Menu:

Présentation

Rédacteur sur sofoot.com depuis au moins trente articles, les équipes de football préférées de Jean-Francois BORNE sont celles par qui les scandales arrivent. Pour lui les supporters sont essentiels au football et l’abandon d’un sport aux droits télévisés relève de l’hérésie. Rien que ça.

Contact

Les autres blogs sur sofoot.com

Contrepoint pour en finir avec la doctrine Jacquet

20 juin 2008 à 10:46 Contrepoint pour en finir avec la doctrine Jacquet

Une autre façon de liquider juillet 1998

Même si cela fait près de deux mille ans qu’on nous rabâche cette histoire, on rappellera que Judas Iscariote (à ne pas confondre avec le groupe de black metal Judas Iscariot), apôtre blacklisté de la chrétienté, traître monstrueux, est cet homme qui dénonça Jésus-Christ et laissa à la postérité le souvenir d’un triste baiser, le baiser de Judas, the Judas Kiss en anglais.

A l’heure de débuter un premier bilan des matchs des poules de l’Euro 2008 (poules desquelles on ne vit sortir pour l’instant nul voleur), les premiers baisers de la trahison ont commencé à être donnés à de nombreux destinataires, visiblement gênés de les recevoir. Au premier rang d’entre eux, the magic Raymond Domenech, bouc-émissaire désigné pour la gestion toute personnelle de l’effectif de l’équipe de France.

On s’en voudrait de suivre les effets de mode mais le parcours de l’équipe de France pendant l’Euro 2008 de l’UEFA, qui n’inspire (le parcours pas l’UEFA) que la colère et le ressentiment, pousse également n’importe quel supporter à devenir un Torquemada des tribunes.

Après le poussif match nul contre la Roumanie (0 – 0), la cinglante défaite contre les Pays-Bas (pour mémoire, quatre buts encaissés, un but marqué), la défaite contre l’Italie par deux buts à zéro, on se demande, comme ailleurs Chérif Ghemmour, si le championnat d’Europe ne serait pas l’occasion pour Raymond Domenech de liquider l’héritage de juillet 1998, commémoration oblige des dix ans de la victoire française en Coupe du Monde, afin de bâtir un autre système. A moins que ce ne soit Raymond Domenech qu’il faille liquider !

Car à sa façon, le sélectionneur français n’est arrivé ni à briser la ligne politique de la réussite française résumée par deux mots d’ordre : puissance et défense, ni à en chasser les derniers dépositaires (Lilian Thuram, Patrick Vieira, Thierry Henry) mais aussi Nicolas Anelka (dans la liste des vingt-deux de l’Euro 2000) dans une moindre mesure.

La dernière réussite majeure de l’équipe de France en 2006 tenait, si l’on a bonne mémoire, à la puissance retrouvée des cadres, dont un incroyable Zinedine Zidane, comme régénéré, après une démonstration inquiétante lors des poules qualificatives en vue des huitièmes de finale.

Pourtant, et peut-être plus qu’une autre, l’équipe de France illustre que la roche tarpéienne n’est jamais loin du Capitole. Depuis les succès de 1998 (Coupe du Monde) et de 2000 (Euro), l’équipe de France semble vivre en se répétant qu’elle ne pourra réussir qu’en reproduisant la ligne de conduite gravée dans les tables de la loi reçues d’Aimé Jacquet : défendre quoi qu’il en coûte. Ceux qui se souviennent encore des matchs européens des Girondins de Bordeaux façon Aimé Jacquet savent de quoi retourne l’idéologie.

Car après l’été du foot français et ses deux tubes de 1998 et 2000, vint l’affligeante Coupe du Monde 2002, l’Euro 2004 tournant autour de la cuisse de Zidane, puis la renaissance en 2006, sans qu’on distingue véritablement pourquoi ça avait marché, ça ne marchait plus en 2002 et 2004, puis par quel mystère cette philosophie fonctionnait en 2006, avant que ne surgisse la sortie des terrains après trois matchs en 2008.

Une grande culture défensive d’un côté, et la présence d’anciens de l’autre, anciens qui occultaient à eux seuls les arrivées de nouveaux joueurs, pour concrétiser dans l’esprit du public que l’équipe de France ne serait immuable que les pieds coulés dans un bloc en béton armé ultra défensif, et ce pour son propre malheur.

Que la ligne de conduite impose qu’il ne faille retenir que le succès et non la manière dont on l’atteint, on peut l’admettre. L’histoire juge les palmarès. Mais lorsque les succès ne sont fondés qu’en fonction d’une règle : étouffer l’adversaire grâce à la puissance d’un bloc, il faut s’interroger à propos de l’état de forme des joueurs qui imposeront, ou sont censés imposer, l’asphyxie de l’adversaire.

Patrick Vieira, le bourreau du milieu de terrain, l’élément clé de la politique française, n’a pas joué les trois matchs de l’Euro en raison d’une blessure à la cuisse mais a été préféré à Matthieu Flamini alors qu’on savait que Vieira ne jouerait aucun des matchs. Qui vivra ne Vieira pas ! Lilian Thuram, cadre historique de la défense centrale, a été préféré à de jeunes ambitieux comme Philippe Mexès pour prouver par l’absurde à l’Europe entière, après l’Espagne, qu’il accuse, et c’est normal après une telle carrière, le poids de la fatigue. Thierry Henry, seul joueur capable d’être la pointe d’une attaque solitaire (l’équipe de France n’étant elle-même que dans un 4-2-3-1), n’a pas prouvé être à son meilleur niveau.

Trois joueurs à propos desquels se cristallisent les doutes entretenus quant à la conduite des affaires par Raymond Domenech, mais surtout démontrer que les trois lignes du jeu (défense, milieu, attaque) autour desquelles s’articule la méthode française sont animées par des joueurs anémiques. Or, lorsque trois joueurs essentiels chargés d’orchestrer la doctrine ne sont pas à leur meilleur, leurs remplaçants trébuchent (que dire par exemple des prestations de Malouda contre la Roumanie ou les Pays-Bas). Il serait facile de faire porter à trois hommes le poids d’un rendez-vous manqué.

Le dernier match du 17 juin 2008 contre l’Italie, match que Patrick Vieira aurait aimé jouer, devait déterminer la suite du parcours de l’équipe de France pour l’Euro Austro-Suisse. Après un match nul et une défaite, il fallait gagner. La rencontre avait débuté par un changement dans la doctrine. Exit Lilan Thuram. Au revoir Willy Sagnol. Bonjour à François Clerc. Entre chez toi Franck Ribéry dans ton jardin du flanc gauche du milieu. Malheureusement le beau quatre-quatre-deux, constitué en pointe par la paire Henry – Benzema, allait devoir être recomposé dès la huitième minute à la suite d’une blessure du Boulonnais du Bayern Munich. Puis, Eric Abidal qui recevait un carton rouge après avoir provoqué un penalty (transformé dans la foulée par Pirlo) obligeait à faire quitter le terrain à Nasri, entré après la blessure de Ribéry. On se dit alors que le sélectionneur allait nous offrir une phrase dont il a le secret, comme par exemple : sans les buts on a bien joué. Mais la rengaine était trop facile.

La France quittait l’Euro 2008. Sans la blessure de Franck Ribéry, sorti à cause d’une blessure après moins de dix minutes de jeu, sans l’expulsion d’Eric Abidal, l’esquisse d’un autre jeu affleurait en raison de l’impératif de gagner. Mais après toutes ces années, l’équipe de France sait-elle encore attaquer, faire le jeu ? La personnalisation du débat autour du sélectionneur évitera de se pencher quant à ce qui touche au système de jeu.

Reste la cible première : Raymond Domenech. Ce dernier avait sémantiquement trouvé la parade avant le dernier match en déclarant avec le sérieux et la provocation qui le caractérisent : « Je ne fais pas d’erreurs, je fais des choix ». Raymond Domenech prendra dans les prochains jours les coups comme il sait les recevoir. On proposerait au sélectionneur français un sujet du bac : choisir permet-il de nier ses erreurs ? A moins que les entraîneurs ne soient que des fusibles destinés à ce que demeure la règle du tout pour la défense. Mais c’est à cause de ce jeu défensif que la France a terminé son Euro le jour où il débutait pour ce qui la concerne : c’était hier, c’était le 9 juin 2008.

Jean-François BORNE






S'identifier pour pouvoir poster un commentaire