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Rédacteur sur sofoot.com depuis au moins trente articles, les équipes de football préférées de Jean-Francois BORNE sont celles par qui les scandales arrivent. Pour lui les supporters sont essentiels au football et l’abandon d’un sport aux droits télévisés relève de l’hérésie. Rien que ça.

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Spirit of Dunkerque

19 avril 2009 à 14:40 Spirit of Dunkerque

Reviens-moi, the soccer walk with me

Il est parfois des films qui, au moment où on s’y attend le moins, vous emportent dans de purs moments cinématographiques consacrés au football. Le film qui nous occupera, intitulé : « Atonement » en version originale, « Reviens-moi » en version française, ou encore « Expiation » au Québec, est de ceux-là. Tiré d’un roman de Ian McEwan, il évoque le basculement dans la vie d’un homme par une chaude après-midi d’été d’août 1935. Une jeune bourgeoise de treize ans surprend sa sœur aînée Cécilia dans les bras de Robbie, héros de l’intrigue et fils de la domestique. Dénonçant à sa famille ce qu’elle prit pour un viol, mettant au passage en lumière les dangers de la toute puissance de la parole des enfants, notre jeune balance bouleversera ainsi le destin du personnage principal qui disparaîtra quelques années plus tard en pleine débâcle anglaise sur la plage de Dunkerque.

C’est pendant la fameuse bataille de Dunkerque que se situe notre moment de football. A priori, rien ne justifierait que l’opération dynamo (nom de code de la bataille) s’occupe d’une rencontre de football. C’est pourtant le cadre qui aura été retenu dans cette fiction, alors que l’histoire nous enseigne que près d’un million de soldats français, belges et anglais se trouvèrent pris au piège dans un corridor, assez peu humanitaire, qui allait de Lille à Dunkerque. Rien de moins réjouissant qu’une plage en temps de guerre pour jouer une scène de football de tranchées ou recevoir une balle tragique à Dunkerque diriez-vous ? C’est à voir. Moment clé du film, le « travelling de Dunkerque » restitue un long plan séquence, filmé avec une « steadicam », durant lequel le jeune Robbie voit, sous ses yeux effarés, la monumentale débâcle mettant en scène l’armée anglaise en déroute à laquelle il appartient. Dans ce plan monstrueux, qui mêle à la fois le lyrisme à la Sergio Leone, « Week-end à Zuydcoote » dopé à la sauce numérique, et « long dimanche de fiançailles », apparaît le match improvisé par les soldats de sa très gracieuse majesté (enfin, gracieuse au moment des faits, c’est-à-dire entre le 25 mai et le 3 juin 1940).

On l’avoue, la scène de football est brève, très brève, presque ridiculement trop courte. Elle apparaît en arrière-plan pendant le travelling, entre des véhicules calcinés, des soldats blessés, et une mer d’encre sous un ciel plombé. Il faut dire que la reconstitution est censée se dérouler au bord de la mer du Nord, à soixante-dix kilomètres de Lille, soit dans une région assez peu favorisée pour pratiquer le football de plage par temps clair. Mais gardons le respect dû aux combattants qui défendirent la région, « banderolisée » près de soixante-dix ans plus tard.

C’est tout l’esprit des inventeurs du football qui s’incarne dans la scène. On croyait le britannique attaché à sa tasse de thé. Ici, c’est au ballon rond qu’il s’accroche comme pour mieux signifier, overseas, la supériorité britannique. Même en temps de guerre, l’anglais sait déployer ses fondamentaux dont celui de la vie par-dessus tout, incarnée dans cette partie de football. En fond sonore, comme un refrain entêtant, une plainte sourde et grave se détache. Il s’agit du chant d’une chorale de partisans, dont on découvrira les membres qui surplombent la scène. Réunie sous un kiosque à musique, vestige d’une vie autrefois joyeuse, la troupe exécute, le regard tourné vers la mer, un chant. C’est l’institution métaphoriquement évoquée du Kop qui s’exprime dans l’instant. Une ferveur quasi religieuse anime les chanteurs. Même si l’on comprend que ce n’est pas you’ll never walk alone qui se laisse entendre, c’est la puissance évocatrice du chant des supporters qui s’accomplit, l’encouragement à se dépasser.

Certains pourraient douter que Joe Wright avait voulu signifier ce que nous lui prêtons dans ce geste cinématographique. On rappellera, pour s’en convaincre, que la scène a été tournée sur la plage de Redcar, proche de Middelsbrough, ville de football dont le club a été fondé en 1876, ainsi que la présence au générique de la comédienne Keira Knightley, dont on ne cesse de rappeler qu’elle s’offrit pour la première fois au public avec le film « joue-la comme Beckham ». C’est dire…

Jean-François BORNE

Reviens-moi, DVD zone 2 et Blu-Ray Disc, Studio Canal






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