Never trust a marxist in football !

18/06

Voici 50 ans la perfide albion décrochait "sa" coupe du monde; Er cela grande à l'aide d'un arbitre de touche soviétique. De 1966 à 2004, de Stalingrad à l'effondrement du communisme, voici comment Tofik Bakhramov, "linesman" sans gloire, a pu profiter des soubresauts de l'histoire pour finir en héros national de l'Azerbaïdjan.

13 octobre 2004. L'Angleterre de Wayne Roony et Ferdinand Rio se déplace à Bakou pour les qualifications du mondial allemand. Le match n'a guère d'enjeu, surtout contre une des plus mauvaises sélection de l'UEFA (rappelez-vous le 10 a 0 infligés par les bleus le 6 septembre 1995). Mais les supporters brittons n'ont pas franchement traversé l'Europe afin d'applaudir au seul but inscrit, dans la souffrance, par Michael Owen. Leur véritable pèlerinage, ignorant le climat hostile et les hôtels médiocres, ne concerne que de très loin les trois points de la victoire. Leur quête n'aboutira finalement que lors de la rencontre avec le fils de Tofik Barahmov, Bahram, qui s'amusera à poser, sans se lasser, en leur compagnie, y compris parmi les fanatiques qui ont endossé un superbe maillot floqué du nom de son père et siglé 66. D'autres poussent la révérence jusqu'à déposer une gerbe de fleur sur la tombe du paternel. Ce n'est finalement que justice. L'homme en question a d'une certaine façon, voire d'une façon certaine, offert son unique coupe du monde à la perfide albion, chez elle, en 1966. La scène appartient à la légende de la compétition. Dans un stade de Wembley transi de peur, ce petit juge de touche de 41 ans, a ainsi quasi forcé l'arbitre de champ suisse a valider le but de Geoffrey Hurst, un tir sur la transversal dont personne ne saura jamais si en retombant il a totalement franchi le but. Ce fameux « third goal » de la 101 minute permit au Hammer d'épargner à tout un peuple un destin cauchemardesque à la Brésil 1950.


Depuis ce jour fatidique, la moustache noire de Tofik représente sans conteste la plus fameuse contribution du style capillaire communiste à l'histoire du football. Une célébrité qui en fait même aujourd'hui un exemple de phrase type quand vous voulez traduire « lineman» sur internet. Goeffrey Hurst ne sera d'ailleurs pas ingrat et il se déplacera lui aussi en 2004, tout comme Sepp Blatter, quand le bonhomme se verra donc honoré d'une statue métallique - Toutes les traditions soviétiques ne s'oublient pas si facilement. - le figeant pour l'éternité un sifflet à la main et doigt tendu vers l'avenir, ou, qui sait, le rond central.

Ils ne furent pas les seuls à lui rendre ensuite hommage. « Hans Tilkowski, le gardien allemand y a aussi été, se rappelle l'écrivain allemand Dietrich Schulze-Marmeling . Tilkowski m'a raconté une foi, qu'il est désormais connu comme le gardien du "third goal" et que s'il avait gagné la coupe du monde, il n'aurait jamais profité d'une telle renommée internationale. » Si sa principale victime lui en est reconnaissant ! Outre-Rhin, les avis sont malgré tout nettement moins enthousiastes. La faute à un douteux « golden wistle » offert par la Reine en personne. Ajoutez-y aussi une bonne dose de blitz germanique mal digéré ou des rumeurs sur des compensations pour l'affaire Profumo « Certaines personnes pensaient encore à l'époque avec les catégories de la guerre froide et se mirent chez nous a blâmer l'arbitre de touche soviétique », prolonge Dietrich Schulze-Marmeling


Le parfait "Homo sovieticus"

Il suffit finalement de peu de chose pour se retrouver ainsi au cœur des du bal des nations. Le football a le sens des petits riens qui font les grands hommes. Et en effet dur d'imaginer ce qui pouvait prédisposer ce monsieur a entrer dans l'histoire du foot. Il n'en avait à priori pas le profil ni la carrure. Un Homo-sovieticus classique, un survivant né en 1925, la pire génération, celle des purges staliniennes et de la grande guerre patriotique à laquelle il participa, un « provincial » originaire qui plus est de Bakou, bref des marges de l'ancien empire des Tzars transformée en république socialiste couverte de champs de pétrole. Un arbitre au profil ordinaire, celui d'un joueur du Neftchi Baku, principal club de la ville, dont la carrière fut stoppée par une blessure, monté dans le haut du panier FIFA en 1964 par le jeu des rapports de force diplomatiques qui agite alors cette instance. Jusqu'à se retrouver ce 30 juillet sur la ligne de touche d'un match qu'aucun sujet de sa majesté ne veut plus oublier. Ce ne fut pourtant sur le coup ni un honneur ni une plaie. Il poursuivit d'ailleurs une tranquille carrière d'arbitre international, sans vague ni éclat, sur les terrains de compétions européennes, par exemple la demi-finale Manchester-United – Real de Madrid en 1968, voire même en coupe du monde jusqu'en 1970 - les marocains se souviennent peut-être de l'avoir aperçu lors des trois buts péruviens.


Il faudra un autre événement d'ampleur historique pour qu'il revienne dans la lumière. Après l'effondrement de l'URSS, dans un fracas de petits ou grands états, l'Azerbaïdjan acquiert son indépendance en 1991. A l'instar de toutes les jeunes nations, elle a besoin d'un quota minimum de figures nationales pour galvaniser un patriotisme qui sent un peu trop le neuf. Le sport est incontournable en la matière et normalement sans risque politique. Seulement, contrairement à d'autres voisins eux-aussi tout juste sorti de l'orbite moscovite, telle la Géorgie, le foot azérie n'a pas grand grand-chose à se mettre sous la dent en terme d'héritage prestigieux et autres grands joueurs, si ce n'est une exceptionnelle troisième place du Neftchi Baku dans le championnat d'URSS en 1966 (oui encore). C'est à ce moment que le nom de Tofik Barahmov resurgit. Après avoir été très fugacement assuré le poste de secrétaire général de la toute jeune fédération autonome, il décède en 1993.

De Staline à Berti Vogt

D'un coup « the russian lineman » trouve l'occasion posthume de redevenir pleinement azéri. De belles âmes et caciques locaux décident dans la foulée de débaptiser le principal stade de la ville, qui porte encore le nom plutôt gênant et inapproprié de Lénine ( et même au départ « Staline », son architecture s'apparentant volontairement au C cyrillique du tyran). Un héros du peuple en chasse un autre. Désormais le pays possède son précieux particularisme dans l'univers du ballon rond : l'unique grand stade à s'enorgueillir du patronyme d'un homme en noir. Et c'est donc sous cette belle protection que l'équipe nationale emmenée par Berti Vogt perd ses matchs de qualification et que Shakira y réalisa ses déhanchés langoureux devant les nouveaux riches du capitalisme caucasien. Pour finir, par un étrange et sardonique sens de l'histoire, le bâtiment fut essentiellement (son édification se déroula de 1939 à 1951) construit par des prisonniers allemands. Ce brave Barahmov aurait surement apprécié le geste. Certaines mauvaises langues lui prête d'avoir répondu une fois à la question du « pourquoi » avoir validé ce but crucial par un lapidaire « Stalingrad ».


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