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Rédacteur sur sofoot.com depuis au moins trente articles, les équipes de football préférées de Jean-Francois BORNE sont celles par qui les scandales arrivent. Pour lui les supporters sont essentiels au football et l’abandon d’un sport aux droits télévisés relève de l’hérésie. Rien que ça.

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Foule ressentimentale

4 septembre 2008 à 11:58

En attendant Autriche-France le 6 septembre 2008

Forcément, comme tout le monde oserait-on dire, les vacances d’été ont été consacrées à de saines lectures, qui, à l’approche du match de qualification de l’équipe de France du 6 septembre 2008 contre l’Autriche en vue de la prochaine coupe du monde 2010, offriront cet imparable vernis sans lequel attaquer Ray Dom ne vaudrait rien.

Evoquant la catastrophe idéologique consécutive au 11 septembre 2001, Slavoj Źiźek écrit que l’Europe a succombé à une sorte de chantage exercé par les Etats-Unis, chantage qui veut que dans la guerre contre le terrorisme on est soit avec les américains soit contre eux. Cette impasse a conduit à créer une suspicion ressentimentale qui a pour effet que l’on reproche aux autres de ne pas partager la souffrance du peuple américain (Slavoj Źiźek, bienvenue dans le désert du réel, Champs-Flammarion, pp. 210).

Mais revenons à Domenech et gardons à l’esprit cette idée de foule ressentimentale tout en laissant au bord du chemin les foules sentimentales d’Alain Souchon.

Depuis la fin de l’Euro 2008, presque tout aura été dit pour fustiger l’entraîneur de l’équipe de France, the Dom, comme le Dude du film intitulé the Big Lebowski. Comme à l’habitude, application proverbiale du fait que la roche tarpéienne n’est jamais loin du capitole, le génial devin de la coupe du monde 2006 est devenu en 2008 cette affreuse voyante à la peau grêlée qui n’attire plus personne dans sa caravane. Une merde, pire une sous-merde, un vulgaire étron dont il convenait de se débarrasser au plus vite avant que le petit père sans peuple ne casse l’image de cette belle équipe de France dont l’aura est désormais si faible que la Fédération Française de Football croit devoir faire appel à des agences de communication pour corriger le désastre. On s’excuse de l’outrance mais repensez au mois de juin 2008 pour ce qui concerne Raymond Domenech.

Vint le mois de juillet 2008. Le 3 juillet, le conseil fédéral de la Fédération Française de Football maintenait (contre toute attente ?) sa confiance à Raymond même si un comité de sages encadrerait à l’avenir les éventuels débordements ou écarts du sélectionneur. Le projet restait flou même si l’on sentait que c’était l’occasion pour les clubs de dire comment ils entendaient défendre la marchandise, pardon, leurs joueurs mis à la disposition de l’équipe nationale. Des objectifs étaient toutefois fixés au sélectionneur, comme par exemple la nécessaire obtention de cinq points en trois matches à compter du 6 septembre 2008 (Autriche-France, France-Serbie, Roumanie-France). Soit un objectif chiffré comme pour un entraîneur de Ligue 1 avec les risques que comporte cette méthode. La pire dérive étant la démission collective des joueurs pour faire sauter l’entraîneur dont le discours ne passe plus.

Et puisque cela ne suffisait pas, un ancien champion du monde rejoignait le staff de l’équipe de France afin d’offrir un secrétariat d’Etat à cette nouvelle armée mexicaine (rien que des chefs) montée à la hâte, mais surtout comme la dragée offerte aux ex-champions du monde du club France 98, les perdants dans la campagne d’éviction du grand Ray.

Les semaines passèrent. Quitte à participer à ce grand n’importe quoi, on constate désormais que dans ce nouveau schéma, on est soit avec Raymond soit contre lui, par un effet de contamination de la souffrance engendrée par les derniers combats perdus de l’équipe de France.

Avec la complicité, voire la faiblesse de la Fédération Française de Football, Raymond Domenech a su créer une suspicion ressentimentale, donner le jour à une foule ressentimentale. Désormais, c’est l’union sacrée qu’il faut pour le football français, pour cette équipe nationale privée d’une tête pensante identifiée mais noyée dans une technostructure postmoderne, avec sa cohorte de comités d’experts, fils putatifs des Pierre Nora du foot.

Même si l’on doute qu’il ait vraiment perdu la main, Raymond Domenech apparaît comme un homme encadré, noyé dans une collégialité déresponsabilisante. Une pincée de France 98, un soupçon de sagesse, un émincé du football professionnel et on laisse mariner pendant les deux prochaines années.

Désormais, en grand communiquant qu’il est, au cas où des mauvais résultats apparaîtraient, Raymond Domenech pourra agiter, face aux critiques éventuelles qui ne manqueront pas de surgir, une arme absolue : il s’agit de signes de jalousie et de frustration, de la plainte des aigris qui n’ont pas pris le bon wagon.

Le vide sidéral du stade terminal du football post libéral. Une question de vocabulaire direz-vous ? On se dit surtout qu’il y a quelque chose d’essentiellement communicationnel dans la conduite des affaires, voire de l’inscription de cette tendance américaine du storytelling, même si l’on sait pertinemment que les décors résistent mal aux tempêtes.

Jean-François BORNE






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