Never trust a marxist in football !

05/11

Bien sur que Pat Evra n'est pas à plaindre. Finalement il l'a bien cherché, et c'est presque un mérite que l'on peut lui reconnaitre. Toutefois le traitement de son cas peut laisser sceptique, voir hébété devant la fainéantise intellectuelle qui nimbe la plupart des indignations sélectives à son encontre. D'une certaine manière, il continue simplement de jouer ce rôle de catalyseur de l'hostilité envers une génération maudite du foot français, dont les « dérapages », les excès et les échecs ont façonné pendant une décennie le rapport de notre pays à son football. Etrangement c'est pour cela qu'on l'aimait. Petite tentative, y compris auprès des supporters phocéens, pour défendre celui qui semble n'exister que pour être détesté.

Le foot français va mieux. Du moins son équipe de France. Ses joueurs filent droit, et si le fond du jeu ennuie, plus personne n'éprouve de « honte » à leur égard. Le foot macroniste en marche si l'on voulait pousser la logique du contexte jusqu'au bout. Mais qu'est-ce qu'on s'emmerde. La « nouvelle vague » fait le taff et assure les arrières. Patrice Evra n'est pas de celle-là, il n'émarge pas au rang des petits garçons polis qui disent merci à qui de droit et répondent si parfaitement aux questions d'après match qu'on a l'impression qu'on leur a greffé une appli directement dans le cerveau. Il est arrivé au pire moment. Peu importe ce qu'il a accompli en club. Aux yeux du peuple le ballon rond, malgré tout encore, ne se résume toujours pas totalement au palmarès en premier league ou en champions league. La NBAisation - ce basket ou les sélections nationales comptent si peu et dominé économiquement et culturellement par un seul championnat- de cette discipline n'est pas achevée et donc le foot n'est pas encore et seulement qu'un sport, fut-il business.


Voila le drame ancien, la malédiction des dieux qui s'est abattu sur Patrice Evra. Avant de sombrer à Knysna ou de s’abîmer dans les scandales, sa « génération » s'avérait d'abord en dessous de la précédentes, qui venait de d'offrir sa fameuse étoile aux bleus, et semble-t-il moins prometteuse que celle qui arrive un humble sourire sur le visage. Toutes les frasques n'en deviendront dès lors que le symptômes de cette déception, amplifiée par la crise politique et culturelle que traverse le pays, notamment et évidemment, quoiqu'en pensent certains, sur les origines de ses enfants, fusent-ils ses héros -déchus donc- à crampons. Le regard porté sur son show MMA au Portugal restera indexé, non sur le geste- condamnable – qu'il a commis , mais sur ce qu'il incarne dans notre mémoire nationale si sélective. Eric Cantonna est entré dans le Panthéon du foot français pour avoir refusé de se laisser insulter en Angleterre, Patrice Evra portera le stigmate d'avoir refusé de subir le même sort et d'avoir régi comme 90% des ultras ou des quidams dans la rue l'aurait fait. De la même manière Maradona se transforma en un dieu avec une main quand Thierry Henry bizarrement disparut du tableau d'honneur, malgré les services rendus, de l'EDF pour la sienne.


Alors que Patrice Evra ne nous a jamais, personnellement, fait rêver sur le terrain , l'homme, on aurait presqu'envie de dire le « citoyen » si ce terme n'avait pas perdu sa saveur républicaine à force d'huiler la comm politique, nous a toujours intéressé. Parce qu'il ne s'est jamais plaint contrairement à d'autres. « Combien de personnes aimeraient être à ma place ? Il y a des personnes qui se lèvent à 6h du matin pour faire des boulots pénibles. Alors que moi, je tape dans un ballon, je gagne bien ma vie, je remporte des trophées, j'ai une belle famille. Qu'est-ce que vous voulez que je demande de plus ?  » Parce qu'il est toujours sorti du cadre et qu'il en a payé seul les pots cassés. Il s'est emporté contre un « confrère », le voilà convoqué à la FFF. Il se retrouve au milieu du beau bordel sud-africain, il en sera l'archétype du coupable aux yeux de l'opinion -même davantage qu'Anelka, qui s'occupera seul ensuite de gâcher son image-, alors que des voix discrètes lui reconnaissent aussi aujourd'hui d'avoir éviter le pire.


Tout le monde regrette un foot aseptisé, ou le story telling imposé par les clubs ou la fédé, condamne souvent le journalisme à la spéculation ou le « off ». On demande aux footballeurs d'être des modèles, des exemples, de cultiver les vertus de « citoyenneté » -on y revient – auprès de notre belle jeunesse. Quand un Patrice Evra se permet de parler librement – quitte à dire des absurdités-, ou simplement refuse de raser les murs, on le cloue au pilori. Les supporters marseillais avaient tous les droits de ne pas apprécier sa prestation sous leurs couleurs, de ne pas aimer ses shows, parfois ridicules, sur les réseaux sociaux ou encore je ne sais quoi. Cependant ces tribunes qui ne jurent que par leur indépendance et n'acceptent pas tomber le regard devant leur direction - qui parle si facilement d'eux comme de "soi-disants" fans de l'OM- ou la LFP, quelque soient leur propres excès, ne vont-ils pas regarder Patrice Evra finalement comme l'un des leurs. Il n'avait certainement pas à être violent. Néanmoins ce soir là, comme finalement, il l'a toujours fait, il n'a pas laissé l'homme libre qu'il était aux vestiaires. Même si parfois il s'agit aussi de la liberté de se planter et de faire des conneries. C'est pour cela qu'il va nous manquer, et que le type de football qui arrive derrière manquera aux supporters du vélodrome.


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