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La bonne littérature serait souvent de droite, qu'en est-il du grand football? Peut-on imaginer une rencontre entre l'Inter(nationaliste) Milan d'Antonio Gramsci et le Paris Socialiste de Gauche de Jean Jaurès? Et si le foot rendait presque la politique de nouveau intéressante?

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De l'a-moralité du Capitalisme et de la mort programmée du Football !

De l'a-moralité du Capitalisme et de la mort programmée du Football !
22/02/2010

La crise persiste et les bonus s'envolent.... Ne pas oublier donc que puisque , comme l'a même compris Eric Zemmour, le Capitalisme s'avère par essence a-moral (bref on ne fait rien par sens civique mais uniquement par intérêt financier), et que le football est né du besoin d'inculquer des valeurs morales (reste évidemment à discuter lesquelles), le doute identitaire actuel du sport n°1 dans le monde ne se résume qu'à la conséquence logique de la confrontation, dans un même espace socio-politique (le football professionnel), de deux logique inconciliables et pourtant complémentaires dans l'organisation médiatique et économique de ce sport.

Bref peut-on maintenir l'illusion de l'unité culturelle et universelle du football quand les présidents des clubs pros pensent d'abord à gérer un fond de commerce. Et en attendant le Keynes ou le Lénine du ballon rond, il reste le Parc de Prince?

Psg / SG, cherchez le coupable idéal...

So foot, mars 2008

Sur Facebook, de petits malins sûrement en quête d'un petit paragraphe de reconnaissance médiatique (que nous leur accordons volontiers), ont ouvert un « groupe » soutenant la candidature de Jérôme Kerviel, avec son superbe nom d'arrière gauche d'En Avant Guinguamp, au poste de manager de Southampton (ils n'ont apparemment pas bien captés que le petit gars n'avait pas engrangé un centime des milliards de perte qu'on lui impute). La bonne blague n'est pas si farfelue. Après tout Nick Leeson, qui avait coulé corps et âme la vénérable Barring, ne s'était-il pas reconverti en directeur général du club irlandais Galway united?

Le foot pro et la haute finance internationale constituent d'ailleurs des univers assez similaires, des étoiles jumelles ou encore des parents incestueux. Et cela depuis l'essor à la fin du dix-neuvième siècle de l'empire britannique, qui emporta dans ses bagages ses ballons ronds autant que sa foi indéfectible en la libre entreprise. Avec une bonne approche marxiste de base, il s'avère donc extrêmement facile de renifler ces liaisons dangereuses. Les ennemis du sport, version Jean-Marie Brohm et consort, ne rate d'ailleurs jamais une occasion de nous le rappeler: le football, c'est le capitalisme sans les costards, le libéralisme en short et crampons, bref l'adversaire de classe mais déguiser en beauf. Et d'ailleurs comment leur donner tort quand on s'amuse à recoller les morceaux du puzzle. D'une certaine façon l'entrée des clubs en bourse ressemble davantage à des retrouvailles d'anciens élèves en écoles de commerce qu'à un mariage contre-nature.

Le football et la Haute Finance partagent d'abord un même capharnaüm de bon sens greffé sur de fortes valeurs individualistes : récompense au mérite, apologie de l'esprit d'équipe au service de la victoire du groupe (ou de l'entreprise), et foi absolue en un leader « meilleurs d'entre nous ». Rajoutez-y que les footeux comme les traders ne sont pas des travailleurs au sens strict, mais sont rétribués par un système complexe de rémunérations diverses, ou le salaire n'occupe plus forcément la première place. Tout ce beau monde croit dur comme fer à la réussite par la force de la volonté et se fixe de précieux indices de performance comme horizon. En résumé le footballeur pro incarne dans le sport un échantillon assez « pur » et concentré de libéralisme, quand le trader se révèle le dernier aventurier sportif en armure, l'ultime avant-centre de l'économie moderne. Ajoutez-y aussi une fascination quasi-religieuse pour les calculs de probabilités et les statistiques, bref tout ce qui peut conjurer les imprévue d'un environnement angoissant ( la bourse qui s'effondre sous les rumeurs, un joueurs qui regarde un mondial sur le banc pour un tir ml cadré). Le goût du risque et le sens de l'initiative, forgent en tout cas des « habitus » commun, selon l'expression de ce brave Bourdieu. Tous au taquet, tous dopés ?

Seulement la France reste la France, même en matière de libéralisme. Et Le bouc émissaire une belle spécialité nationale en guise d'exception culturelle. Notre président « de la rupture » peut ainsi nous seriner une docte leçon de savoir vivre et gagner plus -« Je prends mes responsabilités. Et quand il y a une erreur je paye et je paye cash » (au passage belle citation à la Scarface, merci Mouloud pour la quote)-, son homologue de la Société Générale s'en beurre les noisettes. Quant il s'agit de sauver son siège, les critères objectifs d'évaluation des responsabilités disparaissent derrière le banal rapport de force. Le libéralisme représente surtout une idéologie, avec sa dose intrasèque d'hypocrisie, en foot comme en bourse. Daniel Bouton n'a donc pas jugé bon de quitter ses fonctions, et il s'est empressé de tout mettre sur le dos d'un Jérôme Kerviel, coupable idéal : étudiant moyen, agent guère transcendant, et au passage le Figaro nous apprend la présence d'une traduction du coran chez lui (les traders suivraient-ils la voie de Nasri et autre Anelka ?). Ce brave Bouton remercierait presque la crise que la SG vient de traverser, en filant sans complexe la métaphore footballistique : « Nous allons contrôler mieux la partie qui commençait a aller trop vite ».

Il y a du Alain Quezac chez cet homme-là, et surtout du Gérard Houiller, quand ce dernier balança l'échec de la sélection nationale sur les épaules d'un pauvre Gignola, titulaire en pointillé, pour mieux cacher son passif. Gignola / Kerviel même combat. Même profil. Mêmes victimes d'un système tout bête : le libéralisme c'est pour des gagnants qui ne perdent jamais. Les autres espèrent ne jamais sentir le souffle de l'obus. Les pédagogues du sport aiment à penser que la compétition c'est l'égalité de départ, l'inégalité des résultats. Le foot comme la bourse fonctionnent exactement à l'inverse.

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