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Baltazar, baroudeur de talent, aime vous faire découvrir les contrées réculées et méconnues comme le fin fond du Brésil ou les ruelles de Lavau sur Loire

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La mariée mise en blanc par les supporters, même

4 novembre 2006 à 16:54 La mariée mise en blanc par les supporters, même

Le mot du jour, c’est une devinette, en vogue au comptoir du café de la place de Mafra, Portugal, où la salade de polvo est excellente : Pourquoi les femmes se marient-elles en blanc ? Parce que c’est la couleur de l’électroménager.

Soir de match du Sporting, et forcément, ambiance religieuse dans la famille Alcantara, du moins dans le bureau d’Adriano. Anna-Maria, sa dame, déguste la victoire facile du Benfica, la veille au soir : on arrive au café avec un bon coup dans l’aile, ses favoris mènent déjà de quatre buts, bonne raison pour réclamer au taulier de son alcool de poire, fameux, il sort le breuvage de sous son comptoir tel un "garoto" bravant l’interdit, y va de son explication de la provenance du mélange. Il l’a déjà servie l’autre soir, il m’a à la bonne parce que je lui ai causé de pêche au congre l’hiver, à Belle-Isle-en-Mer... La nuit s’est prolongée, d’où l’état du pater familias, que je sens tendu. J’aventure : "Eh, le Sporting joue ce soir, non ? Tu n’écoutes pas ?" "Oui ils jouent maintenant, mais non je n’écoute pas, je ne regarde pas, je ne veux rien savoir..." Tant pis pour moi, regarder Adriano écouter son match, là au fond de son garage, sous des piles de livres -là sur le bureau, un certain José Ortega y Gasset, plus loin des poèmes de Fernando Pessoa et Manuel Alegre- Luna le chien à ses pieds, sirotant de petits verres de Tinto, faisant mine d’écrire une nouvelle commandée par un journal local, ou gribouiller un poème, secrètement, oui épier Adriano à ce moment-là est un spectacle dont je ne me lasse pas... Et d’ailleurs il m’a entendu, au moment même il vient allumer la radio, évidemment réglée sur la station qui donne le match. J’ai appris hier par madame pourquoi il n’est plus autorisé à écouter les retransmissions dans la cuisine : "Il hurle tellement que je n’entends plus la novela à la télé".

Je déguste les commemtaires de foot, mon programme radio favori, surtout quand on sent les supporters debout deux mètres à peine derrière le micro, et voilà, l’animateur annonce que le Sporting est mené, information qu’Adriano accueille d’une grimace à peine couverte d’une indifférence factice. Et je me dis que cette nuit, en apprenant la nouvelle et lamentable défaite des Nantais doublée de la dresse reçue par les Lorientais, j’ai dû tirer à peu près la même tronche.

Une heure plus tard, Adriano réapparait, détendu, décroche le téléphone et raconte, "on a gagné, un match de merde, on a été mauvais mais on a les trois points", dit-il à son père, qui ne voit plus ni n’entend plus assez pour suivre les matchs. "Je l’appelle à chaque fois que le Sporting gagne. Sinon, je ne téléphone pas, il devine qu’on a perdu", puis il avale une soupe et comme un rituel de vainqueur, se sert une rasade d’"agua pe", sorte de vin bourru dont il dit être le meilleur buveur de la contrée. Ce soir l’automne est arrivée sur Mafra, demain il conduit son père à l’hôpital, une fois encore, et donne des cours qui semblent un peu l’ennuyer. Mais ce soir, le Sporting a gagné, et il est un homme comblé sur cette planète.






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