L'Euro : des gestes, des mots

02/07/2012
4-0. Le score final du match indiquait déjà que l'Espagne était l'équipe gagnante mais c'est en soulevant le trophée que Casillas a véritablement acté la victoire de son équipe. Parce que brandir à bout de bras le trophée est un geste performatif, un mouvement intentionnel du corps qui veut dire nous sommes les vainqueurs, c'est apporter la preuve de sa victoire au monde, comme les guerriers romains apportaient la preuve de leur victoire aux dieux en accrochant les armes des vaincus à un tronc de chêne, préalablement dépouillé de ses branches. Comparer le sport à la guerre n'est jamais qu'un moyen de rappeler ses origines (le sport comme moyen d'engendrer des corps disciplinés prêts à serv ...
Enlever son maillot
01/07/2012
Depuis Juillet 2004, la loi 12 du règlement officiel de la Fifa stipule que « les joueurs sont autorisés à exprimer leur joie lorsqu’un but est marqué, mais sans effusion excessive. Les manifestations de joie raisonnables sont autorisées. Toutefois, les célébrations orchestrées ne doivent pas être encouragées si elles entraînent une perte de temps excessive. Dans ce cas, les arbitres doivent intervenir. Un joueur doit être averti s’il enlève son maillot ou s’en couvre la tête. » D'abord, on se dit qu'une règle qui réprime la manifestation de la joie, c'est tout de même une drôle de conception de la vie. Ensuite, on se demande si cette règle n'est pas imparfaite, comme toutes les règles. No ...
Les panenkas de Pirlo
25/06/2012
25 Août 2010, la finale du trophée Gamper oppose le FC Barcelone au Milan AC. Après 120 minutes de jeu et un score nul (1-1), les deux équipes s'affrontent aux tirs au but. Messi tire le premier, en douceur, et marque. Pinto, le cheveu tressé, arrête tranquillement le tir de Seedorf. Busquets ne réussit pas à tromper Roma qui, d'une main, dévie le ballon. C'est au tour de Pirlo de s'avancer vers le point de pénalty. Pinto, le cheveu tressé, se dirige vers les buts, ramasse le ballon de la main et le lance à Pirlo, comme un cadeau empoisonné. Pirlo pose le ballon sur le petit rond blanc et, au coup de sifflet de l'arbitre, s'élance avec une certaine nonchalance, élève lentement son ballon ple ...
France-Suède : Replay
21/06/2012
0' L'arbitre donne le coup d'envoi dans son maillot bleu ciel en regrettant d'avoir mis autant de gel dans ses cheveux. 1' Le ballon est dans le camp français et stagne en défense. Rami passe à Mexès qui passe à Rami qui passe à Mexès. Laurent Blanc a sorti sa touillette, compare les Suédois à un essaim. 2' Dans les tribunes, une supportrice suédoise a relevé ses lunettes de soleil sur la tête et collé son phone sur son oreille droite. Elle parle avec sa mère qui lui demande si elle n'est pas trop triste d'assister au dernier match de la Suède, si l'Ukraine c'est joli. 2' 45 Le long de la ligne de touche, un caméraman se prend un ballon contré par Ibrahimovic. Il a mal. Son assistant l ...
Le non-tir de Mesut Ozil
19/06/2012
Tous les corps ont un potentiel comique. Ceux des footballeurs (et des sportifs, en général) encore davantage. Eduqué à la rigueur, à la répétition et à la création de gestes techniques, le corps du footballeur peut aussi être créateur de situations burlesques. André-Pierre Gignac sait de quoi je parle. Hier soir, c'est le talentueux Mezut Ozil qui nous offrait une illustration du comique de gestes. Et ça n'a rien à voir avec ses gros yeux. 54ème minute de jeu face au Danemark, Müller trouve Gomez dans la surface qui remet à Ozil qui veut tirer mais, attention, pelouse glissante. En voulant changer de pied d'appui, il perd l'équilibre, rate le ballon et tombe. On s'attendait à une frappe c ...
Knysna, mot maudit
10/06/2012
Le bus de Knysna : Malgré les coups de polish, « le bus de Knysna » ne semble pas lavé de l'opprobre et reste l'expression la plus péjorative entre toutes. Rappelant le lieu où s'est fomenté le complot contre Domenech, mais surtout où se sont cachés les joueurs. Car c'est en refusant de descendre du « bus de Knysna » que les joueurs ont acquis une réputation de lâches, de capricieux, de mecs-qu'ont-rien-compris. Mais c'est oublier que les joueurs de l'équipe de France ont inventé là le premier bus syndical de l'histoire du football, une sorte de démocratie ambulante. Une idée que même Bernard Thibault n'a pas eue en 35 ans de CGT. La grève de Knysna : La grève est un droit mais celle d ...
Nasri(t).
02/06/2012
Jeudi 31 mai, stade Auguste Delaune, à Reims, La Marseillaise résonne dans le stade, des supporters ont tendu des écharpes « irrésistibles Français » au-dessus de leur tête, un enfant a ses doigts sales plongés dans sa barquette de frites, la caméra balaie les visages des joueurs de l'équipe de France. Benzema, lèvres closes, regarde dans le ciel, Nasri baisse la tête en riant, Ribéry est droit et muet, la force tranquille du cowboy. La caméra continue son long et lent panoramique mais il est trop tard, un tribunal national populaire français s'est levé. Pour juger Nasri. Nasri rit. Nasrit. Il a l'air d'être le seul. Dans les salons de France, on s'étonne, on hausse la voix, on s'indigne ...
Chanter. Ou pas.
28/05/2012
21 Octobre 2008, La France affronte la Tunisie au Stade de France. 5 000 des 70 000 spectateurs sifflent La Marseillaise. Ou peut-être Lââm, désignée pour la chanter. Dès le lendemain, le gouvernement Fillon, vexé, pleurniche, se réunit, grogne, vote et annonce que, désormais, « tout match où l'hymne national sera sifflé sera immédiatement arrêté. Les membres du gouvernement quitteront immédiatement l'enceinte sportive où notre hymne national a été sifflé.» Mais, erreur de la classe politique, surtout celle-ci, qui pense qu'une loi est une parole performative, qu'il suffit d'énoncer quelque chose pour que cela soit. La même année, même erreur de la Fédération française de football qui regret ...
Embrasser son maillot
23/05/2012
A huit minutes de la fin du match qui opposait la Lettonie à la Pologne hier soir, Artur Sobiech marque de la tête suite à une passe, aussi élégante que précise, de Kamil Grosiki. Bien qu'il s'agissait d'une rencontre amicale, le Polonais n'a contenu ni sa joie ni son amour en levant ses index vers le ciel puis en embrassant son maillot blanc. Deux fois. A la 81ème minute, donc, Sobiech marque et, à la 82ème, il embrasse son maillot. Ou plus précisément, il embrasse l'aigle blanc qui figure sur l'écusson rouge cousu sur son maillot, placé entre le sigle Nike et le ballon de l'Euro sous lequel est écrit Poland. Quand Sobiech pose ses lèvres sur l'écusson, il raconte une vieille histoire. C ...