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Baltazar, baroudeur de talent, aime vous faire découvrir les contrées réculées et méconnues comme le fin fond du Brésil ou les ruelles de Lavau sur Loire

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Les soliloques du pauvre

14 mars 2007 à 08:45 Les soliloques du pauvre

Dans une île où rien ne se passe à part la vérité, c’est à dire le quotidien, ses bonheurs, son ennui, et ce qui comble le reste, dans ce bled perdu d’où se respire quand même l’air venu de l’océan, pas loin d’ici, où les piafs feraient bien de se méfier des vestes kaki débonnaires ; où mon voisin remonte la rue du port en tirant des bords et au près, vent pleine poire ; où les vaches là-bas au loin sont immobiles*. Voilà où je suis, (où j’en suis, aussi, mais c’est une autre histoire), à Lavau-sur-Loire où j’ai signé disons jusque la fin de l’éte prochain avant sans doute de faire rouler la vieille 405 jusqu’au Ghana assister à la coupe d’Afrique des nations de foot... Mais pour l’instant c’est Lavau et comme on dit au comptoir d’ici en trinquant, « A la tienne, à Lavau... ».

*C’est avéré donc, concernant nos vaches, j’y suis allé voir de plus près, au bout de l’étroit canal qui relie mon bourg à la Loire, je les ai vues les grosses pattes plantées dans le champ marécageux, immobiles, le regard vers nulle part mais tout droit.

J’ai procédé à une expérience subtile : s’accroupir au niveau de leurs pieds et étudier la perspective, permet d’observer dans le prolongement d’autres monuments tout aussi immobiles et parallèles aux dites pattes de vaches, mais là c’est logique : ce sont des cheminées, celles de la centrale EDF en amont de la Loire, à Cordemais, couverte d’un damier blanc et rouge et c’est joli. En aval aussi d’ailleurs quand on regarde de l’autre côté, le pont de Saint-Nazaire, lui aussi les guiboles plantées dans la vase, ou le sable et le béton– ah le pont de Saint-Naz’ que je vois enfin tous les jours même quand les vents dominants portent le grain gris vers l’intérieur du fleuve–. Devant le pont et pas si loin des vaches, les grues du port de Montoir dorment, la tête penchée vers l’eau, prétentieuses qu’elles sont, à la recherche de leur reflet... Mais je leur dit « c’est la Loire, c’est l’Estuaire, tas d’idiotes, bourgeoises de grues, bordel, grandes cruches sur talons ; personne ne voit son reflet dans la Loire, et surtout pas ici ». Mais elles n’écoutent que les cargos, et je les vois qui se dressent devant ces grands séducteurs.

Voilà, Lavau-sur-Loire c’est cette île, où rôdent quelques âmes, rares et hésitantes, l’étranger est abordé parce que c’est surprenant de le voir ici, et d’ailleurs je me sens étranger pour la première fois, curieuse sensation de se sentir si incertain... Alors on vient me causer quand même parce que ce n’est pas tous les jours qu’on peut parler à quelqu’un d’autre que le vieux frère de 30 ans, à qui rien ne se dit plus depuis longtemps. Un client boit sa bière et dit du vieux camarade : « Ce n’est pas qu’il est pas sympa le vieux poteau, on l’aime, mais ce n’est plus possible de lui parler, on le connait trop bien, on ne peut plus causer des vraies questions de la vie, de l’essentiel, fini... » Alors qu’à l’étranger qui vient de s’installer, fastoche, on lui dit tout en une seule respiration et ça commence par : « toi t’as une bonne gueule et j’te dis tout moi je me fais chier j’ai 35 ans, je suis seul je ne fous rien de bon je picole avec mon pote qui ne fait rien de bon non plus ...(soupir puis léger souffle puis il reprend) une nana lui a fait un gosse dans le dos regarde dans quel état il est rendu alors je voudrais qu’on se barre en bateau tous les deux mais il ne veut pas regarde ce qu’il fait de lui misère » et c’est parti pour une nuit... L’étranger écoute causer de la vie en buvant beaucoup et tard, et il entend des moments de vie qui font pleurer, et visiblement cela ne va pas s’arranger tout de suite, bref on cause et boit en oubliant tout... Mais ce n’est pas le tout, demain j’honore ma nouvelle licence au club de foot local et il s’agit de ne pas se déchirer, c’est match décisif contre la « B » de Trois-Rivières, un bourg voisin donc derby on peut dire hein, championnat de 2ème division de district de Loire-Atlantique. Guy le préposé à l’urbanisme et au terrain de foot a dit que c’est jouable malgré tout ce qui est tombé comme pluie sur Lavau-sur-Loire et ses 614 habitants ; et moi j’arrive pas bien frais le dimanche sur le terrain, je croise poules, chèvres et colombes pas farouches de la voisine, elles viennent au match que l’on perd 2 à 1 sans démeriter mais il faut bien le dire, il n’y en avait pas qu’une de chèvre, ce jour-là, sur la pelouse du stade communal, et certaines avaient revêtues le maillot rouge et blanc flanqués du sponsor « Champion », la supérette la plus proche. Le cercle sportif lavausien dégringole au classement comme on s’enfonce dans les trous des ragondins quand on s’aère l’esprit dans les marais voisins du terrain... Des ragondins moins nombreux depuis ce week-end, dit la presse locale, les chasseurs en ont claqué 1200 lors d’une battue. Tout cela pour dire que cette année encore, bordel, pour la montée du CS Lavausien en division supérieure, ça sent le sapin.

NB :

Beh oui j’ai fait le bon à rien, pas d’alibi crédible justifiant du laisser-aller indigent qui a régné sur ce blog pendant bien trois mois, sinon celui d’aller voir les Merlus de Lorient prendre la tête des matchs "retour" du championnat... Ah ah, eh, eh, je revois cette légende sournoise parue récemment dans So Foot, un magazine qui cause de foot mais pas que, et la légende qui dit un truc du genre : " Lorient, un léger parfum de ligue 2 sur la ligue 1". C’est sournois, à So Foot ils savent bien que les pêchous lorientais ne vont pas aller à la capitale pour une broutille. Et puis comme disent mes collègues Lao, "baw peniang"* (une bière au café la Perle à Nantes à celui qui traduit le premier ce célèbre adage lao).






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