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Rédacteur sur sofoot.com depuis au moins trente articles, les équipes de football préférées de Jean-Francois BORNE sont celles par qui les scandales arrivent. Pour lui les supporters sont essentiels au football et l’abandon d’un sport aux droits télévisés relève de l’hérésie. Rien que ça.

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Le football : miroir de notre vie sociale

27 janvier 2009 à 20:51 Le football : miroir de notre vie sociale

Professeur des universités à l’école pratique des hautes études mais également philosophe, Myriam Revault d’Allonnes dirige la collection "chouette penser" aux éditions Gallimard. Connue des parents d’enfants de sept à douze ans, la collection se fixe comme but d’aborder quelques questions philosophiques pour les plus jeunes à travers des sujets comme : « la conversation », « au théâtre voir le monde », « qu’est-ce qu’un homme », « le monstrueux », « de quoi rire », en y mêlant le regard d’un auteur et d’un dessinateur afin d’expliquer et d’illustrer, souvent grâce à un dialogue fictif (propre à la leçon philosophique), le thème retenu. L’ouvrage intitulé "le football, que nous apprend-il de notre vie sociale ?" a retenu l’attention en ce que l’ouvrage tente de répondre brièvement à trois questions. Le football : d’où ça vient ? En quoi ça consiste ? A quoi ça sert ?

On passera quant à l’origine violente, moyenâgeuse du football, le "jeu de force", qui voyait l’affrontement de deux équipes sur un terrain illimité, pendant une période de temps non définie, afin de porter la soule (balle de cuir bourrée de son, de sciure de bois ou de filasse), pour s’arrêter à l’année 1863, celle de l’introduction des règles destinées à "civiliser" le jeu comme l’explique Norbert Elias (1897-1990, sociologue allemand, voir aussi Norbert Elias & Eric Dunning, sport et civilisation, la violence maîtrisée, Pocket Agora, 1999).

Si le football répond en tant que tel au besoin naturel de l’amusement, de la distraction, du divertissement par la rupture de la routine de la vie quotidienne, il est l’exemple même de la socialité (être capable de vivre ensemble) et de la sociabilité (être capable de vivre ensemble avec générosité et humanité). Sans qu’on s’en rende compte, l’espoir de gagner, ou la crainte de perdre, ont substitué à une violence guerrière un affrontement pacifique avec une discipline à respecter, soit une œuvre de civilisation ou un trait structurel des Etats Nations qui canalisent la violence pour reprendre la démonstration de Norbert Elias. Comme le rappelle l’ouvrage, le football résume les contradictions de l’organisation sociale. A la fois instrument de contrôle social de la violence, simulation de la guerre entre cités, moment de déchaînement des passions supportéristes, le football est ce "mélange compliqué de coopération et de conflit qui caractérise toute vie en société" (page 45).

On pourrait ironiser à propos de cette illustration métaphorique de l’organisation sociale qui se réduit en première approche à une loi de la jungle qui nécessite un arbitre pour la contrôler. Mais ici encore, le football nous rappelle que toute transgression de la règle fait l’objet d’une sanction. Au football comme ailleurs, nous connaissons la règle, on est jugé et on en accepte les contraintes.

Au-delà, le football illustre que la préparation qu’il impose pour s’orienter dans l’espace prépare à orienter sa pensée, développer avec maîtrise son propre jugement. Mais l’essentiel tient peut-être dans le fait que le football révèle la façon dont on perçoit la vie en commun. Après tout, le football est un jeu codifié et contre nature : par exemple, il est interdit de toucher la balle du bras ou de la main. A une origine violente, un état de nature, s’est substitué le jeu civilisé que nous connaissons. A ce titre, il est l’épure de l’organisation sociale, le mélange entre "la pression de l’intérêt, l’amour-propre, la hardiesse, le sens de l’honneur, la rivalité, la coopération, l’esprit de sacrifice, l’aspiration à la renommée, l’ambition" (page 80).

C’est finalement tout cela que dit le football et que rappelle l’ouvrage. "L’insociable sociabilité" kantienne qui veut que les hommes ne peuvent se passer les uns des autres tout en ne cessant de s’affronter. Pour cela le football est le premier des sports car il restitue le lien qui nous unit dans son aspect spéculaire (dans lequel on se regarde comme dans un miroir) et dans son versant spectaculaire (qui est particulièrement frappant). Et le football apparaît comme le meilleur des jeux car "aux exercices d’habileté s’ajoutent des exercices de sens" (Kant).

Jean-François BORNE






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