13 septembre 2007 à 17:49
Comme tous les tournants de l’existence et autres actes manqués, la scène s’est déroulée sans prévenir. Au comptoir de l’Ecluse, fin août à l’heure de pointe, vers 18h30. Un vaillant supporter du CS Lavau, jeune retraité du bâtiment, m’alpague : « Bon alors tu nous quittes… C’est con, on a besoin de gars vaillants pour remonter. Tiens, il n’y aurait que moi, je t’aurais mis capitaine de l’équipe. Et puis je t’aurais trouvé un terrain pour faire construire ici, tiens. Pourquoi tu pars ? Ah tu suis ta femme à Bruxelles… On peut aussi t’en trouver une autre, eh … » Eh oui, la vie quoi.
Curieusement, je viens de lire « Le soleil des Scorta » de Laurent Gaudé : je suis tenté par le parallèle entre ma bourgade qui sent bon l’océan et Montepuccio, aux fonds des Pouilles, ce coin aride du talon de l’Italie où naquit ce diable de Rocco Scorta Mascalzone et ses teignes de descendants. Ambiance « bout de tout » comme à Lavau, où la grasse terre de Loire remplace la caillasse ingrate, où les origines sont revendiquées telles des trophées : « Je suis une Lavausienne pure souche » m’a dit un jour une jeune femme, à moi qui viens de partout ; où les patelins voisins vous cataloguent « bouseux » et le vestiaire de foot tient là une solide raison d’affirmer son identité, aussi rudement moquée soit-elle (Ah, ce derby gagné avec les tripes contre Savenay…) ; où les histoires naissent et se déroulent, puis s’éteignent sans vraiment disparaître des murs de la rue du Port ; où elles se racontent, ou pas, au comptoir à la fameuse heure de pointe, ou bien plus tard dans la nuit, dans un des nombreux « bars bis » ; où dans cette vie ou une autre, je tournerais bien un western – le décor est en place, le vent est d’Ouest, les portes du saloon grincent, ce sont les toilettes du café d’en face, même le rôle du shérif est déjà pourvu, alors...
A Lavau comme à Montepuccio on t’adopte, on te sort de la glaise quand tu t’y enfonces, parce que mine de rien, la vie ici aussi ne fait pas que des cadeaux. Voilà, c’était Lavau et cela le restera sans moi, heureusement. M’en vais sans peur voir si les bonheurs et les crasses d’ailleurs ont le même goût.
Ou pas.
PS : La prometteuse chronique documentaire « Aligato Lavau » continue son bonhomme de tortueux chemin. On dit même qu’une table de montage en aurait vu passé des extraits, et que des séquences animées de marionnettes seraient en chantier. Diable…
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