Les activités sportives autour du vélo demeurent toujours parmi les plus populaires aujourd’hui. Cet engouement pour la petite reine, qui a pris au fil des décennies de nombreuses formes et variantes, constitue ainsi un des piliers de la démocratisation du sport en France. Pourtant loin d’être figée, la pratique du cyclisme fut toujours adaptée et façonnée au gré des envies de ses « francs coureurs partisans ».
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Article paru dans « Sport et Plein Air », revue de la FSGT en juillet 2010
Le tour de France vient à peine de commencer et encore aujourd’hui les commentateurs s’étonnent de ses pics d’audience, malgré le dopage avéré. Il parait en effet surprenant que cet « objet mobile » hérité du dix-neuvième siècle, ait réussi à conserver cette place unique dans le cœur des milieux populaires, après le règne de l’automobile ou la multiplication des disciplines, certaines beaucoup attrayantes en principe.
Car si l’on doit commencer notre histoire de cet étrange objet du désir ouvrier, il faut peut-être commencer par le détour inévitable des usines et de leurres masses laborieuse, d’une certaine culture ouvrière de l’effort et du courage. L’attrait et le rôle symbolique que vont acquérir le vélo auprès des « bras » de la révolution industrielle renvoie d’abord à ce que l’historien Patrick Gaboriau caractérise comme « […] le moment crucial ou le progrès industriel de la société contemporaine est entrée en contradiction avec la dure condition de vie imposée aux milieux populaires ».(cf. Le tour de France et le Vélo. Histoire sociale d'une épopée contemporaine, Paris, L'Harmattan, Espaces et temps du sport, 1995)
Un professionnalisme précoce et fondateur
Le cyclisme fut aussi un des premiers sports professionnels et donc à connaître l’emprise des logiques financières sur son développement. D’ailleurs les géniteurs du Tour, Henri Desgrange, patron du Journal l’Auto, et son collaborateur, Géo Lefevre, désiraient lancer une sorte d’OPA sur son avenir, dans l’ambiance délétère d’une France déchirée par l’affaire Dreyfus (ils n’étaient pas franchement du coté des défenseur du capitaine).
Pourtant la réalité du le vélo ne va jamais se limiter à cette « emprise » économique, y compris dans sa dimension compétitive. D’une part, parce que Le tour concentrera précocement la critique du sport commercial (« Les forçats de la route » d’Albert Londres en 1924 ). De l’autre, il symbolisera l’apport du monde du travail à la culture nationale en réconciliant l’amour des « terroirs » et le goût de l’effort des travailleurs du cycle ( cf. l’article de Georges Vigarello « Le tour de France » dans les Les lieux de Mémoire Tome III : Les France, paris , Gallimard, 1985).
Les roues rouges
Lorsque les sportifs ouvriers fondent leur premiers clubs en 1908 , ils intègrent évidemment le cyclisme, mais interdisent les récompenses en prix ou en argent. Toutefois ils concèdent, ayant conscience de ce que peut représenter alors ce petit pécule, le droit à leurs adhérents de concourir chez les adversaires « bourgeois ». Pour illustrer ce fait, rappelons que le jeune brigadier Pierre Sémard, futur dirigeant communiste et héros fusillé de la résistance, arrondissait sa solde en participant à Valence à des courses. De nombreux militant FSGT ensuite, comme le regretté Henri Ségard, se battront pour défendre leur conception du cyclisme populaire, (à ce propos, la FSGT organisa même en 1935 un légendaire Paris-Roubaix cf. E. Harel, « La belle histoire du cyclisme travailliste. Chronique du seul et véritable Paris-Roubaix 1935, » Dire en APS, n°58, mars 1996)
Surtout le cyclisme ne se limite pas à ce prolongement du travail ouvrier dans la compétition sportive. Il devient aussi par excellence le support idéal de ce que l’on n’appelle pas encore le « loisir ». La FSAS met en place de la sorte des sorties à vélo pour visiter Rouen ( et sa cathédrale !). Y compris dans les plus dures périodes, le vélo restera le roi de l’évasion. Albert ZANDKORN, membre du CPS X, s’en souvenait dans le livre consacré l’histoire de son club: « Je me rappelle une sortie vélo à Etrechy avec Georges Ghertman, c’était au printemps 1941. Nous sommes partis à vélo parce que le train, cela coûtait trop cher pour nous. Nous avons pris la route de Chartres, Rambouillet, Maintenon… »
Le Cyclisme n’a pas finit sa longue histoire. Malgré la piteuse image des dopés, les clubs et les pratiquants sont toujours aussi nombreux. Du polo-vélo des années trente au cyclo-cross et au VTT modernes (dont vient l’actuel maillot jaune australien Cadel Evans ) sans oublier toues les formes urbaines et acrobatique de « byke », il a su épouser toutes les formes des cultures populaires Il correspond également aujourd’hui à une réelle aspiration et besoin de revenir à des modes de transport respectueux de l’environnement et avec lesquels il est permis de prendre son temps. Flâner et s’échapper, les deux roues du cyclisme populaire.
Nicolas Kssis
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