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Le Caïman

02/10/2013

Dans son entretien au Figaro le 30 septembre, Valérie Fourneyron a confirmé que les clubs de football seront concernés par la taxe à 75%. Chacun pourra déterminer s'il s'agit d'une bonne ou mauvaise décision. Cependant une chose est sure, si elle se veut symbolique cette taxe risque d'enfoncer encore un peu plus l'industrie du football français.

Un symbole dangereux

Annoncée pendant la campagne présidentielle, la taxe à 75% sera donc bien appliquée aux équipes de football. Evidemment, cette nouvelle taxation des salaires les plus élevés se veut symbolique puisqu’elle ne permettrait à l’état de récolter que 500 millions d’euros selon les estimations. Un rendement réellement modeste donc. Cependant, au-delà du symbole, le risque de voir l’industrie du football s’écroulée n’est pas impossible. Concrètement, cette réforme fiscale va concerner 114 joueurs ou entraineurs, soit environ 10% de la population touchée par la taxation. Le graphique qui suit permet d’observer la répartition des clubs de première division qui devront s’acquitter de ce nouvel impôt (document de la LFP que Slate.fr s’est procuré).



Sans surprise, le PSG arrive en tête, suivi de Marseille, Bordeaux, Lille et Lyon. Ce groupe devra verser environ 37,8 millions d’euros. Quant à la somme dans sa totalité, le président Thiriez l’estime à 44 millions d’euros. Elle a donc largement diminué par rapport à celle annoncée de 80 millions d’euros. En effet, information souvent oubliée, cette taxe dispose d’un plafonnement à 5% du chiffre d’affaire. Cependant, ce plafonnement ne se fait véritablement ressentir que pour les grosses écuries, ou plutôt que pour le PSG. L’équipe parisienne voit en effet fondre son dû d’environ 45% soit 24 millions d’euros au lieu de 43,5 ! Ce qui correspond au budget de certaines équipes de la Ligue 1 (Bastia, Reims, Ajaccio). C’est aussi un autre moyen de continuer à dévoiler des inégalités au sein même du championnat. Finalement, seuls Paris, Marseille, Lille et Lyon pourront se satisfaire de ce plafonnement. Voilà sans aucun doute une nouvelle illustration de la « justice sociale » voulue par le gouvernement. (Pour davantage d’informations concernant cette partie je vous invite à lire l’article de Grégoire Fleurot)

Néanmoins, malgré les efforts que semble vouloir consentir le gouvernement cette réforme reste dangereuse pour l’élite du football français. D’une part les clubs ne sont pas prêts à encaisser une telle réforme. Dans ce cas, la faute doit leur être imputée. Effectivement, bien qu’annoncée depuis février 2012, les salaires n’ont pas pour autant diminué en Ligue 1. Même si des équipes comme Saint Etienne ont mis en place un « salary cap » (un salaire maximum est mis en place), d’autres comme Lyon n’ont pas été capables de vendre des joueurs aux salaires important (Gomis, Briand) et les dépenses continueront alors de s’accroitre.

Repousser les investisseurs

En plus de créer une source de dépenses supplémentaires pour des clubs qui ne peuvent se le permettre, cette taxe est aussi un mauvais message envoyé aux éventuels investisseurs étrangers. D’abord, une question se pose, si les Qataris avaient supposé la possibilité d’une telle réforme seraient ils venus racheter le PSG ? Leur motivation aurait-elle été la même à l’idée de devoir reversé encore 20 millions d’euros en taxe ? Et ce bien qu’ils disposent de sommes astronomiques ? La mondialisation du football européen attire des investisseurs et en conséquence, ceux-ci arrivent désormais de l’étranger.

En Premier League les quatre meilleures équipes ont à leur tête des investisseurs non britannique. Ceux-ci n’hésitent pas à investir dans ces superpuissances du football mondial compte tenu de la renommée de ces dernières. Mais ils profitent aussi des avantages fiscaux que le Royaume-Uni permet à ses équipes de football d’avoir. En France, aucun club ne rejette la possibilité d’accepter l’offre d’un riche oligarque si l’occasion se présente. L’Olympique de Marseille a déjà frôlé la vente en 2007 (heureusement évitée), Aulas a lui-même toujours dit que les investissements Qataris sont une « aubaine » pour le football Français.

La mise en place de cette réforme est donc en contradiction avec les déclarations quotidiennes du gouvernement, voulant attirer des investissements en France. Des clubs comme Marseille ou Lyon ont les qualités pour attirer ces milliardaires. Mais actuellement, le message envoyé pourrait en freiner plus d’un. Investir oui, payer plus surement pas. Certes, se sont ces grands investisseurs qui ont fait basculer l’équilibre du football européen. Le nouvel ordre économique est dangereux et les sommes deviennent trop importantes. D’ailleurs, la ministre des sports a évidemment raison lorsqu’elle s’inquiète pour un sport devenant une « bulle spéculative prête à exploser à tout moment ». Mais elle ne doit pas s’arrêter au football français.



Il s’agit aujourd’hui d’un problème global concernant avant tout l’Europe. Passer une telle réforme ne se montrera efficace qu’à l’échelle Européenne et pourrait être une des solutions pour contrer ces problèmes de spéculation. Sur le territoire français cette réforme n’est rien d’autre qu’une source d’affaiblissement supplémentaire d’un secteur qui n’en n’a pas besoin. On agrandit encore un peu plus les écarts (économiques puis sportifs) qui séparent le championnat de France de ses rivaux anglais, allemands, italiens, espagnols et désormais portugais.

Début d’un cercle vicieux ?

Alors quels sont les véritables risques de l’application de la réforme des 75% ? D’abord, les équipes ne disposant pas d’un puits de cash sans fond vont devoir vendre. Vendre pour diminuer les masses salariales, et augmenter leurs chiffres d’affaires. Et puisque la taxe concerne les salaires au-delà du million d’euros il faudra vendre les meilleurs joueurs, en supposant que les meilleurs sont les mieux payés. Le problème qu’il se pose ici c’est qu’en imposant ainsi les clubs, le pouvoir de négociation des équipes étrangères va encore grandir. Déjà que l’attraction des quatre grands championnats est un argument souvent évoqués par les joueurs pour partir.

Les équipes étrangères pourront aussi s’appuyer sur le fait que les formations de ligue 1 devront vendre pour s’affranchir du nouvel impôt. Alors qu’on espère une amélioration de la qualité du championnat avec la croissance du PSG et de Monaco, on risque surtout de voir un écart se creuser davantage entre ces deux clubs et les autres. Si ce pouvoir de négociation est déjà fort à l’heure actuelle, notamment grâce aux divers avantages fiscaux dont peuvent bénéficier les clubs anglais (premier importateur de joueurs de Ligue 1), il ne faudra pas s’étonner de le voir encore plus puissant d’ici les prochains mercato au grand dam des équipes françaises et de ses spectateurs.



Et les supporters ?

Justement, dans son entretien, Valérie Fourneyron n’évoque jamais le mot supporter (ou un synonyme). Elle admet même qu’elle adore le football sans dire un mot sur le public. Elle parle des droits TV, des stades, des transferts mais le supporter ne semble pas appartenir au milieu. Et pourtant c’est bien nous qui allons être aussi directement concernés par cette taxe. En plus de l’hypothèse de voir un spectacle en perte de qualité, les supporters risquent de connaître des augmentations tarifaires dans le prix des places, ou produits annexes. Et oui, si l’on augmente les dépenses d’un côté, il faut alors augmenter les revenus de l’autre.

Etant donné que le pouvoir de négociation avec les clubs étrangers risque de s’affaiblir, que les revenus des droits TV ne semblent pas partis pour augmenter les clubs vont bien devoir trouver des ressources quelque part ! Et vous me le donnez en mille ces ressources elles sont dans vos poches ! Comme quoi, une taxation qui se veut symbolique, visant à l’origine les plus riches, pourrait finir par concerner la population générale. Bien que cela ne nous concerne qu’à moindre mesure, avec en fin de compte une augmentation que de quelques euros. Elle n’en restera pas moins « symbolique ».

Et puis s’il on veut aller plus loin dans la réflexion, posons-nous la question de savoir si le footballeur n’est pas un artiste ? Etant donné que ces derniers seront exemptés de cette réforme fiscale. Certes les sportifs de haut niveau ont un statut de salarié d’une société. Mais justement, cette société appartient à l’industrie du spectacle, elle emploie donc des artistes invités à se produire. Mais ne nous éloignons pas des notions de business et ouvrons cette parenthèse philosophique à ceux en mesure d’y répondre.

Flavien Meneghello



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  • RonHarris a été mis sur la touche, tous ses commentaires sont masqués
  • Message posté par lkrambar le 03/10/2013 à 18:07
      

    En fait je dirais aussi qu'il n'y a pas (ou alors très peu) d'investisseurs dans le football, qui s'apparente beaucoup plus à une économie de mécénat.

    Posséder un club de foot c'est comme posséder un mégayacht: ça coute une blinde à l'achat et 10% du prix d'achat par an en entretien (un yacht hein, un club c'est certainement plus cher à l'entretien).

    Le modèle est présent depuis toujours dans le sport US ou une franchise de sport majeur est l'accessoire indispensable du milliardaire (ex: Mark Cuban avec les Mavericks de Dallas).

    Concrètement les proprios de club sont tout à fait disposés à payer tant que ça reste plafonné à 5% du CA de leur club en taxes.


    Après le mécénat c'est pas un gros mot: c'est ce qui a financé cette petite vague culturelle en Europe qu'on appelle aujourd'hui la Renaissance. Avant les Medicis mettaient de l'argent à perte dans les oeuvres de Michel Ange, aujourd'hui Abramovich claque des millions dans Chelsea... Autres temps, autres moeurs...

  • Message posté par MarioBB le 31/10/2013 à 11:03
      Note : 1 

    Je réagis à M.RonHarris et j'apporte mon soutien à cet article, en ces temps, où nombreux sont, même au sein des supporter, à décrier notre sport.

    Je suis incapable de chiffrer le coût de la mise en place de cette taxe. Cependant même si elle est rentable ou qu'elle possède un fort taux "coût/bénéfice", n'y a-t-il pas des réformes plus intéressante à faire? Le gouvernement ne peut-il pas dépenser autant de temps à chercher une réforme qui permettrait de rapporter plus de recettes ? Même si son taux serait plus faible?
    Mais ce n'est pas le débat. En tout cas, sache que 500 millions (estimation large) sur 2 ans, c'est bien peu. A titre de comparaison, la hausse de la TVA d'1 point rapporterait 2 milliard par an.

    Pour la limitation à 5% du CA des clubs, bien sûr qu'elle est équitable, qu'elle n'avantage pas plus un club qu'un autre. Cependant, cette situation n'incite en aucun cas les clubs à petit budget, à investir sur des joueurs gourmands. Cette réforme va donc "figer" les budgets des clubs. Or comme PSG et Monaco, bénéficie de financements exceptionnels, seuls eux émergeront, se distançant encore des 18 autres clubs de L1.

    Pourrais-tu citer tes souvenirs, aussi bons soient-ils qui te permettent de croire que le Qatar bénéficie d'avantage fiscaux au sein du PSG? Et même si 20M ne devrait par leur poser de problème, ce n'était pas prévu dans leur objectif initial. Les règles du jeu ont changé, tu peux comprendre qu’ils aient un petit de mal à accepter.
    Et c'est justement parce que "ça ne devrait pas leur poser problème" qu'il y a bien problème.
    Le résultat de cette taxe est que les petits clubs (à qui "ça devrait poser problème") vont abandonner leurs joueurs à hauts salaires, réduire leur niveau de jeu, et affaiblir la L1. Je le redis, encore: seuls Paris et Monaco pourront encore nous séduire et rivaliser avec le reste de l'Europe...

    Et puis évidemment, pour que cette réforme ait du sens, non juste dire "gagner beaucoup d'argent c'est mal" mais bien réduire les salaires de joueurs, il faut appliquer cette taxe à tous les championnats européens. Championnats, vers lesquels les joueurs peuvent délocaliser beaucoup plus facilement que nous, chers cotisants français.


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