Dans la peau de Paul Le Guen
28 novembre 2007 à 14:55
Lundi 26 novembre 2007. Paul Le Guen vient de raccrocher avec douceur le combiné téléphonique posé à la droite de son bureau. Il relit l’encart placé à gauche de la page de garde du quotidien L’Equipe daté du jour. Le club qu’il entraîne est dans la zone de relégation après une défaite contre l’OGC Nice. Dehors, il fait déjà nuit. Paul Le Guen se dit que le bureau où il se trouve actuellement, situé au siège du Paris Saint Germain, 24, rue du Commandant Guilbaud à Paris, est révélateur de la situation que traverse son équipe. Qui a eu l’idée de construire des locaux devant une des tribunes du stade ? Qui a eu l’idée de situer la direction du club à l’extérieur de l’enceinte sportive ? Tout est dit. Des capitaux qui ne sont investis que temporairement dans les comptes par des investisseurs spécialisés dans l’immobilier. Un siège social édifié devant le stade. Du temporaire. Rien que du temporaire. A l’image des installations du centre d’entraînement.
Le portable de Paul Le Guen sonne. Sous le numéro de l’appelant s’affiche le nom du correspondant. Il lit le nom de Guy Lacombe. C’est le troisième coup de téléphone de la journée. Paul Le Guen laisse son téléphone sonner. La messagerie fera le reste. Guy Lacombe a déjà laissé un message très bref : « Maintenant tu comprends ». Le tutoiement est de rigueur dans la confrérie des entraîneurs. Il se souvient de la passation de pouvoir avec son prédécesseur lorsque le moustachu lui disait avec ironie : tu vas voir, le PSG c’est une killap. Une killing application. Tu parles.
Paul Le Guen en a assez des téléphones, des journalistes, des investisseurs, des joueurs qui se prennent pour des divas. La conférence téléphonique organisée entre Sébastien Bazin, le directeur Europe de Colony capital, un des actionnaires, Alain Cayzac et lui-même, a été courtoise. L’équipe en place a le soutien des actionnaires qui crieront leur appui si nécessaire. Le message est limpide. Désormais il faut gagner sinon c’est en Ligue 2 que le PSG va se reconstruire.
Paul Le Guen se dit tout à trac qu’il se croit revenu aux Glasgow Rangers. Par un mécanisme de la pensée qui lui échappe, il visualise l’échelle de Glasgow, ou score de Glasgow (Glasgow coma scale, GCS), cet indicateur de l’état de conscience utilisé dans les traumas crâniens. Il se dit que le PSG est plus proche du score de trois (coma profond) que du chiffre quinze (parfaite conscience). Comment le titulaire d’une maîtrise de sciences économiques obtenue à l’université de Brest a-t-il fait pour se retrouver dans cette galère ? Il sait qu’il est en train de perdre son calme. C’est dans des moments pareils que l’on peut devenir parano. Paul Le Guen se demande si l’exercice du métier d’entraîneur est compatible avec une vie normale. Il savait que le club parisien était un club particulier. Il le savait puisqu’il en a été joueur et capitaine. Mais c’était le temps béni de Canal Plus, l’actionnaire des succès, le temps des victoires en coupe d’Europe des vainqueurs de coupe, en coupe de France, de la Ligue.
Paul Le Guen regrette l’Olympique Lyonnais, avec lequel il a été trois fois champion de France. Ces journalistes ont beau dire mais avoir un Bernard Lacombe et un Jean-Michel Aulas dans ses manches, et dans ses poings, est un atout lorsqu’on est entraîneur. Eux auraient fait taire Luis Fernandez.
Paul Le Guen se dit qu’il n’est pas assez ambitieux. Paul Le Guen croit qu’il en a assez. Paul Le Guen vient de rebaptiser mentalement le PSG. C’est le prison break du football français…Il est prêt à s’évader…
Jean-François BORNE
» Dans la peau de Paul Le Guen · 29 novembre 2007 10:14 | |
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