L’Euro 2008 à la moulinette de la causalité du probable
13 juin 2008 à 13:29
Euro 2008, c’est joué d’avance – Editions prolongations
Aussi proche de la date de péremption qu’un yaourt bio, éphémère que le moment de grâce footballistique qui touche un joueur du PSG, réaliste qu’une prédiction d’Elisabeth Teissier, l’ouvrage de Geoffroy Garétier : l’Euro 2008, c’est joué d’avance, nous révèle dès la lecture de la couverture que l’Italie ne passera pas le premier tour, que la France sera éliminée en quart de finale et que l’Allemagne sera sacrée comme l’équipe championne du tournoi.
On pourrait s’arrêter là tant le programme semble définitif, quand bien même l’hostilité à tout chauvinisme exacerbé inviterait néanmoins à dépasser l’approche instinctive et répulsive pour comprendre comment cette satanée équipe d’Allemagne remporterait une quatrième fois la compétition (l’Allemagne a été victorieuse à trois reprises : 1972, 1980, 1996).
Empruntant (pour rire cela va de soi) les techniques propres aux sciences sociales, Geoffroy Garétier nous invite à suivre sa grille d’analyse à travers une étude sociogéographique des participants de l’Euro en retenant de nombreux critères : taille du pays, population ; mais également historique : le passé de chaque compétiteur depuis l’origine de la compétition en 1960. Soit la détermination du futur vainqueur à travers des théories environnementalistes.
La glorieuse incertitude du sport n’aurait donc plus le droit de s’inscrire dans la mise en scène de la compétition proprement dite. Cent-trente-deux pages (au format 11 X 17) préface incluse pour s’en convaincre, et relever d’entrée le mauvais coup de Raymond Domenech qui, en ne sélectionnant pas Hatem Ben Harfa, tentait de discréditer l’auteur qui voyait l’ex milieu lyonnais inscrire le but français d’une équipe de France éliminée malheureusement en quart de finale par la Russie (voir page 130).
Mais ce qui importe, c’est de retenir que l’avenir de la compétition est inscrit dans le passé grâce à un cadre d’analyse parfaitement structurant.
Le sort de l’Euro 2008 passe tout d’abord par l’exclusion des inqualifiables, les figurants des matchs de série B, aux superficies trop étroites, aux populations limitées par leur nombre, à l’acquis dans la compétition trop restreint, à l’éloignement trop marqué avec l’Union européenne (Europe politique moins vaste que l’Europe sportive de l’UEFA).
L’écrémage entrepris, la grille peut alors se porter sur le tournoi. Le poids de l’histoire offre de faibles chances aux novices dans la compétition. Ce poids de l’histoire qui permet de constater que les groupes de l’Euro connaissent toujours leur faire-valoir (Norvège en 2000, Lettonie en 2004), et que les poules connaissent systématiquement une classe moyenne (pays comptant deux participations depuis 1960) qui reste engluée au stade des préliminaires de la compétition (Turquie en 1996 par exemple).
L’histoire enseigne également que l’Euro reste l’apanage des classes dirigeantes (celles qui ont participé au moins quatre fois à la phase finale du tournoi) et que le champion est un pays maudit (ce qu’il gagne il le perd quatre ans plus tard).
Mais l’Euro c’est aussi le poids des grands hommes. La France s’est par exemple construite grâce à Michel Platini ou Zinedine Zidane.
Quelques raisons parmi d’autres pour conclure que l’Euro 2008 marquera le retour en force de la maxime selon laquelle le football se joue à onze et les Allemands gagnent à la fin.
Bien sûr, on peut craindre que l’auteur ne soit qualifié à la fin du tournoi comme le nouveau Paco Rabanne footballistique (expression de Stéphane Vivert, l’auteur de la préface). Mais après tout, c’est aussi l’intérêt du livre. Euro 2008, c’est joué d’avance nous plonge dans un goût assumé d’une mise en équation baroque de statistiques desquelles on prendra la mesure du fiasco anglais dans les compétitions : les inventeurs du football dont le prestige est proche du Brésil ont un palmarès équivalent à celui du Portugal (page 45), et ce à raison de « son exception réglementaire » autorisant les clubs anglais à user de façon illimitée en clubs de joueurs écossais, gallois et irlandais, alors que l’équipe nationale restait « confinée dans son espace régional » (page 48). A méditer.
On gardera pour la fin cette révélation ultime : l’Italie reste ce pays qui après être arrivé au sommet dégringole systématiquement. Finaliste de la coupe du monde tous les douze ans (1970, 1982, 1994, 2006), la Squadra chute lors de la compétition suivante (sortie des éliminatoires de l’Euro 1984, victime du groupe de la mort en 1996 au profit des allemands et des tchèques).
D’ici le 29 juin prochain, on peut s’apprêter à lire un peu, crier beaucoup. Forza Francia. Jouer toujours et ne travailler jamais.
Jean-François BORNE