Au pays de Didier et de Sidonie
10 juillet 2008 à 16:07Le Mag de l’Euro par W 9
W 9 (ou M 6 à l’envers) est à la télévision privée pour la jeunesse triomphante ce que France 4 est à la télévision publique pour cette même jeunesse, soit une segmentation outrancière des catégories de téléspectateurs, mais sans qu’un contenu véritable ne charme ledit public.
Euro oblige, W 9 (ex M6 music), filiale du groupe M 6, le codétenteur avec TF1 des droits audiovisuels de retransmission des matchs de l’Euro 2008 pour la France, décidait de lancer, elle aussi, son magazine intitulé sobrement : le Mag de l’Euro. A cinquante millions le ticket d’entrée dans la cour des grands de la retransmission sportive, la petite chaîne qui monte depuis des années se devait de rentabiliser l’investissement en appelant au front les services des filiales. Et pour ce faire, outre le navire amiral M 6 disposant en batterie du clinquant de sa force de frappe constituée des rencontres de l’Euro, dont celles de l’équipe de France selon une statistique giscardienne lors du tour préliminaire (deux sur trois), mais également de Thierry Roland, Frank Lebœuf , Estelle Denis, Pierre Ménès, Dominique Grimault, W 9 nous offrait en complément une triplette de spécialistes pour son mag. Pardon son Mag, avec la majuscule qui sied au produit. François Pêcheux, Didier Roustan, Sidonie Bonnec pour nous narrer sous forme quotidienne leur Euro, mais de Paris, ce qui revient à évoquer le Brésil en se plaçant au centre du bois de Boulogne. Quoi de mieux alors qu’un magazine pas trop pupute.
Plus tôt dans la grille des programmes de nos soirées télévisées que 100% Foot, le Mag de l’Euro de W 9 constitue l’apéritif de deuxième partie de soirée destiné à préparer le feu d’artifice de la nuit du groupe Métropole Télévision : 100% Foot, mais épargner la nuit de ceux qui travaillent plus pour gagner plus.
Deux garçons et une fille pour nous divertir. Tout d’abord, François Pêcheux, chef de bande, the man in charge. François Pêcheux, le directeur général de la société de production de films et de programmes pour la télévision « pourquoi pas la lune » (2P2L). Mais aussi Didier Roustan, le gérant de N’tounta prod, société d’édition de livres. Et pour compléter le trio, Sidonie Bonnec, la ravissante caution féminine de l’émission, dont la fiche wikipédia nous apprend que c’est en travaillant pour la société Endemol qu’elle apprit à concevoir des émissions de télévision (http://fr.wikipedia.org/wiki/Sidonie_Bonnec). En somme, du très lourd. Un animateur producteur au mieux de sa forme au format 16/9ème pour un poste 4/3. Un rescapé bondissant de la période historique de l’émission téléfoot, et une valeur à confirmer, forcément montante, du paysage audiovisuel français.
Rien ne prédisposait à ce que le concept soit un échec. Et pourtant c’est le cas. Sans qu’on arrive bien à en déterminer la cause, mais quelque chose ne fonctionne pas. La station debout des animateurs ? Non ! Le plan serré sur François Pêcheux en ouverture, paradant, sa Miss à son bras gauche, puis le plan large pris de la droite du studio, en légère contre plongée, afin de nous offrir une vue de dos pour la Bonnec, et de trois quart face pour le Roustan, n’invalide rien. Tout au plus, le côté légèrement bistrot du dispositif apparaît dans toute sa splendeur, sans nuire véritablement à la crédibilité de l’ensemble, puisqu’il s’agit d’une émission de genre. Le contenu de l’émission ? Pas nécessairement.
A moins que ce ne soit la volonté affichée de faire cool sans tomber dans l’excès de langage, mais plutôt dans le mauvais mime générationnel qui ne saurait masquer la veule condescendance pour le public.
Les rapports Didier Roustan – Sidonie Bonnec sont exemplaires. L’un comme l’autre sont placés dans une fonction prédéfinie. Didier Roustan, par exemple, arbore invariablement des t-shirts censés représenter son osmose avec le jeune. Une escalade dans les mélanges de couleurs diverses et variées, le quasi suicide quotidien du caméléon à moins qu’il ne défile avec un maillot vintage, les soirs de sobriété, ou de lessive à 30 degrés avec la lingette qui absorbe les couleurs des créations uniques qu’il nous inflige. Il faut dire qu’il est cool le Didier. Il a tout vu, tout connu, tout inventé : la palette graphique sans les graphiques c’était lui ; le quatre-quatre-deux encore lui ; les défenseurs centraux, les latéraux qui montent, vous avez deviné. Il parle vite et nous offre, sans jamais défaillir, toujours doctement, son point de vue technique, sa grande expérience, sa générosité, même si l’on ne peut s’empêcher d’être fasciné par sa coiffure. L’attention se porte invariablement vers le crâne de Didier Roustan. On croit dans un premier temps qu’il fait littéralement corps avec un casque de la guardia civil, puis on imagine un postiche warholien pour enfin conclure à la pose ingénieuse d’une sorte de bavoir en bakélite. Certains soirs, on parierait même qu’il a été embauché pour tourner une énième suite de la série star trek. L’explication pourrait paraître capillarotractée, basse et formelle. Elle l’est. Et pourtant, c’est l’impression qui domine, réduisant alors la portée du discours technique de celui qui nous faisait rêver à propos de portraits dont il avait le secret (Luis Fernandez façon Rocky Balboa). Le point de fuite capillaire occupe alors tout notre champ de vision, laissant notre oreille capter quelques brides comme les petites interrogations destinées à l’attention de Sidonie Bonnec.
En effet, la caution féminine de l’émission est placée à rude épreuve. Sidonie Bonnec est jolie. Elle a fait ses armes chez Canal Plus (chroniqueuse dans l’émission jour de sport), s’est perdue dans la chronique musicale pour W 9 (Musiscronik), a joué la carte culturelle (ça balance à Paris¸Paris-Première, filiale de M6). Au début, on croyait que son placement à droite de la table triangulaire (le sommet étant occupé par François Pêcheux) n’était destiné qu’à offrir un intérêt lors du plan de coupe déjà cité, en contre plongée, qui nous la montre de dos. On envisageait de partir dans une diatribe féministe. Se dire qu’il était odieux de réduire cette jeune femme à une paire de fesses, puis on se dit que le bavoir roustannien évoqué plus haut ne supportait peut-être pas une vue du dessus, ce qui obligeait Bonnec à occuper le flanc droit de la table, au moins pour la durée de l’Euro. N’empêche, entre le cyborg qui aurait reçu un réchaud à gaz en pleine face lors d’un passage en mode hyper espace pendant un épisode de Star trek et le chef de rang bodybuildé, Sidonie Bonnec semble avoir des difficultés à exister. Une revue de presse vite emballée (par exemple un sujet réalisé à propos de la coiffeuse de l’équipe portugaise), des potins du net, des remarques lancées en l’air, sans trop y croire. Son positionnement l’oblige à des grands écarts pour tenir sa place. Testée par Roustan à chaque émission, elle doit, non pas démontrer qu’elle suit, mais se justifier, sans être mise en valeur (à part le plan de dos), pour prouver qu’elle a une culture foot, mais pour être rabaissée aussitôt. Et c’est ce qui la rend sympathique. Non parce qu’elle est rabaissée par Roustan, mais par la constance du sourire qu’elle oppose, l’enthousiasme non feint qui se dégage de son être. La lutte par le sourire, l’abnégation du milieu de terrain qui ratisse les ballons avec plaisir. Une duchesse de Langeais télévisuelle aux « regards expressifs, câlineries de la voix, grâce de ses paroles ». On ferme les yeux, on se rêve sélectionneur, on la demanderait presque en mariage. La musique composée pour l’Euro nous réveille. Il est l’heure de dormir. Y a école demain.
Jean-François BORNE
» Au pays de Didier et de Sidonie · 10 juillet 2008 23:50 | |
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