FFF ou le clash des démagos!
Le grand ménage tant annoncé ne semble pas prêt de se produire au sein de la FFF, vénérable institution que tout le monde laissait somnoler dans son coin, un peu comme l'Europe écoutait tranquillement les ronflements de « la sublime porte » (l'empire ottoman) avant 1914 (on connait la suite, surtout les arméniens!). Seulement un simili boycott (appeler cela une grève s'avère quelque peu offensant pour les gars de chez Conti), a suffit pour provoquer un (léger) vent (pet) de colère qui a renversé le président Escallettes.
Enfin, nous sommes loin de la révolution, même de palais, car à part éviter aux 23 mauvais élèves des « valeurs du foot » un match amical ennuyeux et leur laisser le loisir de se préparer « à fond » pour leur club (leur principal souci, y compris durant le mondial), rien de véritablement neuf ne paraît se profiler, sur fond de fausses querelles entre les anciens (les amateurs -; dans quelle autre discipline désigne-t-on encore le sport de masse d'« amateur », comme au dix-neuvième siècle?) et les modernes (les professionnels, qui n'en encaisse que les revenus à défaut d'en posséder les compétences).
Ce fut néanmoins l'occasion de mesurer combien, surtout en période estivale, le sport peut constituer un tremplin parfait pour la démagogie des politiques. Des déclarations à l'emporte-pièces qui rallient tous les suffrages et ne coûtent rien à ceux qui ne risquent pas d'appliquer les mesures « radicales » qu'ils préconisent (un peu comme un Nicolas Sarkozy pérorant à longueur de temps sur la fin de l'impunité des délinquants ou contre les « méchants » du capitalisme financier). Un exemple, parmi tant d'autre, avec l'interview Croisée de Jean-François Lamour (UMP) et Marie-Georges Buffet (PCF) dans Libération, deux anciens ministres prêts à saisir n'importe quel micro qui se tend vers eux.
« Marie-George Buffet : En 2000, j'avais milité en faveur d'une réforme du système électoral. Je préconisais une élection sous la forme un licencié, une voix. »
Donc petit rappel institutionnel sur la démocratie représentative en France sous la cinquième république. Pour se présenter à la magistrature suprême, il faut rassembler sur son nom la signature de centaines d'élus -; voilà la pour la contrainte constitutionnelle-, aligner un parti politique derrière soi -; voici pour la logistique minimum et la pesanteur historique-, rédiger un programme politique et surtout cliver l'opinion sur des enjeux clairs afin que l'absention ne monte pas trop.
Face à des millions de licenciés dont le principal souci concerne la bonne organisation de leur championnats de district (ou le maintien de la subvention de la mairie), il y a donc fort à craindre que les candidats (une droite et une gauche?) ne puissent vraiment les mobiliser que dans la surenchère apocalyptique ou extatique autour de l'équipe de France (ce qui en soit ne servira pas à grand chose) et l'illusion qu'ils auront enfin leur mot à dire, et plus seulement au café du commerce ou devant leur télé. Pour le reste, la cooptation tournera toujours a plein régime, et comme le « Guépard », il faut que « tout change pour que rien ne change. »
« Jean-François Lamour : Donner des responsabilités aux professionnels ! Le constat est que le monde professionnel sort indemne de la Coupe du monde sud-africaine. »
Évidemment! Et le système bancaire n'a rien à voire dans la crise économique? Le foot professionnel fabrique désormais, de plus en plus seul (les gamins rentrent dès 10-11 ans en centre de formation -; ce qui laisse peu de temps pour s'imprégner de cette délétère ambiance de « cité » qui horrifie tant Eugène Saccomano), les joueurs pro qui viennent peupler l'équipe de France. Leur mentalité, leur « état d'esprit » et leur égo sont d'abord le fruit d'une culture « pro » qui s'est métastasée durant la dernière décennie, ou l'emballement médiatique le dispute à la chasse permanente aux transferts. Même l'encadrement , Domenech en premier, provient quand même davantage des clubs pro que des rangs des profs d'EPS de l'éducation nationale.
Si les « amateurs » de la fédé (il faudrait s'entendre aussi pour déterminer si des notables fédéraux d'une structure comme la FFF peuvent être encore qualifié de bénévoles?) n'ont pas su gérer cette « chienlit », c'est d'abord que le foot pro a créer les conditions de l'explosion en vol de l'EDF. La faillite de Knysna révèle ainsi d'abord les dysfonctionnements psychosociaux d'un foot pro qui oublie que si l'argent fait jouer ses stars, c'est le passion du jeu (par les millions de spectateurs, de joueurs du dimanche , etc..) qui remplit leurs besaces. Un peu de tenue et de prise de conscience de la dimension « symbolique » du foot relève juste du service après-vente minimum et justement de la compétence professionnelle. C'est sûrement là que le bas (et l'élite) blesse.