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La bonne littérature serait souvent de droite, qu’en est-il du grand football ? Peut-on imaginer une rencontre entre l’Inter(nationaliste) Milan d’Antonio Gramsci et le Paris Socialiste de Gauche de Jean Jaurès ? Et si le foot rendait presque la politique de nouveau intéressante ?

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Foot et bourgeoisie, cherchez l’erreur !

7 janvier 2010 à 16:51 Foot et bourgeoisie, cherchez l’erreur !

« Foot et bourgeoisie »

So foot, février 2007

Le football est un sport bourgeois d’origine. Ce n’est pas un jugement de valeur politique ou le fruit d’un marxisme obsessionnel qui permet de porter un tel regard de classe, mais simplement un fait historique aujourd’hui largement oublié. Lorsqu’il nait en Angleterre en 1863, ce sport s’adresse uniquement à un public de jeunes étudiant issus de la gentry ou de la bourgeoisie anglaise. De braves petits gars qui venaient assimiler dans les College les fondamentaux de leur futur rôle conquérant parmi les élites marchandes et industrielles de l’empire britannique. Le Capitalisme d’en haut s’apprenait donc un ballon au pied, en pratiquant un jeu en adéquation parfaite avec les valeurs libérales de la révolution industrielle. En outre, qui d’autres à l’époque disposaient du temps (les 35 heures pour l’ouvrier lambda se liquidaient en 2 jours et demi) et des moyens (ne serait ce que le prix des tenues), bref du loisir à tous les sens du terme, de s’y adonner ?

Naturellement, la situation va évoluer dans le sens d’une démocratisation accélérée et dès 1885 la fédération adopte le statut professionnel, signe indéniable que les possédants se sont déjà tournés vers d’autres disciplines, l’amateurisme restant le signe distinctif de l’éthique bourgeoise du sport (nul besoin de récupérer une rémunération autre que symbolique puisque le statut social vous le garantit d’office).

Lors de son arrivé en France, le football association connaît le même parcours de haut en bas de l’échelle sociale. Les jeunes hommes, généralement anglophiles qui l’introduisent au tournant des années 1880, se recrutent parmi les catégories les plus entreprenantes de la bourgeoisie française parisienne, par ailleurs plutôt frileuse et refermée sur elle-même et son pré-carré national, voir provincial (lire et relire Mauriac). Ainsi en 1897, quelques bourgeois assemblés à la table d’un bistrot de la capitale accouchent d’une société sportive, le Red Star. Parmi Jules Rimet, futur président de la Fédération International (FIFA) de 1921 à 1954 et à ce titre un des pères en 1930 de la coupe du monde. Pourtant En 1908 les joueurs quittent le boulevard de Grenelle dans le 15e arrondissement pour s’installer à Saint-Ouen, rue de la Chapelle. Le Transfert géographique accompagne le changement de public.

Il faut donc moins de dix ans pour que les bourgeois français quittent le terrain, que leurs enfants se voient orienter vers d’autres sports (comme le tennis), en quête de leçon de vie et de réseaux de sociabilité pour leurs carrières professionnelles (ce que les vestiaires de foot ne leur offriront plus très rapidement). En 1905, Edouard Pontié affirme déjà dans un livre consacré au Rugby qu’"il semble que l’association soit essentiellement populaire " et la même année, Raoul Fabens, un des premiers dirigeants du football français, ajoutait, dépité, « le rugby seul paraît noble, captivant. »

De fait les atypiques qui continuent de vouer un amour hors de saison pour le football, agissent souvent par goût de la contre-distinction, par opposition à leur milieu d’origine , voire par dandysme inversé (aller jouer parmi le peuple).

Comme l’explique fort bien Pierre Bourdieux, qui ne disait pas que des bêtises, « Tous les classes sociales ne demandent pas la même catégorie de résultat à leur pratique sportive. […] Et de fait, les sports les plus typiquement populaires, le football et le rugby, ou la lutte et la boxe, [...] cumulent toutes les raisons de repousser les membres de la classe dominante : la composition sociale de leur public qui redouble la vulgarité inscrite dans le fait de leur divulgation, mais aussi les valeurs et les vertus exigées, force, résistance au mal, disposition à la violence, esprit de « sacrifice », de docilité et de soumission à la discipline collective, antithèse parfaite de la « distance au rôle » impliquée dans les rôles bourgeois, exaltation de la compétition.”

De fait, pour les décennies à venir, le football en tant que pratique, déserte les quartiers riches. Si la bourgeoisie continue de peser dans le petit monde du ballon rond, elle y occupera la seule place digne d’elle, c’est-à-dire à la direction des clubs. ”Dans les plus petites villes, l’osmose entre les notabilités et la population se concrétise dans une passion commune du sport.” Précise l’historien Bruno Dumont. Ou alors, les architectes, catégorie bâtarde, entre l’intellectuel et l’entrepreneur ; toujours heureuse de construire les stades et e marquer une ville de son empreinte monumentale."

L’implantation des clubs parisiens amateurs dans la FFF signale à merveille cette frontière sociale. Pourtant forte de 235 000 licenciés, la ligue francilienne, on ne compte que dix clubs dans le 16ème arrondissement (pour 161 000 habitants contre 23 clubs à Saint-Denis et ses 87 000 résidents « légaux »).

Souvent les clubs implantés dans les quartiers bourgeois sont les fruits d’incongruité géographique ou personnelle. Clubs corpos dont le siège de l’entreprise est basé là. Ou bien ces associations fondées par des fils de concierges. Prenez le FC Paris 7, club FSGT, fondé 1988 Nuno de Suza et Karim Zerrouki. Et dont le recrutement se réalisera davantage auprès de la communauté portugaise et en banlieue que sur place. Cela dit, cette implantation leur ouvrit l’accès au stade Suffren, au pied de la tour Eiffel et du Hilton, le même ou Bob Marley venait s’ébattre lors de ses passages à Paris.

Il faudra attendre les années 80, et l’arrivée des capitaines d’industrie (genre Bernard Tapie), symbole d’ascension sociale, donc ayant eux-mêmes parfois pratiqué, pour que les choses rebasculent. Le foot change également de statut. Fierté d’exportation et de dynamisme après longtemps avoir été un stigmate de pauvreté de la France et de son incapacité à gagner.

Néanmoins, la carrière de professionnelle reste l’exutoire social des pauvres. On enrage pas de la même façon sa passion pour le ballon quand on sait qu’il peut vous sortir de l’ornière. Pour le fils à papa, il est bien plus facile de regarder les mouches voler dans un bureau de complaisance, en attendant d’aller sur le green de golf conter fleurette à sa secrétaire.






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