Notes sur Lavau
29 avril 2007 à 23:13
La rencontre entre des habitants de Lavau sur Loire et l’artiste japonais Kawamata a eu lieu l’autre soir à la salle des fêtes. Kawamata Tadashi est l’artiste plasticien qui va ériger, au mois de mai, l’observatoire ornithologique, près de la nouvelle écluse, au bord de la Loire. L’enthousiasme affiché par l’assemblée, vivement appelée à participer à l’érection de l’objet, et la bonhommie du créateur et de ses acolytes, ont rendu la rencontre joviale. Je ne peux cependant m’empêcher de relever, déjà, les variantes de codes et de langage. Ainsi l’utilisation du terme « work shop », que je crois juste de traduire par atelier, a laissé pantois une partie de l’assemblée. Enfin voilà tout s’est bien passé et on a bu un coup de l’amitié, et comme dirait Guy, président du comité des fêtes et incontournable shérif de la rue du Port et des venelles alentour, « c’est bien là l’essentiel ».
A vélo, sur la route vers Savenay, le gros bourg du canton, je croise de nombreuses voitures, des gens peut-être de retour du bureau, rituel de fin de journée. Le regard des vaches qui observent ce manège est aussi interrogateur que le mien, je ne sais pas si je réussirai un jour à me conformer à ce rythme « normal ». Bigre, la normalité me fait peur. Arrivé devant la gare, je bois un verre de vin à la santé de tout ceux qui ont choisi un jour de rentrer dans l’arène, essayer d’y tuer le taureau, et surtout d’y retourner chaque jour même après avoir compris que le taureau ne se laissera pas couper les couilles comme ça. Aujourd’hui, je célèbre le courage de ces combattants. Mon combat est autre, sans doute aussi difficile mais très différent, car pas simple à faire comprendre. Je renverse la tête à droite, à gauche, à droite, à gauche, jusqu’à en avoir le tournis et conclure à une idée définitive, fermer cette page de mes pensée. C’est évidemment impossible. Près d’une mare au bord de la route, j’assiste à une course poursuite entre un ragondin et une bestiole, peut-être un oiseau. Demain, je me demanderai encore s’ils se disent parfois « à quoi, bon ? » question que je me pose peut-être trop. Ou pas.
Cette nuit je crois que je suis allé à Marseille par le corail de nuit, le hasard a fait que j’ai retrouvé un Chinois rencontré il y a deux ans au port de pêche de Lorient. Lui errait sur les quais attendant que le bateau qui l’employait, sa « prison payé » m’avait il dit en souriant dans un français incertain, ne reparte, mois je pêchais, en tout cas j’étais là, debout, une ligne à la main, je faisais comme si j’y croyais, mais à la pêche j’attrape des pensées plus ou moins ordonnée, pas des poissons. On a fait route, en traversant des Républiques du Caucase, jusqu’à Krong Kaôh Kong, au Cambodge. Là-bas j’ai assisté, contre deux billets de un dollar et des regards surpris, à des combats de boxe sur un ring installé derrière les manèges d’une fête foraine. De jeunes moines vêtus du sarong traditionnel y draguaient des touristes anglaises. J’ai regardé les corps à corps de styles variés, plus ou moins glamour, en fumant les cigarettes offertes à l’entrée du champ et en me laissant bercer par la musique traditionnelle qui rythme les combats du coin. Puis nous avons fit demi-tour, le Chinois m’a dit que son bateau l’attendait ; comme les rêves laissent bien plus de temps que la réalité, nous somme rentrés par la République des Kalmouks, s’assurer que les usagers du train qui relie Borisoglebsk à Volgograd sont aussi joviaux que leur environnement laisse à penser. C’était bien. Et puis un rayon de soleil est venu me chatouiller par la fenêtre, qui m’a ramené à Lavau, le Chinois est resté sur le chemin. J’ai rêvé et bordel, je ne me suis pas réveillé d’humeur tâcheronne. Ce qui est quand même agréable, parfois.
Ce dimanche on en a pris cinq, dont trois dans les dix premières minutes du match, mais on a défendu notre bout de gras, vaillamment, fièrement, pour en rendre deux. C’est bien là l’essentiel. Dimanche prochain, 6 mai, on va aussi en prendre cinq, et je ne suis plus certain de savoir où est l’essentiel.