Tabula rasa
28 avril 2008 à 21:40
Episode précédent : le PSG décidait le 19 avril 2008 de sombrer face au stade Malherbe de Caen. Alain Cayzac choisissait de démissionner dans la foulée. Des supporters parisiens exprimaient leurs créations graphiques sur les murs du centre d’entraînement. Le PSG s’installait à la dix-huitième place du championnat (35 points, différence de buts : - 11) à trois points du premier non reléguable (Lens, 38 points, différence de buts : - 7).
Lundi 21 avril 2008. Une image terrible ouvrait la semaine photographique du club de la capitale. Des joueurs prostrés, murés dans leur silence, encadrés par des CRS. Des joueurs enfermés dans des camionnettes les transportant aux terrains d’entraînement. Un réalisateur peu inspiré aurait complété le tableau par l’évocation d’une atmosphère moite, des hélicoptères tournoyant dans le ciel avec à bord des rescapés, le tout emballé par l’inévitable bande-son des Doors : this is the end.
Lundi 21 avril 2008. Une atmosphère de fin de règne irradiait Saint Germain en Laye, à l’image de Paul Le Guen, serré au milieu d’une rangée de trois sièges d’un minibus, entre un joueur et le chauffeur. Une contamination du pathétique. Et finalement une certaine peine. Des joueurs et un entraîneur placés dans une fourgonnette, véhicule à mi-chemin entre un modèle à la Emile Louis et la voiture balai du Tour de France.
C’était donc ça le PSG de Colony Capital, l’investisseur spécialisé dans l’immobilier qui avait oublié qu’il valait mieux être à la base de quelque chose qui se construit qu’au sommet de quelque chose qui s’effondre.
Il n’y a pas si longtemps, on rapportait que le Parc des Princes grondait de chants invitant au départ la chaîne de télévision privée Canal Plus, l’ancien propriétaire.
Canal Plus, non par respect de la vox populi mais de la vox financière, jeta l’éponge. Le vent de la rigueur allait souffler. Deux exercices plus tard, c’était bonjour tristesse. La sainte trinité du capitalisme immobilier façon Colony Capital, soit Commitment, Integrity, Results, ou en français, responsabilité, intégrité, résultats, battait de l’aile.
Pouvait-on accabler la direction ? On aurait beau faire, prendre le problème dans tous les sens, évoquer par exemple le manque de professionnalisme des joueurs, le véritable problème du PSG c’était le PSG, Paris comme ville de football. Alphonse Allais proposait de mettre les villes à la campagne. On se demandait si la version moderne ne serait pas de mettre le PSG à la campagne, à moins que ce ne soit à l’ombre de la Ligue 2.
C’est dire si dans ces conditions la perspective du match de la trente cinquième journée contre l’AJA allait prendre une importance démesurée entre le club qui n’a pas l’habitude de jouer le maintien, et celui qui, autrefois, sous les ordres de Guy Roux, ne prétendait jouer que cela, le fameux maintien dans l’élite.
On s’attendait à tout, du cours de maintien à la descente aux enfers. Avant le match, le PSG se présentait avec une statistique de seize points pris sur cinquante-et-un à domicile, soit la même statistique que l’AJA à l’extérieur. Avec moins d’un point par match à domicile (0,9 point pour être précis) on ne s’attendait pas à un carnaval de buts.
Certes, le PSG avait sorti de sa botte un conseiller sportif, homme providentiel, Michel Moulin, qui à défaut d’écrire des lettres (les lettres qualifiées avec affection de lettres de mon Moulin) saurait offrir un discours mobilisateur. Beaucoup doutaient. L’ancien Président Alain Cayzac avait démissionné après avoir appris l’arrivée de Michel Moulin. Et l’on évoquait déjà les futurs conflits qui ne manqueraient pas de naître avec Paul Le Guen. Pour ainsi dire, on aurait annoncé José Anigo ou Pape Diouf pour sauver le PSG que cela n’aurait pas été plus incongru. Le bénéfice du doute aidant, il s’agissait de voir, pas forcément pour croire, mais seulement de voir.
Tabula rasa ou pas ? Soit le concept philosophique selon lequel l’esprit humain naîtrait vierge et ne s’exprimerait que par sa seule expérience. On se demandait avant la rencontre quelles leçons avaient été retenues par le PSG toutes ces dernières années.
Samedi 26 avril 2008. Le PSG gagnait, un peu contre toute attente au regard des performances de l’équipe parisienne à domicile, mais selon une certaine logique tant l’AJA se montra tendre. Une victoire sur le score de trois buts à un. Pedro Miguel Pauleta, en valeureux capitaine de route, qui décidait de montrer l’exemple à l’occasion d’un coup franc dès les premières minutes, puis un doublé de Diané. Mais que l’AJA était faible, presque résignée dès les premières minutes, comme prête à laisser le PSG prendre l’ascendant. Que le match fut troublant à certains moments et la faiblesse auxerroise criante. C’est le lot des fins de championnat. Les esprits s’échauffent et voient des affaires cachées, ou bien supputent à propos d’attitudes désinvoltes de certains joueurs. Les faits ne sont pas nouveaux.
Le samedi 29 mai 1999, les Girondins de Bordeaux s’imposaient au Parc des Princes lors de la dernière journée devant un public parisien acquis à la cause bordelaise afin de priver le rival du sud (l’OM) du titre de champion de France. Certains doutèrent ce soir-là de la volonté parisienne de conserver le match nul. A moins que l’AJA n’ait confirmé la réalité de son visage : une équipe très, très faible, du métal dont on construit l’ossature des équipes dites du « ventre mou » du classement.
Quoiqu’il en soit, l’AJA aura été une équipe polie, sachant se comporter en équipe visiteuse respectueuse, à l’image de ses supporters qui déployèrent une banderole de soutien à l’adresse d’un kop parisien récemment dissous.
Bien qu’en position de descendre en Ligue 2, le PSG pouvait respirer après les défaites à l’extérieur de Lens au Mans (2-3), de Strasbourg à Rennes (0-3), et de Toulouse à Lille (2-3). La bande des trois équipes à trente-huit points composée du PSG (différence de buts : - 9), Lens (différence de buts : - 8) et Toulouse (différence de buts : - 6) devra batailler pour qu’au moins un des membres de ce trio tragique conserve sa place dans l’élite. Le 3 mai, le TFC recevra le PSG, et le RC Lens affrontera à domicile l’AS Monaco.
D’ici là, on mettra les Doors sur pause. This is not the end…C’est agréable de regarder le classement la tête à l’envers.
Jean-François BORNE