Never trust a marxist in football !

06/12/2012

L'histoire du sport, et singulièrement du sport ouvrier, tient beaucoup, quoiqu'en disent les tenants du dogme coubertinicien, de son rapport à la sphère politique. Ces trois extraits des archives du PCF permettent par exemple de mieux comprendre les relations entre le « parti d'avant-garde » et son « organisation de masse » la FST puis la FSGT, durant les années trente, ainsi que de mesurer l'ancienneté d'une prédilection pour la chose athlétique qui en se dément pas jusqu'à aujourd'hui.

Il ne faut pas néanmoins négliger que ces interventions orales prononcées lors des séances du Comité Central se produisent dans des contextes très différents. Ainsi les deux premières surviennent en pleine période de la stratégie « classe contre classe » et du « front unique à la base »  ou le communisme français rentrait en opposition frontale, en plein accord avec les orientations de Komintern, avec le reste des forces politiques, et notamment les socialistes (et donc leur organisation sportive l'USSGT ) qui le lui rendaient bien par ailleurs.

La longue présentation de Raymond Guyot condense en revanche un parfait résumé de la façon dont les enjeux de l'unité du sport travailliste français - qui débouche sur la naissance en décembre 1934 de la FSGT-, s'inscrivaient parfaitement dans la nouvelle orientation de « front populaire » à laquelle s'était ralliée le parti de Thorez (cf. Denis Peschanski « Et pourtant ils tournent » , Klinksciek) . On peut noter au passage malgré tout une vision très « utilitariste » du football, premier sport populaire. Il faudra attendre longtemps avant que se réalise une appropriation un peu plus critique et innovatrice du ballon rond.

Comité central (postérieure au 9 décembre 1930). Extrait du rapport de Benoît Frachon sur la M.O.E. (ancêtre de la M.O.I.)

« Il faut aussi que nos organisations aident les ouvriers immigrés et créent des organisations de masse sous notre influence, des organisations sportives, artistiques. Nous avons par exemple dans la région parisienne un certain nombre d’organisations sportives, tel que le club des nomades, etc... adhérents à la F.S.T. Le parti ne s’y intéresse pas beaucoup mais les fascistes s’y intéressent et dans un de ces sociétés « l’Unité », les fascistes ont envoyés leurs délégués, et même dans le conseil d’administration il y a des militants fascistes ; ils font la pénétration dans nos propres organisations, alors que nous négligeons le travail. » « Le club sportif hongrois « l’unité » a fait 40 adhésions. Le club des Nomades adhérents à la F.S.T. 120 adhésions au cours de la campagne de la C.G.T. Italienne à l’I.S.R.. »

Extrait de l’intervention de Leduc , dans le cadre de la discussion sur le rapport de Frachon.

« D’abord, une rectification concernant le club des Nomades. Ce club est sous l’influence des fascistes hongrois, et l’Unité lutte sous l’influence du Parti communiste. Les camarades hongrois avaient une position putschiste et ils voulaient saboter les réunions fascistes. Nous avons discuté et les avons amené à une autre conception. Nous avons quelques camarades qui sont adhérents au Comité depuis le 1er septembre... où nous avons une importance importante de front unique. »

Comité Central des 22, 23, et 24 octobre 1932 Extrait de l’intervention de Michaud :

“ Pas d’attitude précise à l’égard de l’U.S.S.G.T.. Cependant, cette organisation est forte et est renforcée par des adhérents quittant la 3 F.A.. Il faut parler un langage particulier aux jeunes groupés dans l’U.S.S.G.T. qui la considèrent comme une organisation ouvrière. La F.S.T. n’a pas eu de politique sérieuse à l’égard des jeunes ouvriers groupés dans l’U.S.S.G.T.. ou la 3 F.A. Il faut développer l’opposition au sein de ces organisations et non grignoter leur adhérents. Il faut défendre dans les sociétés sportives le droit de matcher [sic] avec les clubs de la F.S.T. C’est sur cette base qu’on peut lutter contre la militarisation de la jeunesse. (...) ”



Intervention de Raymond Guyot devant le Comité Central (C.C.) du Parti Communiste français le 1 novembre 1934. Le passage sur le sport ouvrier s’inscrit dans le flot d’une longue intervention sur les moyens d’attirer la jeunesse vers le Front Populaire. Raymond Guyot (1903-1986) était alors secrétaire général des Jeunesses Communistes et membre du C.C. du PCF.



« La troisième question, c’est celle de l’unité sportive qui est maintenant posée, non seulement dans la théorie et dans les perspectives, mais qui est posée tout de suite devant nous.

Je veux plutôt utiliser les minutes qui j’ai ici pour parler de l’unité sportive parce que nous avons tous les uns et les autres des choses extrêmement importantes. Si nous voulons orienter , comme nous le voulons le congrès de fusion qui se tiendra vers le 24/25 décembre entre la Fédération Sportive du travail et l’USSGT. Nous avons là un élément essentiel pour élargir considérablement le Front Populaire parmi les millions de jeunes gens et de jeunes filles qui pratiquent le sport. 

Le fait brutal est devant nous, l’essor même maintenant vers la centralisation , et après avoir défini les formes d’organisation, l’accord vient d’être fait entre les deux sommets de la FST et de l’USSGT pour convoquer la tenue d’un congrès de fusion. Cet événement à une importance énorme, d’abord du point de vue national parce que c’est le premier acte, la 1ère fois qu’en France que nous avons non seulement revendiqué de lutter pour l’unité organique d’un grand mouvement de masse, mais nous avons maintenant le congrès et ceci a une importance pour le mouvement syndical parce que maintenant l’on peut aller devant les travailleurs de France avec l’exemple précis d’un congrès de fusion de l’unité organique d’une grande organisation, d’une grand mouvement , et les camarades de la CGTU sont d’accord pour utiliser au maximum maintenant ces faits énormes pour accentuer le mouvement pour l’unité organique dans les syndicats.

Ceci a une importance également extraordinaire du point de vue international, et d’ailleurs l’IRS prend l’exemple de cette décision de fusion pour accélérer dans tous les pays le mouvement unitaire et déjà on lance l’idée de la tenue d’un grand congrès de fusion international de toute les organisations sportives du monde.

Examinons maintenant la marche des mouvements sportifs vers l’unité organisée. Déjà avant le 6 février il y avait un certain nombre de meeting communs, des rencontres communes, entre groupes ou les équipes de l’USSGT et de la FST. Ce mouvement a grandi d’une façon rapide et massive immédiatement après le 6 février. C’est alors que nous avons été en mesure de lancer un appel aux masses sportives de l’USSGT pour l’unité organisée à la base dans l’action, pour l’unité sportive générale.

Quelques semaines après la tenue du congrès de la FST se tenait le Rassemblement International , qui lui a réussi à mettre en pratique les décisions sorties du congrès de Juillet de la FST et de montrer des horizons tout à fait nouveaux et leur donner l’assurance qu’on pouvait maintenant s’unir dans une vaste fédération.

C’est ainsi que l’on peut voir que demain dimanche se dérouleront dans la région parisienne 60 matchs communs entre l’USSGT et FST. Il faut ajouter pour comprendre la rapidité de l’unité organique maintenant posée devant nous, que les grandes masses sportives sont composées de jeunes et que plus que dans n’importe quelle couche le désir qui s’exprime souvent violemment de l’unité est grand dans les jeunesses communistes, laïques et républicaines et que cela a inévitablement des répercussions dans le monde sportif. Ce sont ces raisons qui font que nous pouvons pousser avec assez de rapidité dans le domaine sportif vers l’unité organique. Quelle est la tâche politique posée devant le C.C. et dans le Parti en ce qui concerne ces événements ?

Pour répondre à cette question, il faut voir quels sont les obstacles politiques posés devant nous. Ces obstacles sont mis devant la marche vers l’unité sportive sur une base de classe par les chefs de l’USSGT.

Quels sont leurs arguments ?

Le premier est celui-ci : il ne faut pas poser la question des revendications dans l charte d’unité, il faut seulement affirmer que nous sommes pour l’unité. Camarades , ici nous avons touché un des problèmes fondamentaux du mouvement ouvrier, nous avons discuté longuement avec les camarades de l’USSGT et nous sommes arrivés à l’unité là-dessus. Mais est-ce que dans la masse de l’USSGT cette question est bien claire ? Non. Et ici il faut faire des efforts très grands pour orienter, créer la fédération unique, non pas unique dans une audition, non pas seulement dans un congrès de fusion qui auditionnerait les membres de la FST et de l’USSGT mais orienter toutes nos forces pour que cette fédération unique s soulève l’enthousiasme des centaines de milliers et de millions de sportifs organisés dans les organisations bourgeoises et laïque. Aussi à ce sujet, je crois que toute activité des communistes doit dans cette période qui s’ouvre devant nous s’orienter pour diriger notre activité pour toucher ces masses.

Je veux dire qu’il faut en particulier s’orienter vers l’UFOLEP, grande organisation qui groupe 60 000 adhérents en France. Avons-nous des possibilités de gagner des grandes masses de l’UFOLEP ? Oui. Nous avons non seulement nous travaillons bien la possibilité de faire avec elle une fédération unique. Pourquoi je dis cela, regardez camarades la base politique sur laquelle l’UFOLEP fait ses déclarations dans leur direction même. Nous n’avons pas là-dessus de divergences…

Camarades nous avons ici la base antifasciste la plus claire, la plus précise et c’est sur cette base antifasciste qu’a été crée il y a quelques années et que se développe le grand mouvement de l’UFOLEP, organisation laïque sous la direction de cette idéologie, de cette tendance précisément et profondément antifasciste.

Cette organisation de l’UFOLEP est particulièrement forte dans tout le centre de la France ou les laïcs et les radicaux-socialistes sont forts, c’est vers eux que les communistes doivent tourner leurs yeux, c’est ici que nous devons à mon avis faire tous les efforts. Enfin dans les grandes fédérations, en utilisant les scandales et les différenciations qui s’opèrent dans les grandes fédérations. Une autre discussion qui au eu lieu avec eux, la question du caractère de masse. Les dirigeants de l’USSGT avait dans leur premier projet émis l’idée suivante, que chaque dirigeant (ou plutôt chaque cadre, plus le dirigeant national), de la fédération unique devrait être membre ou du PC ou du PS, et, plus loin, ils ajoutaient et demandaient de présenter dans la charte d’unité que nous mettions comme tache principal de la fédération unique d’attirer au parti socialiste et au parti communiste les travailleurs sportifs. Cette proposition à première vue paraissait très radicale, mais nous l’avons combattue et nous avons convaincu les camarades que cela gênerait le recrutement et le développement en organisation de masse de la fédération unique. Je pose ces questions parce qu’il ne s’agit pas seulement de discuter avec Goujon et Lallemand, mais il faut convaincre des milliers de sportifs. Le dernier écueil était celui de l’adhésion à une internationale. Ils ne sont pas pour l’Internationale de Lucerne, c’est à dire réformiste, mais ils ont indiqué qu’ils ne croyaient pas désirable de poser actuellement à l’Internationale Sportive Rouge. Ils disaient : si vous posez la question au congrès, en même temps que le congrès sera d’unité, il serait également congrès de scission. Nous avons beaucoup discuté cette question, nous n’avons pas toujours été d’accord avec les camarades qui travaillaient avec nous - Cornavin par exemple. Nous avons dit que nous ne pouvions pas passer cette question de l’adhésion à l’IRS de façon brutale, qu’il faut œuvrer pour rallier la fédération unique à l’IRS et que c’est ainsi que nous sommes tombés d’accord avec les dirigeants des l’USSGT et nous sommes arrivés au vote d’un projet signé des deux fédérations, et dans lequel nous disons (lecture à haute voix).

Et, camarades, ici nous avons seulement réalisé la fédération unique, mais nous n’avons donné à l’Internationale la possibilité de faire un grand pas international et d’aboutir le plus rapidement que si nous n’avions maintenue la première décision à l’unité de toutes les forces sportives du monde en une seule internationale.

Voilà, camarades où nous en sommes. Quelle sont les difficultés rencontrées et sur quoi je demanderai au CC d’orienter le Parti sur la préparation du congrès de fusion, qui sera très probablement convoqué les 24,25 décembre. Mais le congrès de l’USSGT se réunit en même temps que le congrès extraordinaire de la FST, c’est à dire le 10 et 11 novembre prochain. J’ai une crainte que le poids de l’USSGT du Nord soit contre la position prise par le reste de l’USSGT et je demande, nous demandons aux camarades du Nord de prendre des mesures d’organisation dans ce sens et de faire dans les dix jours qui vont suivre et jusqu’à Noël un effort de propagande pour que nous ne soyons pas battue par la fédération du Nord.

Aussi la question est posée devant nous de porter devant les masses toutes ces questions et nous commençons dès maintenant. Dans toutes les régions, on doit les poser d’une façon différente. Dans le centre de la France et dans tout le midi , j’ai l’opinion qu’on doit se concentrer –puisqu’il y a une position favorable- sur l’UFOLEP.

Je pose aussi la question devant les camarades de l’Alsace Lorraine. Là-bas nous avons une situation très difficile, nous avons une FST adhérente à l’IRS, mais indépendante de la fédération française. Il n’existe pas , en face, de la FST une organisation correspondante de l’USSGT mais une région de l’USSGT et justement la scission s’est faite sur cette question. Je crois qu’il faudra rapidement examiner avec les camarades d’Alsace-Lorraine ce qu’il y a lieu de faire ici.

Voilà , camarades, les questions que je voulais traiter comme les plus importantes. »


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