Copa Libertadores : le but, la pierre et le silence
L’édition 2012 de la Copa Libertadores d’Amérique, la compétition sud-américaine la plus importante, a commencé. Elle n’a ni le glamour, ni les infrastructures, ni l’hymne caractéristique de la Champion’s League, mais cela n’en reste pas moins un tournoi très difficile et plein d’émotions.
Un tournoi pour braves et pour équipes spectaculaires. Un tournoi où chaque détail compte lors des déplacements: dans le bruit, dans les feux d’artifices allumés par les supporters rivaux la veille d’un match pour empêcher les joueurs de dormir; mais aussi dans la pression que l’on ressent jusque dans les vestiaires. Anciennement, tout était plus violent (il n’y avait pas de caméras, tous les coups étaient permis!) et remporter un match à l’extérieur était pratiquement mission impossible.
La Copa Libertadores est un tournoi qui remplit d’orgueil les supporters et a forgé sa légende grâce à des histoires épiques et des grands joueurs.
Appelée la Coupe des Champions à ses débuts, elle a été rebaptisée Copa Libertadores après l’intégration des vice-champions en 1965. Pourquoi Libertadores? En hommage aux héros de l’histoire sud-américaine: O’Higgins, San Martín, Pedro I, Bolivar et Artigas entre autres. La compétition footballistique n’a pourtant rien à voir avec la notion d’égalité politique et de confraternité prêchée par ses grands hommes.
Il y a une rivalité énorme sur le terrain et aussi et surtout, en dehors. C’est un Argentin qui vit au Brésil qui vous le dit...
Bienvenue dans le tournoi le plus passionnant d’Amerique! Un tournoi aux stades fantastiques et aux pelouses parfois dégarnies. Un tournoi de grandes puissances, avec des invités surprises chaque année.
Bienvenue dans ce voyage sud-américain, où connaitre la réalité des gens, des peuples de chaque pays est peut-être la meilleure des récompenses possibles. Les paysages. Les traditions. Venez découvrir l’hémisphère sud et faites le plein d’énergies. Venez ressentir l’adrénaline du football d’un continent qui respire la passion et qui rêve chaque jour d’être plus grand.
Je vous laisse avec une petite chronique sur la saison où je suis devenu Champion d’Amérique. J’espère que vous l’apprécierez.
Libertadores ’96 : Le but, la pierre et le silence
C’est seulement lorsque la pierre est tombé à coté de nous, lors de notre célébration folle, que nous nous sommes rendus compte où nous étions. Le stade avait été envahi par un nuage de silences inquiétants, éclectiques et porteurs d’espoirs qui commençaient à se briser.
C’était en 1996, au Chili, dans le stade national de Santiago pour la demi-finale de Copa Libertadores:
Universidad de Chile vs River Plate.
Les Chiliens n’avaient pas perdu un seul point à domicile. Ils alignaient Marcelo Salas, Leo Rodriguez et la moitié de la sélection chilienne dans l’équipe.
On gagne 1 à 0 grâce à une frappe du Principe Francescoli, mais Valencia remet ensuite les compteurs à zéro. Puis la U prend l’avantage grâce à Salas (qui gagnera tout avec River Plate par la suite, avant de rejoindre la Lazio et la Juventus, ndlr). Notre gardien, Burgos finit homme du match. On aurait dit que tout était perdu. Jusqu’à ce moment que je n’oublierai jamais:
Almeyda (actuel entraineur de River) me lance comme si j’étais un numéro 9, je décale pour Hernan Crespo, mais le buteur ne peut attraper la balle correctement. Il manque de rater le but, étouffé qu’il est entre le gardien et le défenseur qui le marque. Pratiquement sans le vouloir, il me rend le cuir, dans une espèce de une-deux improbable...
J’avais tellement rêvé ce moment. J’avais tellement désiré mettre un but important en Libertadores...
Mon âme d’attaquant est à ce moment là en train de rire, assoiffée de bonheur qu’elle est pendant que mon corps vole jusqu’à la balle. Il y a toujours une récompense quand on y croit vraiment. Un ciseau piqué vers le sol fait bouger les filets, provoque la sortie incontrôlée vers le ciel des élus, les embrassades et les cris fatigués de mes coéquipiers qui aujourd’hui encore résonnent dans mes oreilles:
- Superbe Papá! But monstrueux! Vamos carajo!
Entre sueurs et voix agitées, nos coeurs battent ensemble sur le même rythme.
C'est à ce moment là que la pierre tombe.
“Sortons d’ici” lance alors notre capitaine.
En regardant au dessus de nous on s’aperçoit que nous étions juste sous le kop adverse. J’y étais allé aveuglement pour fêter le but et mes coéquipiers m’avaient suivi inconsciemment. Il restait 10 minutes. Nous avons su résister jusqu’à la fin du match. Ce fut presque une victoire.
En sortant du stade, les vitres de notre bus furent explosés, ce qui ne réussit pas à nous ôter le sourire et la satisfaction du devoir accompli.
Nous avons finalement assuré notre place en finale lors du match retour grâce à un but d’Almeyda. Cette saison là nous avons été sacrés champions d’Amérique. Mais c’est un autre chapitre de l’histoire.
Ce fut mon but le plus important avec le maillot de River Plate car il donna à nouveau de l’espoir dans une ambiance hostile. Et surtout parce qu’il permit de nous démontrer à nous même que nous étions capables... Que nous pouvions le faire. Nous sommes retournés au pays avec confiance. Sûrs de nos forces. Et avec une finale quasiment en poche.
Bonnes vibrations
Abrazos,
JP
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Bonus :
http://www.youtube.com/watch?v=82IJAdPYWQg
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xantxo22/02 à 13:39+ -Encore une fois, magnifique! Merci
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rudao23/02 à 15:00+ -excellent ! Sorin arriverait même a nous vendre un voyage au fin fond de la Bolivie avec un article de cette qualité .ça illustre bien la difference fondamentale entre le football européen et sud-américain: la ferveur incroyable qui entoure chaque match,sans pour autant qu'il n'y ai ni ibrahimovich ni messi ni c.ronaldo sur la pelouse.