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La bonne littérature serait souvent de droite, qu'en est-il du grand football? Peut-on imaginer une rencontre entre l'Inter(nationaliste) Milan d'Antonio Gramsci et le Paris Socialiste de Gauche de Jean Jaurès? Et si le foot rendait presque la politique de nouveau intéressante?

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Foot, le stade primaire du sécuritaire ?

Foot, le stade primaire du sécuritaire ?
07/11/2009

Le retour du spectre du hooliganisme sur le foot français? Violences à Nice, jets de Fumigènes à Grenoble, match interrompu à Montpellier, bien sur les échauffourées après l'annulation d'OM-PSG... avec en point d'orgue dramatique la mort de Brice Taton, supporter toulousain (membre des Indian Tolosa) à Belgrade. Rama Yade, qui a compris l'opportunité politique de sa relégation au sport, a immédiatement saisi l'occasion de s'emparer de ce « vrai sujet », qui intéresse évidemment davantage les médias que la refonte des services du ministère. Intelligemment, elle a laissé Brice Hortefeux, l'ultra du gouvernement, sonné la tirette d'alarme, pendant qu'elle proposait un 1er congrès national des supporters avec toujours ce souci de séparer le bon grain de l'ivraie.

De fait sur le versant répressif, le gros de l'arsenal existe. A l'heure des amendements anti-cagoule ou des délits d'appartenance aux bandes, le football se révèle un espace expérimental ou, sans grande résistance du coté de l'opposition, et grâce à l'image repoussoir du hooligan facho (et les amalgames avec les ultras, eux-mêmes pas toujours très clairs sur la distinction et les discours), il fut possible d'essayer bien des astuces judiciaires, aujourd'hui en train de se généraliser.

Vite dit ? « Les choses ne sont pas aussi évidentes que cela, nuance Anastasia Tsoukala, criminologue et maitre de conférence à Paris 11. En France en tout cas, contrairement à l'Angleterre, c'est d'abord en banlieue que tout a véritablement commencé, par exemple les RG se sont doté d'une section spécialisée dès le début des années début 90. Ensuite, par contre, sur certaines questions spécifiques comme la surveillance électronique, en effet le foot put être pionnier. Il n'empêche qu'il existe un va-et-vient entre le stade et la société sur cette problématique du sécuritaire qui ne cesse d'interroger. »

Un questionnement d'autant plus légitime que la première loi « anti-hooligan », qui a instauré notamment les interdictions de stades, a été voté sous l'impulsion de Michel Alliot-Marie, lors de son passage au ministère des sports sous le gouvernement Balladur (de 93 à 95). Elle a conservé depuis une certaine constance au ministère de l'intérieur, puisque l'interdiction administrative de stade, décidée par le préfet seul et sans décision de justice, a été introduite au sein de la loi contre le terrorisme en 2006. Preuve comme s'en inquiète Evelyne Sire Marin , ex-présidente du syndicat de la magistrature, que « les lois antiterroristes contaminent le droit commun ». On comptait ainsi pas moins de 53 IDS administratives (et 125 judiciaires, belle cadence !) avant les incidents de Grenoble et Nice. En attendant le vote de Lopssi 2 qui double la durée à 6 mois, un an en cas de récidive.

Hormis la continuité de personne, cette façon de penser la gestion des « foules hostiles » présente une curieuse parenté avec l'actuelle volonté du gouvernement d'entériner la fameuse loi anti-bande proposée par Christian Estrosi, qui punit de trois ans « la participation à une bande violente ». Le processus a des aires de déjà vue. Même recours à un fait divers médiatique (les affrontements entre supporters, la mort d'un jeune au Blanc-Mesnil de l'autre) pour faire passer la pilule. Prétention similaire à réclamer le consensus au nom de la sécurité des français. Et surtout posture identique à prétendre séparer le méchant hooligan et le bon supporter (versus le « lascars » et l'honnête habitant des cités), mais en appliquant finalement aux second la suspicion qui pèse sur le premier.

« C'est quand même frappant cette volonté de stigmatiser pour mieux cogner sur des fractions de la jeunesse, que ce soit dans les stades ou en banlieue. Certes elles sont aussi dures que l'époque l'est, mais pas franchement un danger grave pour la nation, commente désabusé Jérôme Reijasse journaliste auteur de « Parc », autobiographie d'un supporter du PSG. Comme si la priorité du pays c'était de s'en prendre à eux au lieu de régler les vrais problèmes.»

Tout comme les cyclistes doivent renoncer à leur droit à la vie privée au nom de la lutte anti-dopage (valeur cardinale non discutable), l'ensemble de la société découvre, de Tarnac à Hadopi, les secrets ressorts de ce nouvel impératif sécuritaire. Les bons sentiments couvrent souvent de mauvaises lois, et pire que tout inefficaces..

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