georges Sorel fustigeait déjà en son temps Maurras le « provincial » pour qui « son quartier contient le monde ». Et je crois me souvenir que Dominique de Roux, guère soupçonnable de marxisme, disait à peu de chose prêt qu’être français, c’est penser à autre chose que la France. A méditer.