Menu:

Présentation

Rédacteur sur sofoot.com depuis au moins trente articles, les équipes de football préférées de Jean-Francois BORNE sont celles par qui les scandales arrivent. Pour lui les supporters sont essentiels au football et l’abandon d’un sport aux droits télévisés relève de l’hérésie. Rien que ça.

Contact

Les autres blogs sur sofoot.com

Brian Clough : A la place de la vie, la revanche

17 août 2008 à 12:43 Brian Clough : A la place de la vie, la revanche

David Peace – 44 jours, the damned united (Rivages thriller, Payot-Rivages, 365 pages, 22 Euros)

« 44 jours » appartient à ce genre littéraire particulier de la fiction fondée sur des faits réels. « 44 jours » ou encore Brian Clough dernières séances si le titre n’avait pas déjà été pris à propos des ultimes séances de thérapie de Marilyn Monroe.

Avant que d’évoquer la production footballistique de David Peace, représentant du néo polar anglais, une précaution oblige néanmoins à avertir le lecteur que le football britannique qu’évoque ici le livre est celui des années soixante-dix et n’a pas le glamour marchandisé du football actuel. Mieux vaut donc ne pas être rebuté par un retour de trente ans en arrière, savoureux en l’espèce.

L’auteur, David Peace, choisit de nous décrire les monologues intérieurs fantasmés de Brian Howard Clough (aujourd’hui décédé), grand joueur anglais, qui fut contraint d’arrêter sa carrière de footballeur un lendemain de Noël 1962 à la suite d’une grave blessure au genou (déchirure des ligaments). Buteur exceptionnel de deuxième division (251 buts en 274 matchs, principalement pour Middlesbrough et l’équipe de Sunderland pour laquelle il était le capitaine) il deviendra un manager redoutable. C’est une partie de son histoire qui nous est contée, celle qui concerne sa vie de manager de Hartlepool United, Derby County, Leeds United.

Un homme qui avait le football chevillé au corps comme dirait le cliché. Un homme dont le récit conduira à décrire en quarante-quatre chapitres sa triste vie de manager de Leeds entre le 31 juillet et le 12 septembre 1974. Quarante-quatre jours (Quarante-quatre chapitres) de souffrance, et dans le même temps de la narration le souvenir de son ascension à la tête de Derby County. Achats de joueurs, alcool, cigarettes, disputes et réconciliations avec son fidèle adjoint, son ombre. Mais aussi directions flottantes et indécises des clubs, hooliganisme, rapports tendus avec les blocs et les stylos (la presse), utilisation à ses propres fins de la télévision. Tout y passe au gré d’une reconstitution minutieuse et répétitive. Car, fidèle à son style, David Peace nous laisse avec une impression de poisse pour ce qui touche au football anglais de l’époque, et le portrait qu’il dresse d’un meneur d’hommes irrespectueux auquel on finit par s’attacher.

Bien que forcément partisane, transpirant la corruption du football, la fiction a le mérite de s’attacher à cette fonction si britannique du manager à laquelle on peine à s’identifier dans nos contrées, qui paraît être tout (la croyance) et rien à la fois (une certaine réalité). « 44 jours » est aussi une plongée dans le football des Middlands (Middelsbrough, Sunderland, Newcastle), des endroits où les malédictions, la tradition et l’histoire ont un sens (p. 52). « 44 jours » est enfin, surtout, l’histoire d’une franche détestation pour Leeds exprimée au travers de la voix de son manager filant comme une étoile. Leeds : la tricheuse de l’époque (présentée comme telle) du championnat d’Angleterre.

Pour apprécier le livre il conviendra de faire sien le principe de psychologisation du récit sans lequel rien ne pourrait fonctionner. C’est la force et le défaut de l’ouvrage. Comme aborder un texte à travers son auteur au lieu du texte proprement dit. Une question de goût en somme comme l’était la conception du jeu selon Brian Clough, soit de l’engagement et de la loyauté.

Jean-François BORNE






S'identifier pour pouvoir poster un commentaire