Foot plus : un certain moins
5 janvier 2009 à 14:07
Les amateurs des matchs premium de la ligue 1 (le samedi à 21 heures ou le dimanche soir à la même heure) profitent depuis quelques années grâce à canal plus, et depuis le début de la saison 2008/2009 grâce à Orange foot le samedi soir, d’un dispositif complexe et spectaculaire de mise en scène. Avec au moins quatorze caméras et des systèmes dits de caméras loupes (jusqu’à quatre caméras), rien n’échappe théoriquement aux téléspectateurs. Si l’on se lançait dans un catalogue à la Prévert des moyens techniques déployés, avec plus ou moins d’intensité en fonction de la conception des stades, on dénombrerait tout d’abord les deux caméras principales situées à hauteur de la ligne médiane.
On évoquerait la caméra fixe à hauteur de la ligne médiane également mais au niveau du terrain afin de fournir des gros plans des joueurs. On rappellerait la présence des caméras à la même hauteur que les caméras principales et situées dans le prolongement de la ligne des dix-huit mètres. On insisterait quant à la présence des caméras basses derrière chaque ligne de but. On se souviendrait de la caméra portable qui couvre les bancs et sert aux gros plans des entraîneurs et des remplaçants. On remarquerait à l’occasion une caméra « beauty shot » installée en hauteur dans le stade qui offre une vue panoramique des lieux. On guetterait les accélérations des caméras sur rails le long de chaque ligne de touche, avec le cameraman assis qui module la vitesse de son engin.
Et puis, on aurait une pensée pour les caméras hautes placées derrière chaque but, permettant de voir le point de penalty par-dessus la barre transversale. La caméra angle opposée dans la tribune ou au bord du terrain, à hauteur de la ligne médiane. Les caméras de tunnel entre le terrain et les vestiaires. Certains soirs on envierait le mouvement de balancier des caméras-grues ou « pole cam » placées derrière les buts, les « hot head » sans cadreur, installées derrière le but également, ou encore les « super beauty », ces caméras montées dans des dirigeables ou un point haut à l’extérieur du stade. Et on conserverait une pensée pour les caméras vingt mètres, à hauteur d’une ligne fictive des vingt mètres, du même côté que les caméras principales, sans oublier les loupes pour les ralentis parfaits. Bref, on s’extasierait pour cette technologie déployée pour notre seul confort de téléspectateur.
C’est d’ailleurs ad nauseam que le dispositif est parfois employé afin de muscler des rencontres aux enjeux incertains. Mais tout n’est pas premium dans la vie, et bien que d’accès payant, chaque journée de ligue 1 offre également huit matchs en direct réservés à la chaîne Foot + (en général six matchs le samedi et deux matchs le dimanche) pour leur diffusion télévisée. Les Valenciennes / Lorient, Grenoble Foot 38 / LOSC, le Havre / PSG ou autres Caen / Auxerre ont un public qu’il convient de ne pas négliger ni mépriser, même si l’axe Paris-Lyon-Marseille constitue le fond de sauce des gazettes et de la chronique audiovisuelle.
Facturée huit euros par mois, la chaîne Foot + constitue une exception audiovisuelle en ce qu’elle propose un moins par rapport au trop d’images des matchs premium. Qu’on se rassure, Foot + n’est pas une télévision ostalgique (nostalgie de l’Allemagne de l’est) ni un succédané d’un match européen de Dniepropetrovsk au mitan des années quatre-vingt. Bien que la LFP ne diffuse plus la charte audiovisuelle avec le luxe de détails quant aux emplacements des caméras (voir par exemple l’édition du 23 juillet 2007), l’œil averti dénombre au moins cinq caméras. Elles sont situées dans les tribunes à hauteur de la ligne médiane, au sol et dans les tribunes, dans le prolongement de la ligne des dix-huit mètres, ainsi que dans le tunnel d’accès, soit le même type de disposition que l’ancien système de « pay per view » disponible la saison dernière (six caméras, une loupe, une caméra portable et une caméra « beauty shot »).
Cette version « light » n’est pas pour déplaire. Elle semblerait « low cost » dans une première approximation alors que le dispositif permet une réalisation plaisante car dénuée des afféteries qui caractérisent les matchs « premium ». A cet égard, le téléspectateur retrouve l’essence du jeu : le football est un sport collectif. Si le match de Ligue 1 en mode premium est la démonstration d’une réalisation dépositaire du style tout à l’égo (cadrages serrés, mise en valeur des actions individuelles), autant Foot + rend, à sa façon, la place au jeu, aux mouvements collectifs grâce à plus de plans larges. Bien entendu, la réalisation ne nous place pas comme un invité de dernière minute à l’ultime rang de la tribune haute du stade de France. Les gros plans demeurent mais ils sont utilisés avec une certaine économie comme les ralentis.
On ne dira pas que l’économie des moyens mise en œuvre par HBS (Host Broadcast Services qui agit pour le compte de la L.F.P) relance la créativité puisque la beauté tient ici dans la vision d’un service minimum assumé. Il n’est pas certain que la nonchalance derrickienne soit du goût de tous mais cette coupure avec le cordon ombilical du toujours plus de caméras apporte une fraîcheur salutaire. Après, il y aura toujours des cyniques pour expliquer que regarder Foot + le dimanche à dix-sept heures relève au mieux d’un sacerdoce, au pire de l’aliénation…
Jean-François BORNE