Monsieur 4%
26 mai 2008 à 15:50
Ni responsable ni coupable
C’est finalement après avoir passé les trente-huit journées dans la seconde partie du classement du championnat de Ligue 1 que le RC Lens rejoignait le FC Metz (20ème) et le RC Strasbourg (19ème) à l’issue de la dernière journée qui s’achevait le 17 mai 2008.
Immédiatement appelée sur les lieux pour effectuer les premiers constats et quelques prélèvements, la police des commentateurs fut tentée de faire peser cet échec au seul Guy Roux.
Souvenons-nous de l’été 2007, enfin de la seconde partie des vacances estivales, le mois d’août. Alors qu’il jouissait d’une retraite bien méritée selon la formulée consacrée lors des pots de départ, Guy Roux décidait de reprendre son métier d’entraîneur alors qu’il commençait à profiter de nouveaux instants de repos.
Le cirque estival allait monter son chapiteau avec comme vedette Guy Roux. Entre le soutien présidentiel du chef de l’Etat français pour appuyer la renaissance d’un homme que les conventions collectives interdisaient de travailler (un entraîneur ne peut normalement plus travailler au-delà de soixante cinq ans), le fracas autour du salaire du nouvel homme fort de Lens (on parlait de 100 000 euros par mois), les confessions de Guy Roux himself, son refus de porter le nom du sponsor du club, l’été fut agité.
Un ROUX TOUR 2007 se mettait en marche et on se demandait si le jeu de l’été de la planète foot ne consisterait pas à relever ce défi : Vous n’avez plus rien à dire ? Alors écrivez sur Guy Roux !
Il faut dire que les mauvaises langues lensoises l’annonçaient dès l’été 2007 comme le Monsieur Paul du Racing Club de Lens. On connaissait le célèbre sparadrap du capitaine Haddock. On découvrait celui de Guy Roux qui cachait la marque du sponsor de son employeur faute d’être lié directement et personnellement avec le soutien mercantile lensois.
Guy Roux, le presque entraîneur grunge en rupture avec les sponsors, affolait la presse en ce creux de l’été 2007. Les supporters de Lens étaient, à ce qu’il paraît, dubitatifs à propos de l’idée de Gervais Martel de prendre Guy Roux comme entraîneur. Ils se demandaient si le vrai club populaire du nord n’était finalement pas Valenciennes et non plus Lens. Le cœur avait des raisons que le stade Bollaert ne pouvait plus ignorer.
Seulement Guy Roux n’allait rester que quatre matchs à la tête du Racing Club de Lens, soit d’un point de vue comptable deux défaites et deux matches nuls, avant de céder sa place à Jean-Pierre PAPIN, puis au duo Papin-Leclercq. Quatre petits matchs.
Tirant le bilan de son passage à Lens, Guy Roux concluait le 19 mai 2008, le championnat achevé et Lens en Ligue 2, par quelques commentaires relatifs à sa prestation estivale de 2007, estimant, qu’en définitive, il n’avait que « 4% de responsabilités dans l’échec du club lensois. Précis et méthodique, il indiquait qu’il avait « managé quatre matchs », et qu’il y avait trois familles dans le club, « les joueurs, l’entraîneur et le président, ça fait un tiers chacun, 33% ». Prorata temporis, Guy Roux n’aurait donc fait que 10% des matchs, et n’aurait par conséquent que « 4% de responsabilité ». Guy Roux accédait au statut de Monsieur 4%.
A la suite de tels propos, Guy Roux, le bref patient lensois, venait d’obtenir son statut de résident permanent dans le monde de l’ironie sportive.
Et puis on se dit qu’il n’avait peut-être pas tous les torts, que ce n’était finalement pas lui, Guy Roux, l’homme qui tua le Racing Club de Lens, l’artisan de la descente lensoise.
Bien sûr, il avait les traits du coupable idéal : quarante ans de métier, de solides inimitiés forgées avec le temps, un goût supposé pour l’argent, la volonté d’imposer ses hommes (Kalou, Akalé, Pieroni) et un système qualifié de désuet.
Mais qui signa le contrat, accepta les demandes de l’homme d’Auxerre, déroula le tapis rouge ? Guy Roux ? Non ! Gervais Martel, oui ! Les mines pouvaient être défaites le soir du 17 mai 2008 après le match nul contre les Girondins de Bordeaux. Gervais Martel avait été frappé par la maladie qui touche beaucoup de présidents de clubs de football, les poussant pour des raisons incertaines à prendre des initiatives qui cassent leur jouet. En se séparant d’hommes de compétence (Francis Gillot), en se vautrant dans un luxe ostentatoire (le centre d’entraînement), Gervais Martel avait peut-être brisé la mécanique lensoise. A moins que ce ne soit la fin d’un cycle. La croissance entre 1988 et 1998 (arrivée de Martel et obtention du titre de champion de France), puis la stagnation et la descente dans la division inférieure (1998-2008).
Toujours les cycles, toujours l’économie…Ainsi va le football.
Jean-François BORNE