Never trust a marxist in football !

10/07/2011

Paru dans le supplément «Le dico des joueurs à une sélection » du n°77 de So Foot , juin 2010

Emmanuel Aznar

Il fut un peu le Pauleta de l'OM pendant l'occupation. Cet attaquant pied-noir inscrit de la sorte 45 des 100 buts de son club durant le championnat 1943 de la zone sud. Seulement, plus personne ne voulait se rappeler les années noires, et encore moins les exploits des sportifs planqués. Ceci explique peut-être pourquoi, malgré une très longue et fidèle carrière dans le club phocéen (de 1931 à 1951, un record que plus personne ne semble vouloir d'égaler), il faut remonter au 24 mars 1938 pour retrouver la trace de son unique sélection chez les bleus. Cet apparent buteur-né y planta donc au Parc des Princes le cinquième des six concrétisations des bleus (à la 79ème minutes, rien de décisif malgré tout) contre une Bulgarie qui servait alors de paillasson à l'Europe du foot. Étrangement, une telle performance ne suffit pas pour lui assurer une seconde cape. Maigre consolation, l'OM remporta le 8 mai 1938, au même endroit, la finale de la coupe de France contre le FC Metz, qui par ailleurs comptait dans ses rangs un certain Marcel Marchal, titulaire lui aussi d'une seule et dernière sélection cette saison-là, le 30 janvier 1938, contre la Belgique.

Alfred Dambach

Le gardien de but alsacien de Rouen, ancien du FC Neuhof et du RC Strasbourg, a du sentir un vent patriotique l'emporter quand il joua le premier match de la France libérée, en ce soir de noël 1944. Et ce avant même la fin du conflit - le foot est une priorité nationale ou non ?- contre une formation Belge, dont une partie du pays demeure encore sous le joug du troisième Reich (l'offensive de la Wehrmacht dans les Ardennes vient à peine d'être stoppée). Comme Beaucoup de joueurs des années 44-45, davantage sollicités en raison de leur disponibilité que de leur prééminence à leur poste, Alfred Dambach va ensuite retourner dans l'anonymat de son club normand. Mais le bougre ne le regretta sûrement pas, à sa façon il avait tenue le serment de Koufra. L'histoire ne frappe pas tous les jours à votre porte !

Emile Fiévet

Qui se souvient aujourd'hui que Pantin, petite commune de la banlieue ouvrière parisienne, s'avéra une des grandes villes du foot français. Un ogre que l'on redoutait de rencontrer, y compris Lyon (le FC, pas l'OL). Emile Fiévet y gagna même sa petite notoriété dans l'histoire du football hexagonal, en marquant le premier but de la première finale de coupe de France, le 5 mai 1918, remportée donc par l'Olympique Pantin contre les Gones. Avant cela, alors que le foot français cherche le chemin de son unité entre catholiques, laïques et « autonomistes » (qui rafleront la mise sous la houlette de Jules Rimet), il avait participé au troisième France-Italie, à Turin (l'occasion d'un beau voyage), le 17 mars 1912. Il ne s'agissait pas encore d'un classico international, gagné malgré tout 4 à 2 par des bleus rétablissant ainsi l'équilibre après une défaite 6-2 en 1910. A lire la presse, personne ne semblait guère s'en soucier. Et le sieur Fiévet ne rempila plus jamais. Nul doute que ce pur amateur ne le vécut même pas comme une injustice.

Joseph Gonzales

Parfait exemple de la filière pied noir qui alimente l'OM avant la seconde guerre mondiale, le défenseur originaire de Beni Saf, en sera même l'entraineur en 1944. Certes pas franchement le meilleur moment pour s'imposer ! Pré sélectionné (la liste des 30 ne date pas d'aujourd'hui) pour la coupe du monde de 1934, le précoce échec des Bleus face à l'Autriche le laisse sur le banc de l'histoire. Il devra ensuite attendre le 8 mars 1936 son unique sélection officielle (en match amical), contre la Belgique au stade Yves du manoir à Colombes, alors qu'il évolue encore sous les couleurs du SC Fives. Les 26 et 3 mai, les partis du Front Populaire remportent les élections législatives. A chacun ses grands moments !

Hervé Marc

Joueur fidèle du Stade Rennais, le jeune attaquant perdit sa seule finale de coupe de France en 1922 contre le Red Star, l'apothéose d'une humble carrière, juste singularisé par son titre de champion de Bretagne de saut en longueur. Qui a dit que les footballeurs ne savent pas sauter ? Néanmoins, le 7 décembre 1930, alors que son club ne dispute plus que des matchs amicaux suite à des désaccords obscurs avec les instances régionales de la FFFA, il rentre en jeu contre la Belgique au stade Buffalo à Montrouge. La raclée encaissée (6 à 1) n'a pas du conforter l'entraîneur, Raoul Caudron, dans sa mansuétude anti-compétitive. Aucun breton ne part au moi de juillet en Uruguay pour la première coupe du monde. Trois ans plus tard, bien qu'il vienne juste de passer pro l'année précédente, il clôt sa carrière à 31 ans. Steve Savidan avait trouvé son modèle ?

Henri Salvano

Les matchs amicaux, surtout en province, ont toujours servit à tester les formules les plus originales et en général sans grand avenir... Ainsi l'équipe de France qui pénètre le 18 avril 1926 sur le terrain de Toulouse, devant 16000 spectateurs, est composée en grande partie de joueurs issus d'Afrique du nord (enfin des européens, les « indigènes » n'ont pas encore droit aux honneurs de la mère patrie). Après tout, la réalité et la puissance de l'empire colonial devaient aussi s'observer sur les terrains de football. Ce qui permet alors à Henri Salvano, modeste attaquant du FC Blida (néanmoins un des meilleurs clubs de l'Algérie française et au passage ville ou Frantz Fanon sera médecin chef de l'hôpital psychiatrique) d'enregistrer une surprenante sélection en bleu. Sait-il qu'il vient d'inscrire son nom dans la longue litanie des pieds-noirs capé une unique fois ?

Adolphe Touffait

Combien de Juriste peuvent se vanter d'avoir disputer un France-Italie ? Adolphe Touffait, milieu de terrain du Stade Rennais durant les années trente, appartient à la rare tribu des robes noires du football français. Ce dernier peinait à accepter le professionnalisme et les joueurs devaient donc penser aussi à s'assurer le pain quotidien. Une fois juge, il dut cependant adopter un pseudonyme pour continuer à taper dans la balle -; Delourme, le nom de sa mère,-, une entorse auquel le règlement de la fédération consentit à titre exceptionnelle, car le monde de la magistrature n'avait déjà guère d'estime pour celui des pelouses. L'époque avait ses pudeurs bourgeoises, pour le dire autrement. Mais ce fut bien sous son vrai nom qu'il entama un premier et unique match international, le 10 avril 1932, à Colombes (rencontre perdue 2 à 1). Blessé dès la quinzième minute, il rallongea la longue liste des nombreuses victimes innocentes d'azzuris aux semelles trainantes et aux bras tendus. Pour la petite histoire, cette année-là, il évoluait aux coté d'un joueur allemand Walter Wollweiler, qui préféra s'exiler aux USA en 1939 à l'approche du conflit, et finit par y confectionner des lunettes.


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