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La bonne littérature serait souvent de droite, qu'en est-il du grand football? Peut-on imaginer une rencontre entre l'Inter(nationaliste) Milan d'Antonio Gramsci et le Paris Socialiste de Gauche de Jean Jaurès? Et si le foot rendait presque la politique de nouveau intéressante?

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Chronologie croisée foot/rugby

Chronologie croisée foot/rugby
15/03/2010

Au moment ou le XV de France déboule vers son grand chelem et que les bleus se dirigent vers l'une des pires coupe du monde de leur histoire, rappelons-nous que jamais les trajectoires du ballon rond et de l'ovale furent rarement synchrone dans l'hexagone. L'occasion au de penser à autre chose que les tristes affaires du PSG.

Chronologie croisée foot/rugby

So foot , décembre 2007

Depuis le schisme originel entre les deux frères ennemis du ballon, le foot et le rugby n'ont cessé de croiser leur chemin et de se marcher sur les pieds. Histoire parallèle de deux sports aux destins pas vraiment comparables.

1) 1823 : Jeu de main, jeu de vilain. Un beau jour de 1823, en la belle ville (enfin pour qui l'a visité) de Rugby, William Web Ellis, un étudiant de 16 ans certainement en pleine poussée d'acné libertaire, se décide à prendre le ballon à la main pour aller marquer un but, lors d'une de ses nombreux matchs de « foot-ball » que les Colleges anglais organisent pour calmer les ardeurs (notamment homosexuelles) de la jeunesse dorée. De cet acte fondateur, probablement légendaire (les écossais et surtout les irlandais réclament la paternité de l'innovation), le nom de ce garçon gagnera l'immortalité et viendra se graver sur le trophée de la future coupe du monde. Pourtant quand sonne l'heure d'organiser des rencontres régulières entre établissements scolaires, donc de figer des règles communes, ce sont les partisans du jeu au pied qui lancent les hostilités. La Football Association (F.A.) est créée en 1863, en grande partie sur les bases du « dribbling game » de Cambridge, interdisant l'usage des mains et des coups de pied dans les tibias. Rugby, invité, refusera cette émasculation et partira constituer la Rugby Football Union en 1871. Plus d'un siècle plus tard, la fédération internationale, l'IRFB, transformera en 2000 son sigle en International Rugby Board, abandonnant définitivement le f de football à son concurrent. L'histoire a tranché.

2) 1872. Les normands du Hac. Le Havre Athlétic Club est-il l'introducteur du football ou du rugby dans l'hexagone. En fait ni l'un ni l'autre. Lorsqu'il est fondé en 1872, les joueurs hésitent et adoptent en 1884, après un vote, une formule mixte appelée « Combination » (les deux sections distinctes ne seront créées qu'en 1891). Il faudra attendre la naissance des clubs parisiens comme le Racing ou le Stade Français pour que la séparation des styles s'affirme, et que les premiers championnats soient initiés au début des années 1890. Les deux disciplines restent d'ailleurs au début abritées sous le chapeau de la même fédération, l'USFSA de Coubertin, plutôt aux mains de rugbymen. Le foot s'émancipera progressivement avant la grande guerre et le rugby migra vers le Sud-ouest.

3) 1895 : La lancinante question du professionnalisme. Le professionnalisme constitua la grande question éthique qui va définir symboliquement les cultures foot et rugby. Le football anglais en accepte le principe en 1885. Le rugby ne peut s'y résoudre malgré le développement de la pratique chez les ouvriers, surtout dans le Nord industriel. Ce blocage entraîne la scission de la North Rugby Union en 1895, autour du droit de dédommager les salariés qui jouent sur leurs heures de travail. Le schisme enfantera le jeu à 13. Cette problématique hantera longtemps l'Ovalie. En 1931, alors que le foot hexagonal franchit enfin le rubiconds, les Anglais excluent la sélection tricolore du tournoi des cinq nations (elle y était admise depuis 1910) pour violence et amateurisme marron. Les Français lancent leur propre fédération internationale de « rugby amateur » et ne rejoindront le giron de l'International Board qu'en 1977.Ironie de l'histoire, le rugby, qui déploiera toujours l'étendard de l'amateurisme pour se différencier du foot, fut viré définitivement des JO après 1924 pour avoir manqué à cette obligation. En 1995, fin de l'hypocrisie. Le rugby accepte ouvertement le professionnalisme.

4)1938 : La Marée basse. Les deux sports les plus populaires en France stagnent au plus bas en termes de performances internationales. La France organise la coupe du monde de football, mais c'est l'Italie fasciste qui l'emporte le bras tendu, pendant que les bleus font pales figures à domicile. En même temps les rugbymen, interdits de tournois des cinq nations, doivent se contenter de matcher contre des formations de second ordre, dont l'Allemagne. Signe des temps, ils ne perdent qu'une seule fois contre les teutons, en 1938 à Francfort, sous les oriflammes d'une immense croix gammée. Munich arrive et la suite, on la connaît.

5) Vichy et le Rugby : je t'aime moi non plus. On classe souvent le rugby à gauche. C'est oublier ainsi un peu vite qu'il fut l'enfant chéri de Vichy. Surtout sous le règne du Colonel Pascot, ancien joueur de Perpignan et Narbonne, commissaire général à l'éducation générale et sportive à partir de 1942. L'État Français interdit de la sorte le rugby a 13 et confisque ses biens. Il proscrit également le professionnalisme et laisse trois ans au football pour y parvenir. Le discours réactionnaire du régime se reconnaît dans un sport rural, enraciné, vertueux et viril, aux antipodes du foot des villes et des « métèques ». Pourtant, les effectifs de la FFFA explosent numériquement et le rugby se recroqueville encore davantage sur son bastion du sud-ouest. C'est beau la résistance !

6) 1968 : La décennie rugby. 1968 est une année merveilleuse pour le rugby français. Celle de son premier grand schlem dans le tournoi des 5 nations (elle en compte huit au compteur, le dernier en 2004) Ce succès est couronné le 25 mars par une victoire 9 à 14 sur le Pays de Galle. Il marque l'apogée du XV de France (5 victoires de 1960 à 1970), qui avait remporté son premier succès non partagé en 1959. Il établit aussi la fin de la domination anglo-saxon et gaélique, tandis que le foot français n'existe quasiment plus sur le plan international. Le 20 mars des étudiants décident d'aller visiter les dortoirs des filles et sans le savoir lancent mai 68. Aucun rapport.
7) Argentine versus Afrique du sud Avec la fin des années soixante-dix débute la grande période des boycotts dans le sport . 22 pays africains refusent de la sorte de se rendre aux JO de Montréal pour marquer leur condamnation de l'Afrique du sud. Deux ans plus tard, les footballeurs français doivent faire face au cas de conscience de l'Argentine, ou comment taper le ballon dans des stades qui ont servi de camp d'internement. Cela ne les empêche pas longtemps de goûter à leur retour parmi l'élite mondiale. Les rugbymen français ne sont guère de leurs côtés étouffés par les interrogations morales, se rendant régulièrement jouer contre les springboks, notamment grâce aux très bons rapports du président de la fédération Albert Ferasse, avec son homologue sud-africain Craven. Lorsque la gauche arrive au pouvoir en 1981 et que son ministre des sports Edwige Avice jette l'interdit sur le pays de l'apartheid, la FFR essuiera une larme : la politique, c'est vraiment dégueulasse...

8)1998/1999 : l'heure de gloire est arrivée 1998, la France jubile. Les Champs Elysées sont envahis d'une marée humaine et les jeunes de cités volent les drapeaux tricolores des mairies pour aller parader. Victoire inespérée, bien que paradoxalement programmée, sur le Brésil, mais aussi sur la fatalité : les bleus peuvent gagner une coupe du monde. L'année suivante, le XV de France semble triompher de son Séville, en battant à la surprise générale la Nouvelle-;Zélande en demi-finale. Mais comble du mauvais goût, ils s'inclinent ensuite face à l'Australie. On improvise une arrivé triomphale. La foule peine trouver le temps de venir. On espère qu'à domicile, le bon peuple aura repris son souffle après 2006.

9) 2000 : L'Italie, toujours l'Italie. L'Italie rejoint enfin le tournoi qui désormais prend le nom des six nations, pendant qu'en football, la France lui coupe l'herbe sous le pied en remportant la finale du championnat d'Europe des nations. Le Rugby italien a peiné à se révéler au pays du calcio-roi (un joueur d'exception comme Franco Zani, préférant son club d'Agen à la sélection nationale italienne). Il demeura longtemps également marqué du sceau de l'infamie d' un adoubement volontariste du Duce. En 1997, l'Italie bat enfin le XV de France pour la première fois, un éléctro-choc culturel aux allures de parricide, mais n'a pas eu sur le long terme l'effet de la victoire en 1982 des bleus contre la squadra. En effet, elle reste surtout abonnée à la cuillère de bois.

10) 2007 : Un secrétaire d'état ... mais après la coupe du monde. Le comble. Sport n° 1 dans le cœur des Français, le football n'a jamais eu droit à son ministre des sports. Des athlètes (Bambuck) oui, un patineur artistique (Alain Calmat) certes, des épéistes (Jean-François Lamour) pour satisfaire Chirac, et jamais un seul footeux. Michel Hidalgo aurait refusé les avances de Fabius, mais le cas reste unique. Et maintenant un entraîneur de rugby rameuté par Sarkozy qui espère au passage réalisé une bonne affaire médiatique et populiste (il n'y a qu'un sportif pour trouver normal d'attendre la fin d'une compétition pour s'occuper des affaires du pays, même les grands patrons ont la décence de rappliquer dare-dare.). Cela dit, est-ce en attendant Guy Roux, pour signifier aux français qu'il faudra travailler après 60 ans ?

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