Thierry aime le riz à la cubaine
14 janvier 2009 à 11:06
Que ceux qui pensaient que le monde du football n’était qu’égoïsme, repli sur soi, peuvent dès à présent faire amende honorable. Les footballeurs sont citoyens. Qu’on se le dise ! Rejoignant la cohorte des publications propres à nos démocraties sanitaires, l’ouvrage mieux manger pour mieux marquer (publié par Falkemedia en partenariat avec l’UEFA, la fédération mondiale du cœur et la Commission européenne) se propose d’offrir à la jeunesse (de cinq à onze ans) qu’on suppose gavée de produits trop gras, trop sucrés, trop salés, le retour aux vraies valeurs de la diététique. En effet, il y aurait un véritable danger pour la jeunesse européenne à croire l’Organisation Mondiale de la Santé qui, dans sa conférence trimestrielle de l’année 2006 relative à la lutte contre l’obésité, indiquait que vingt pour cent des enfants européens étaient en surpoids. Dans ce cadre, l’UEFA décidait d’apporter l’image de treize joueurs. Treize champions, treize recettes et un but : revenir à des modes alimentaires plus sains afin de prévenir l’obésité, le diabète, les problèmes cardiaques et leurs causes : surpoids, mauvaise alimentation, manque d’activité physique et tabagisme. Afin de réussir le pari de cette sorte de cène footballistique, le livre détaille une liste d’ingrédients et d’instructions pour chaque recette proposée par un footballeur. La valeur nutritionnelle de la portion étant également indiquée.
Treize footballeurs donc, dix hommes (Fabio Cannavaro, Heurelho da Silva Gomes, Barry Ferguson, Carles Puyol, Abbas Suwan, Lukas Podolski, Miroslav Klose, Ruud Van Nistelrooy, Steven Gerrard ou Thierry Henry), et trois femmes (Birgit Prinz, Cathrine Paaske Sørensen, Kelly Smith), qui ont révélé l’idéal propagandiste de leurs goûts pour fédérer la jeunesse ainsi que leurs recettes préférées à titre d’exemplarité de pureté sanitaire. Les joueurs qui ont prêté leur image sont de calibre international. Ceux qui espéraient découvrir le plat préféré de Ronan Le Crom (GF 38), Jérémy Morel (FC Lorient), José Saez (FC Valenciennes) ou Jérôme Rothen (PSG) peuvent ranger leurs assiettes. Avec l’UEFA, c’est la classe internationale qui débarque. La preuve ? Prenons le cas de Fabio Cannavaro qui a aimablement offert quelques secrets. Les mauvaises langues pensaient qu’il ne s’alimentait qu’en intraveineuses. Que nenni ! Son truc à Fabio ce sont les pâtes (il est italien) à la sicilienne. L’aliment de base de l’Italie mais avec l’évocation un peu canaille du sud. Aubergines, tomates, ail, basilic, olives, câpres, huile d’olive, oignons. Dix minutes de cuisson, quinze de préparation. En plus, le plat est encore mieux préparé selon le défenseur artiste lorsque c’est Mme Fabio qui régale. Enfin, c’est ce qu’il avoue même s’il dit qu’il ne crache pas sur une pizza après un match comme nous pendant mais avec deux bières. Maudits clichés ! Chez les footballeurs engagés dans le combat pour la bonne bouffe pour les têtes blondes, ce sont les mères et/ou les femmes qui cuisinent le mieux : Heurelho da Silva Gomes (Brésil), Carles Puyol (Espagne), Abbas Suwan (Israël), Lukas Podolski, Miroslav Klose (Allemagne), Ruud Vans Nistelrooy (Pays-Bas) ou Thierry Henry (France) qui figurent dans ce recueil édifiant le concèdent.
Dans un autre registre on évoquera Steven Gerrard. On le croyait du genre à fréquenter les bars, faire le coup de poing en pleine nuit. Ecoutons-le. « L’eau est une composante essentielle d’un régime sain ». D’ailleurs, Steven, il n’aime que l’eau et le lait mais aussi les oranges, les mandarines, le melon et le raisin. La dorade royale (c’est un sujet de sa très gracieuse majesté) aux aromates, c’est sa came. Et Miroslav Klose, le gastronome en culottes courtes. Il raffole d’une boisson fraîche qu’il compose lui-même avec des bananes, des fraises, du sucre et de la glace. Pour être en forme avant un match, rien ne vaut une succulente omelette énergétique avec du jambon, des champignons, des pommes de terre, des oignons, le tout arrosé d’huile mais d’olive. Miam, miam les enfants !
Et n’allez pas dire que les écossais ce sont tous des alcooliques. Barry Ferguson ne jure que par le milkshake à la banane. Son plat préféré ? La salade de fruits avec des mangues, des kiwis, des raisins, des fraises et de l’ananas. Thierry Henry me direz-vous. J’en connais qui évoqueraient cette histoire du cordon ombilical congelé pour garder au frais les cellules souches de son patrimoine génétique afin de soigner d’éventuelles maladies. Ils ne respectent rien. Thierry est porté vers les sucres lents. En dix-huit minutes il vous sert son riz à la cubaine (riz, sauce tomate, œufs et bananes). Ben oui, forcément, même s’il est né aux Ulis, Thierry Henry il a l’air des Antilles quand même. Donc, il aime forcément un plat antillais. Le riz à la cubaine. Abbas Suwan c’est pareil. Il ne peut aimer que le taboulé. Carles Puyol, l’espagnol, est culturellement porté vers les légumes grillés. Heurelho da Silva Gomes qui vient du Brésil présente naturellement une salade tropicale de pâtes. Lukas Podolski met inévitablement du paprika dans ses pâtes. On pourrait en rire mais le pire est que tout ceci est authentique. La cuisine c’est culturel on vous dit. Maintenant, vous savez ce qu’il faut dire ou ne pas dire à vos enfants, et ce qu’il faut leur servir ou pas. Bon appétit.
Jean-François BORNE
Mieux manger pour mieux marquer. Ouvrage disponible dans les sites de l’éditeur www.falkemedia-shop.de, de l’UEFA : www.uefa.com, et de la fédération mondiale du cœur : www.worldheart.com.