Never trust a marxist in football !

10/07/2012

Petits conseils de lectures et d’écoute pour vos vacances…

Adrian Boot / Michael Thomas « Babylon on a thin wire – Once upon a time in Jamaica» (Patate record)

Ce beau livre constitue un inestimable témoignage sur la Jamaïque, tant fantasmée, des années 70, à la fois porté par la plume argotique et canaille de Michael Thomas, journaliste et scénariste (dont le texte original en anglais est joint) et les superbes photos « sociales » d'Adrian Boots (surtout celles en noir et blanc). La petite ile des caraïbes traverse alors une période cauchemardesque, bien loin des espoirs secrétés par l'indépendance en 1962. Le « socialisme démocratique » de Michael Manley sombre corps et âme, dévoré vivant par la gangstérisation du politique qui voit les bandes armée se partager Kingston en territoires hostiles, ou la misère grandissante fournit à chaque camps des hordes de « gunmen » (hommes de mains) qui font couler le sang. Certes le monde entier découvre le reggae, mais sur place les sound system ne raisonnent plus de l’optimisme du ska ni du romantisme du rocksteady, mais d’un nouveau son « rockers » qui transpire le mysticisme apocalyptique pendant que Leroy Smart enregistre son « Ballistic Affair » qui marquera tant Serge Gainsbourg. Une vision bien loin des clichés ordinaire sur la patrie de Bob Marley.

Bobby Womack « The Bravest man in the universe » (XL recording)

Au moment ou tant de jeunes talents et groupes enfourchent avec plus ou moins d’inspiration la mode du rétro et s’amusent à sortir des albums « comme à l’époque », que ce soit dans le rock 50’ ou le funk 70’, il est presque naturel que les anciens, dans cette nouvelle forme de la querelle avec les modernes, s’amusent de leur coté à poser leur art sur des sonorités actuelles. Ainsi le grand Bobby Womack, auteur d’une des plus belles BO de la blackploitation « Across 110th Street » en 1973, publie un nouvel album qui sonne comme une petite leçon de chose : pas besoin de rejouer l’histoire quand on l’a déjà écrite. Son étonnante voix, légèrement rocailleuse, se pose ici des productions épurées et lumineuse, sans fausses pudeurs nostalgiques, à la recherche d’une soul sans complexe et d’un groove discret qui s’efface devant le chanteur.

Robert Crumb « The complete records cover collection » (Cornélius) / « La crème de Crumb » ( Cornélius) / « Hot Women. Women singers from torrid régions of the world » (Kein & Aber records / Nocturne)

Le dessinateur Robert Crumb, auteur de la BD déjantée Fritz The Cat, a toujours été obsédée par deux choses, à quasi égalité : le sexe (qu’il représenta toujours sans fard) et la musique (qu’il raconta comme personne). Sa passion dévorante pour les artistes d’avant 1940, et le support désuet que constitue aujourd’hui, même pour les amateurs de vinyle, le 78 tours, lui fit ainsi réaliser de nombreuses pochettes de rééditions de blues et de country, ainsi que finaliser quelques belles planches en hommage aux héros oubliés de cette époque, par exemple Charley Patton. Cela révèle d’ailleurs un peu la dimension contradictoire du personnage, car cet homme qui mena une traque monomaniaque des vieux disques va sûrement rester d’abords dans l’histoire du rock pour avoir illustrer certains albums de Janis Joplin. Ce n’est pas le moindre paradoxe de cet éternel nostalgique devenu bien malgré lui icône d’une contre-culture qu’il regardait avec la plus grande circonspection. Deux livres récemment publiés chez Cornélius (dont le très recommandable « The complete records cover collection ») et donc la compilation « Hot women » (que l’on peut encore acquérir sur le net) offrent un petit aperçu de ce foisonnant jardin secret d’un excentrique du crayon.

« Jamaica – Rythm & Blues 1956-1961 » (Frémeaux et Associés)

C'est l'histoire d'une Ile des caraïbes de l'empire britannique, majoritairement peuplée de descendants d'esclaves africains, de pauvres immigrants irlandais, et de quelques asiatiques. Au cœur des quartiers populaires et des ghettos de sa capitale, des soirées en plein air raisonnent au son des derniers titres arrivés par bateaux de la nouvelle Orléans, ou encore captés sur les radios US : rythm'n'Blues, rock'n'roll, jump blues, etc.. Progressivement les premiers producteurs ( Clement -pas encore Coxsone-Dodd, Arthur Reid, qui attente son titre de Duke, ou Cris Blackwell, futur promoteur à l'international de Bob Marley), enregistrent des galettes locales directement inspirés de ce qui se passe chez l'Oncle Sam. Les stars jamaïcaine s'appellent alors Derrick Morgan, le cubain Laurel Aitken ou encore Owen Gray. Bien avant le reggae, et même le ska qui naîtra de l'enthousiasme de l'indépendance en 1962, le vent du changement soufflait donc déjà dans les hauts-parleurs de Kingston.

John King « Skinheads » (Au diable vauvert)

Novembre 1969, un morceau de reggae, « Liquidator » d’Harry J Allstars, se propulse, grâce à l’orgue hypnotique de Winston Wright, à la cinquième place des charts anglais. Le succès de ce titre est tel que les supporters de Chelsea décident d’en faire l’hymne du club, et encore en 2012, lors de la demi-finale contre Barcelone, tout le stade de Stamford Bridge en scanda le refrain du nom du club. Ce titre, ainsi que toute la vague des 45t jamaïcains qui se déversent par millions dans les foyers anglais, doivent en grande partie leur succès à l’émergence au Royaume-Uni d’une nouvelle contre-culture adolescente, après les Teddy Boys et les Mods : les skinheads. Ils sont très jeunes, généralement issus de la classe ouvrière (ils en portent avec fierté les emblèmes vestimentaires, doc martens et donkey jacket), et se coupent les cheveux très court pour témoigner de leur rejet des hippies, bourgeois et hédonistes. Surtout ils ne jurent que par la musique jamaïcaine qu’ils ont découvert en fréquentant les jeunes « rude boys » débarqué de Kingston à Croydon ou Notting Hill, et dont la « rudesse » les séduit, tout comme le blues avait subjugué les Rolling stone et autres Yardbidrds. Et ils s’avèrent en même temps extrêmement patriotes et anti-establishment, ce qui ne les empêchent nullement de se cogner entre eux (surtout à cause du foot) ou contre les bandes de rockers. Dix ans plus tard une seconde vague déboule dans la foulée du punk, et si ces nouveaux « tondus » aiment le ska « two tone » des Specials et des Madness, ils possèdent désormais leur propre courant musical, la oi (au passage en partie lancé par un militant socialiste du nom de Gary Bushell). Et elle peut se révéler très populaire. En mai 80 le "I'm forever blowing bubbles" des Cockney Reject, sorti pour coller à la finale de la Cup entre Westham et Arsenal, monte un à un les marche du classement des ventes. Et c’est là que les choses se gâtent, sur fond de crise économique, de contre-révolution thatchérienne, une partie du mouvement va basculer vers l’extrême –droite la plus radicale, permettant ensuite tous les amalgames et les raccourcis de la presse et de la télé qui transforme le skin en prototype du beauf raciste et ratonneur. John King, auteur qui dissèque depuis quinze ans les affres et les passions de la perfide Albion (à lire « Football factory » et « Human Punk » ) nous délivre avec son nouveau roman, qui au travers de trois générations de skinheads, le portrait d’une certaine Angleterre oubliée, à l’heure de la City triomphante. Car si en France, la culture skinhead resta confidentiel, de l’autre coté du Channel il se révéla massif et marqua fortement l’imaginaire populaire. Par ailleurs, l’un des aspects politiques les plus instructifs , c’est aussi peut-être qu’ il souligne en filigrane, à l’instar du polar « Le Bloc » de Jérôme Leroy pour l’hexagone, les modalités de séduction d’un certain populisme « nouvelle version » (auquel ses personnages ne succombent pas) auprès des couches populaires.


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Présentation
La bonne littérature serait souvent de droite, qu'en est-il du grand football? Peut-on imaginer une rencontre entre l'Inter(nationaliste) Milan d'Antonio Gramsci et le Paris Socialiste de Gauche de Jean Jaurès? Et si le foot rendait presque la politique de nouveau intéressante?