Dans la peau de Frédéric Thiriez
10 décembre 2007 à 17:02
« Aux pays des mensonges déconcertants, seules importent la qualité des illusions et la crédulité des spectateurs ». (Jordi VIDAL – servitude et simulacre – Allia 2007)
Lundi 10 décembre 2007
Frédéric Thiriez vient de battre son record personnel. Le casque de moto sous le bras, il consulte sa montre et arrête le chrono. Il vient de parcourir la distance entre son lieu de travail situé 282, boulevard Saint Germain et le siège de la Ligue de Football Professionnel 6, rue Léo Delibes dans le 16ème arrondissement en six minutes et dix-huit secondes. Un record pour traverser le pont de la Concorde, remonter l’avenue des Champs Elysées, fendre la place de l’Etoile, débouler sur l’avenue Kléber, virer à droite dans l’étroite rue en pente qui abrite le siège de la LFP.
Frédéric Thiriez souffle. Il espère que ce record en appellera d’autres. Il pense à la vente des droits audiovisuels de la Ligue 1. Frédéric Thiriez est fier, très fier de lui-même, et il se dit qu’il le mérite. Il faut être doué pour mener de front une prenante activité d’avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation et être le Président bénévole de la LFP. Frédéric Thiriez pense à son prédécesseur et au changement radical de style qu’il impose à l’institution. Il était gentil le roi du poulet mais il n’avait pas la carrure pour faire modifier des décrets. Frédéric Thiriez est content de lui et il a raison.
La semaine débute dans la fébrilité, l’angoisse et l’attente d’un beau cadeau de Noël qui pourrait arriver fin janvier 2008. Le week-end a été mouvementé. Frédéric Thiriez s’y attendait mais il s’avoue avoir été surpris par la réaction du vendredi 7 décembre 2007 de la chaîne Canal Plus. Le diffuseur historique du football français chargeait ses avocats d’annoncer qu’il venait de saisir en référé le Conseil d’Etat et le Tribunal de Grande Instance de PARIS d’une action en référé pour faire annuler l’appel d’offres lancé le 30 novembre 2007 pour les droits audiovisuels des quatre prochaines années. Rien que ça ! Un tel mouvement d’humeur trahissait plus que de l’agressivité et dissimulait mal de la panique. Une action judiciaire capable de faire passer l’ogre qu’est la LFP pour un agneau face à la vorace filiale du groupe VIVENDI. Le coup de colère de Canal Plus amusait plus Frédéric Thiriez qu’il ne l’inquiétait. Certes, il devait se montrer ce matin comme un capitaine attentif et soucieux de la marche du navire, mais il ne se laisserait pas intimider. Frédéric Thiriez se dit qu’il vient de marquer un point et qu’il n’a rien à perdre, l’appel d’offres étant par ailleurs l’œuvre du cabinet Clifford Chance, conseil habituel de la LFP, fort bien assuré également.
Frédéric Thiriez peut donc s’autoriser à mettre les pieds sur son bureau. Il pense à Jean-Claude Decaux, aux contrats de mobilier urbain. Il n’arrive pas à faire le vide. Il se dit que sa vie est épuisante et qu’il lui arrive d’être lassé par une presse qui le guette, épie ses faits et gestes. Sauf que la presse, les caméras, les micros, Frédéric Thiriez, il les adore. Recevoir dans son bureau de la LFP les journalistes de la presse sportive ou des revues économiques, faire du service après-vente sur les plateaux de l’émission France 2 Foot, c’est quand même plus glamour que d’être planté au garde à vous, le doigt sur la couture du pantalon, à attendre un roi, fut-il le chef d’un empire aux pieds de Vélib’.
Frédéric Thiriez en a assez de ces pinailleurs, de ces rigolos qui s’en prennent à ses baccantes de policier des brigades du tigre. Frédéric Thiriez a du coffre, de l’énergie à revendre, car il connaît la musique, et ne demande qu’à donner de la voix, lui le baryton.
Si ces petits messieurs faisaient leur travail, il accepterait de croiser le fer. Oui, il a quitté son poste de Conseiller d’Etat. Oui, il n’est plus vraiment de gauche et son amitié avec Michel Rocard au temps du PSU est lointaine. Et alors, le propre d’un individu c’est d’évoluer. Frédéric Thiriez gagne de l’argent (la presse parle d’un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros pour la SCP LYON-CAEN, FABIANI, THIRIEZ), et il en fait gagner au football français. Quel mal y a-t-il à vendre le football comme un spectacle ? Frédéric Thiriez a mangé du lion ce matin. Le football est entré dans une ère de marchandisation. Les clubs sont des marques. Le jeu, les stades, les joueurs sont des produits d’appel pour vendre de la boisson, de la nourriture, des vêtements. Sans parler des stades qui porteront des noms de sponsors. Frédéric Thiriez est fier de son bilan. Le football professionnel teinté aux couleurs du monde associatif, c’est bien fini. Frédéric Thiriez est convaincu par le sens de l’histoire. Il représente le sens de l’histoire. Frédéric Thiriez tenterait volontiers de battre un nouveau record…
Jean-François BORNE
» Dans la peau de Frédéric Thiriez · 10 décembre 2007 18:08 | |
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