Le commentaire call center
26 septembre 2008 à 23:34Même si l’on n’a plus de doute depuis longtemps ; même si les commentateurs eux-mêmes cherchent à tricher pour la forme, l’arrivée des petites chaînes de la TNT ou du câble dans le monde très fermé de la retransmission des matchs de football laisse toujours planer une horrible question au moment de plonger en apnée dans les rencontres de la coupe de l’UEFA : mais bon sang de bois, sont-ils dans le stade, à Paris ou assis au fond de leur canapé tous ces joyeux commentateurs chargés de nous éclairer ?
Hormis le cas des très grosses affiches, il faut avouer que les petites chaînes telles que W9, Direct 8 et consorts n’ont pas les moyens de dépêcher des équipes techniques in situ, pour nous narrer in vivo, les faits et gestes des acteurs du match. C’est donc du siège social de la chaîne qui diffuse le match que les commentateurs et autres consultants officient, tentant souvent avec une maladresse touchante de nous faire croire qu’ils sont perchés en haut de la tribune de presse. Combien de : « on retrouve tout de suite nos consultants à » ; « Ah ! L’ambiance est volcanique ce soir » ont-ils été lancés pour faire comme si. Derrière l’enthousiasme de façade il y a souvent des détails qui tuent. Ici, les statistiques dans la langue de la chaîne à qui le match a été acheté ; là, l’habillage de l’écran qui ne colle pas, quand ce n’est pas le flou tenant à la description du hors champs que seule la présence dans le stade corrigerait. Et puis, c’est également la bizarrerie sonore entre le bruit du stade et le niveau de voix des journalistes en cabine, perdus qu’ils sont dans cette chambre d’échos, qui ne cesse d’étonner. Nos amis seraient à Rabat, Bombay, Adelaïde ou dans un immeuble de bureaux de la porte d’Orléans que l’on ne verrait pas la différence. L’effet call center du commentaire prend alors toute sa dimension. A l’image des automobiles low cost, des banques du même calibre, la retransmission sportive vit aussi de l’investissement dans le contenu avec peu de frais. Après tout, pour les dirigeants de ces chaînes qui tentent de se faire un nom, attirer le public au moindre coût est la priorité. On ne peut s’empêcher d’imaginer que dans leur esprit le football est un produit tellement fédérateur que les images se suffisent à elles-mêmes. Pourquoi pas. Eurosport a construit sa réussite en centralisant les commentateurs dans les studios d’Issy-les-Moulineaux. Reste l’attitude qui est adoptée lorsque des problèmes techniques affectent parfois les programmes comme la rupture du faisceau de transmission. Le masque tombe et l’on découvre les deux ou trois types, confinés dans des boîtes à chaussures en guise de studio, qui révèlent la supercherie et s’indignent gravement chantant un air trop connu : ah ces télévisions étrangères, elles ne valent pas grand chose peut-on entendre en substance. Ici encore, l’enfer c’est forcément les autres…
Jean-François BORNE