Rey de lumière
24 juin 2009 à 21:04
Franchement, on était passé à côté de l’information. Entre les transferts de Kaká et de Cristiano Ronaldo, le départ de Pape Diouf de l’OM, l’approche de la trêve estivale, c’est le nez dans le guidon, comme on dit pendant le tour de France cycliste, qu’on finissait la saison 2008-2009. Pas le temps de relever la tête si ce n’est pour humer l’odeur de l’euro (la monnaie pas le championnat organisé par l’U.E.F.A) qui flotte dans l’air pendant le mercato. Le fric, le fric, le fric. Voilà ce qui obsédait le monde du football entre deux transferts et trois changements d’entraîneurs.
Seulement, il existe encore dans ce pays quelques entrepreneurs qui ont des projets. Pas le genre à vous asséner que si l’on n’a pas sa Rolex à cinquante ans, on est un gros naze. Non, on parle ici de types qui ont une vision de l’avenir, pas de ceux qui tels des chacals manipulateurs enrôlent votre gosse dans un centre de formation alors qu’ils savent qu’il finira, les rêves brisés et les ligaments distendus, comme vendeur chez Décathlon au rayon des accessoires de sports de balle, mais des purs.
Des individus brillants et atypiques existent. Et parmi eux se trouve Olivier Rey qu’on qualifierait volontiers de « winner » si la déférence à son égard nous obligera à le considérer uniquement comme un grand de la presse. Ah ! J’entends déjà ceux qui derrière leur écran, après la simple évocation du nom de Monsieur Rey, manifestent, rient ou s’insurgent, ayant au pire l’impression de se retrouver dans un flashback des années quatre-vingt époque « téléfoot », ou au mieux dans une version mini pipole de l’éloge paradoxal. C’était le bon temps, celui où Olivier Rey faisait du journalisme sportif avec cette classe folle qui caractérise ceux qui vingt ans plus tard ont su garder ce look de jeune giscardien. Pour tout dire, le Rey on le croyait médiatiquement mort. A moins qu’on imagine qu’il ne soit tombé pour un trafic de produits théinés (dans la vraie vie il est actionnaire d’un bar à café et à thé qui porte le nom de « l’instant Rey »).
En fait non. Olivier Rey, fortune faite (même si c’est beaucoup dire) dans le monde du thé, se lançait dans la politique locale en devenant, à la suite des élections municipales de mars 2008, le conseiller municipal délégué au sport de la ville de Levallois (fonction qu’il partage avec l’ancien philosophe tennisman : Henri Leconte). Bref, se disant que même si on collabore avec le maire d’une commune de droite, cela n’empêche pas d’avoir des idées. Et des idées, il en a le Rey. Appuyé par le député-maire de la commune au sein de laquelle il occupe son mandat, Olivier Rey allait provoquer en juin 2009 la fusion entre le Levallois Sporting Club football et le Racing Club de France Levallois 92 afin de réussir d’ici trois ans une accession en National pour cette nouvelle entité. Jouer dans l’ancienne troisième division quel beau challenge ! Mais ce n’est pas tout. L’expérience acquise pendant toutes ces années à côtoyer les Francis Lalanne, Francis Huster, Pascal Praud ou autres Didier Roustan, cela forge un homme, donne une vision de l’avenir. Tel un général de Gaulle lançant son appel du 18 juin, Olivier Rey indiquait que l’unique club de football de Paris pouvait trembler. Devenir ni plus ni moins le deuxième club de la capitale tel est l’objectif du génie visionnaire des bords de seine, le Zouave du pont de Levallois. Citons Olivier Rey lorsqu’il s’exprimait dans le quotidien d’informations locales de la commune dont il préside les destinées sportives : « devenir le deuxième club parisien ! ».
Tout cela pourrait prêter à sourire mais n’oublions pas que le club dont s’occupera Olivier Rey a formé des joueurs tels que Didier Drogba, Olivier Thomert, Marco Ramos. Comme pourrait le dire Olivier Rey (même s’il ne le dit pas), si l’Amérique célèbre au cinéma la gloire de la voiture avec un acteur au physique des années quatre-vingt et une fille en plastique (on pense qu’il s’agit du film « Transformers »), la banlieue peut elle aussi rêver de revanche, de gloire, de supporters fous, de joueurs pourris comme les illustres prédécesseurs du P.S.G. Et il faut avouer, même si l’idée peut paraître folle, que la perspective de chatouiller les joueurs qui officient au parc des princes est belle parce qu’elle est simple et irrationnelle, pour tout dire complètement stupide donc poétique, et par ricochet hautement estimable. On souhaite tout le bonheur du monde à cette entreprise. Le monde du football sera-t-il prêt à y souscrire ? On n’en doute pas. C’est bien simple, Claude Makelele aurait déjà dit oui pour la saison 2019/2020...
Jean-François BORNE