L’autre voie
29 octobre 2008 à 15:13
OM’TV on my mind
On pensait tout savoir des chaînes sportives à la télévision. On croyait tout comprendre des batailles juridiques et financières d’achats de droits audiovisuels auxquelles se livrent les groupes Orange et Canal Plus. On devinait l’implication croissante des chaînes de télévision comme Ma Chaîne Sport, Direct 8, W9 lors des rencontres de la Coupe U.E.F.A ou de Ligue 2 pour la première citée.
Bref, on pensait avoir tout digéré pour en tirer une conclusion à la Guy Roux, façon Guignols : cela coûte de l’argent et suivre son équipe préférée à la télévision impose de faire des choix. Car, hormis la TNT gratuite qui ne propose que dix-huit chaînes dont seules TF1, M6, W9 ou Direct 8 ont un intérêt pour accéder au tout venant footballistique, regarder la Ligue 1 ou les autres les grands matchs européens suppose un minimum de temps et d’argent. Et l’on se disait qu’en dehors du sacro saint droit à l’information qui permet la diffusion d’extraits à l’issue de la rencontre, les diffuseurs non-détenteurs de droits aux images des compétitions sportives ne pouvaient nous abreuver d’images, lorsque par choix ou faute de moyens, on n’avait pas accès aux retransmissions sportives tarifées. Et c’est effectivement le cas sauf si l’on accepte de faire quelques concessions, dont celle de l’image.
Prenons le cas d’OM’TV la chaîne de télévision qui, dans la prose du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, « représente une nouvelle forme de télévision : celle de chaîne associée à un club » (lettre du CSA, n°126, mars 2000). Consacrée à la promotion du club de football de l’Olympique de Marseille, disponible par internet mais également par le réseau Numéricâble ou Orange TV (dans le bouquet thématique optionnel à 3,90 Euros TTC par mois), OM’TV ne néglige jamais les rencontres de championnat de Ligue 1 ni celles de Champion’s League. Bien évidemment, du fait de l’exclusivité accordée à d’autres, OM’TV ne prétend pas rivaliser avec ses grandes sœurs qui disposent des images. Mais, puisqu’il existe des amoureux de leur club qui n’ont ni Canal Plus, ni les bouquets télévisés des opérateurs téléphoniques et vont jusqu’à refuser de suivre leur club sur TF1 lors de soirées de Champion’s League (par exemple, le 22 octobre 2008, la rencontre de Ligue des Champions PSV-OM était diffusée ce soir-là sur TF1 et OM’TV), la chaîne à la gloire du club phocéen est faite pour eux.
Faîtes un jour l’expérience. La première fois, avouons-le, c’est assez déroutant et on ne peut pas affirmer que l’on y prenne nécessairement goût par la suite. On s’installe devant son écran après avoir choisi le canal adéquat (canal 145 par Numéricâble) ou l’on se connecte grâce à son ordinateur. La vérité footballistique nous apparaît nue et glaçante. Un fond d’écran bleu foncé, comme l’abîme, nous plonge dans de sombres ténèbres et s’étale plein cadre.
En lettres blanches, incrustées dans le fond, la voyelle et la consonne olympiennes (O et M), tantôt situées à gauche de l’écran, tantôt à droite, nous rappellent qu’il s’agit d’un match à domicile ou à l’extérieur. L’épure n’est toutefois pas absolue car le fond de l’écran s’orne d’une surimpression afin d’évoquer au besoin si la compétition est européenne ou nationale. L’Europe vue du ciel pour une soirée de Ligue des Champions, le sigle de l’OM pour une soirée de championnat. Quelque chose d’un écran géant de stade qui trône dans le salon ou sur l’écran de l’ordinateur. Un chronomètre qui fait défiler à rebours les minutes de chaque mi-temps ainsi que celles de la pause. Les noms des buteurs de chaque équipe ainsi que les noms des joueurs qui ont reçu un carton. C’est simple, beau et délicat. L’ascèse du football moderne. Puis, en fond sonore, le commentaire du match assuré par un duo : le journaliste et le technicien du football.
Les plus méprisants y verraient de la radio à la télévision ou dans son ordinateur. En fait, c’est plus que cela. Sinon, comment expliquer que le soir où un match de l’OM est diffusé sur TF1 des internautes ou des téléspectateurs préfèrent suivre le même match, mais sans les images, grâce à OM’TV. Bien sûr, il serait tentant d’expliquer la motivation de ceux qui optent pour OM’TV par le fait qu’ils n’ont pas la télévision mais un ordinateur, sont des fans de l’OM et ne disposent donc que de ce seul moyen pour suivre la rencontre. Pareille remarque pourrait être proposée pour ceux qui n’ont ni Canal Plus, ni Foot Plus, ni Orange Foot, et ne peuvent aller au stade lorsque l’OM joue à domicile ou à l’extérieur, mais veulent suivre la rencontre dans son intégralité. Rire de cette posture, parfois contrainte, serait faire preuve d’une condescendance technologique vis-à-vis de cette frange d’aficionados qu’on suppose toutefois réduite tant il est vrai que le passionné sacrifie à l’amour qu’il porte à son club.
En réalité, suivre un match de l’OM dans de telles conditions, c’est l’occasion de s’enflammer sans subir les vicissitudes d’une retransmission télévisée plus conventionnelle, c’est-à-dire avec des images. Suivre le classico OM-PSG dans un esprit apaisé, un œcuménisme supportériste. Tout à coup les provocations des joueurs relayées par la télévision, les ralentis mis en œuvre pour dramatiser les actions, la sonorisation destinée à galvaniser la foule disparaissent au profit du seul commentaire, certes enflammé, plus ou moins objectif, mais évitant toujours de trop personnaliser le débat, et de faire cesser ces mots trop souvent entendus de la part d’un public hypnotisé devant la télévision : salaud de parisien, ou à tel autre : petite crotte pacatesque. On pourrait croire que le sel de la rencontre télévisée s’évaporerait et que ce retour passéiste et radiophonique à la fois aurait quelque chose de réactionnaire. En fait non. Un retour à l’imagination, à une sorte de commentaire à l’état de nature, à un ressenti plus dynamique du match.
Jean-François BORNE