Faute Tactique

15/01/2015

Depuis le tout début, c'est comme s'il y avait plusieurs Fernando Torres. A l'Atlético, il y avait El Niño qui se préparait pour impressionner l'Europe, mais il y avait aussi l'attaquant maladroit incapable de qualifier son club formateur en coupes européennes. A Liverpool, il y avait par moments le flamboyant buteur, mais aussi l'attaquant plus généreux que précis. Quand la générosité a pris le dessus sur les buts, Fernando Torres a dû continuer à attaquer et commencer à se défendre. Comme un enfant vulnérable, Torres a été moqué et Milan ne l'a pas sauvé. En revenant chez lui au Vicente Calderon, il retrouve une rare source d'affection inconditionnelle, et s'apprête à écrire de nouvelles pages de son histoire avec l'Atlético Madrid. Une histoire qu'il ne s'est jamais arrêté d'écrire, malgré l'Angleterre et les transformations que son jeu a subies. Une histoire qui ne compte pas les buts.


L'enfant vieux

Depuis toujours, on l'appelle « L'Enfant ». El Niño. Fernando Torres, c'est une bouille. Un Espagnol tout blond, des tâches de rousseur, un air candide et un sourire naturel. Et puis, une allure tranquille, celle d'un type normal. Un personnage attachant sur lequel il était tombé le fardeau d'être né colchonero. Il le raconte sur son site : « Eulalio, mon grand-père maternel, était de l'Atlético, mais vraiment de l'Atlético. Alors que mes racines galiciennes du côté de mon père me rapprochaient du Deportivo, mon grand-père n'arrêtait pas de m'expliquer à quel point c'était merveilleux d'être rouge et blanc. Une assiette avec l'écusson du club présidait le salon de la maison. Je le regardais avec la surprise de l'enfant chez qui les couleurs s'enregistrent dans le cœur. J'étais de l'Atlético. » Torres et l'Atlético, c'est une affaire de famille.


L'histoire d'un gamin, les récits d'un grand-père et une envie de jouer. Alors, la famille se plie en quatre pour le petit rêveur. Le processus importe, pas la destination : il s'agit d'essayer, et puis on verra… Le père s'arrange pour sortir plus tôt du bureau les soirs d'entraînement. Quand il n'y arrive pas, c'est le bus ou le train, avec maman. Et quand personne ne peut, Fernando se fait accompagner par son grand frère, ou sa grande sœur. « Pendant que je m'entraînais, ils avaient leurs cahiers sur les genoux et étudiaient dans les gradins », raconte le prodige. Au sein même de sa famille, Fernando a toujours été El Niño, le petit dernier. Mais Torres va vite vieillir.


Le départ

Le 9 arrive à l'Atlético à 11 ans, rejette une offre du Real Madrid à 12 et signe son premier contrat pro à 15 ans, incluant une clause de départ de 3 millions d'euros. En 2001, à 17 ans, c'est l'heure du début pro. « Le mardi 22 mai 2001, Paulo Futre m'appelle pour me dire qu'il va m'incorporer à l'équipe première. Le mercredi, je m'entraîne avec le groupe. Le samedi, je suis convoqué et le dimanche je fais mes débuts au Calderon contre Leganés. » Quelques jours plus tard, Torres marque son premier but contre Albacete, mais l'Atlético reste en deuxième division. Un coup dur. A cet âge-là, celui auquel les garçons deviennent des hommes, on vieillit vite. « En peu d'années, j'ai vécu le doublé, la relégation, la promotion, des joies et des déceptions, aussi bien en tant que supporter qu'en tant que joueur… Cela faisait un mois que j'étais avec l'équipe première, et j'avais vécu des circonstances qu'une carrière de sportif ne te donne pas toujours l'opportunité de vivre. »


Et le processus de gain de maturité de Fernando Torres va encore plus vite : débuts à 17 ans en deuxième division, capitaine à 19 ans en Liga, dans un groupe comprenant déjà Diego Simeone. En fait, Fernando Torres est déjà vieux, malgré le surnom trompeur et les diverses expériences capillaires. « Même si je considérais toujours le football comme un jeu, j'ai assimilé très vite que c'était un jeu sérieux, avec beaucoup d'enjeux et de passion. Une fois que t'as compris ça, tu deviens plus responsable. Et plus mature », expliquait-il à So Foot il y a quelques mois. Finalement, en 2007, le club a besoin de vendre et le joueur est séduit par le projet anglais de Rafa Benitez. Torres explique concrètement la situation : « L'Atléti avait besoin de vivre sans Torres et Torres avait besoin de partir de l'Atléti. Cela allait aux deux, et ça c'était la meilleure nouvelle. » Au revoir.


El Nino

Premier amour, mais pour toujours

Après sept ans et demi d'exil, Torres revient chez lui. Mais il n'a pas oublié. Il n'a jamais pu. Si Torres est déjà vieux à 19 ans, son affection pour le rouge et blanc survit au temps qui passe. L'affection devient amour inconditionnel. Le 16 mars 2009, Liverpool accueille le Real Madrid pour un huitième de finale retour de Ligue des Champions. Fernando Torres donne rendez-vous à son rival de toujours dans sa nouvelle demeure. Pour être capable de jouer, car il en meurt d'envie, l'attaquant se fait administrer une dose d'antidouleurs dans la cheville. Mais c'est finalement celles de Fabio Cannavaro qui souffriront sur ce célèbre contrôle orienté du talon, à la suite d'une passe de Gerrard. Au quart d'heure de jeu, entre de viriles bousculades avec Pepe et Heinze, le blond s'offre le plaisir d'ouvrir le score. Le pro marque pour Anfield. Mais l'enfant marque pour l'Atlético.


Des preuves d'amour, il en aura distillées un peu partout et un peu tout le temps. Le jour de la victoire de l'Euro 2008, alors que certains de ses compatriotes affichent les couleurs de leur région d'origine, c'est avec un drapeau de l'Atlético Madrid que Torres défile dans les rues de Madrid. Deux ans plus tard, il accroche une écharpe de son club autour du bras pour soulever la Coupe du monde. Dans un effectif orphelin de Luis Aragones, divisé entre les madridistes et barcelonais, Torres est le fier représentant de l'Atlético. Enfin, en avril 2014, lorsqu'il trompe Courtois à Stamford Bridge lors de la demi-finale retour de C1 contre son Atlético, sa célébration est une excuse ouverte, presque un regret.



Le cœur ne se mesure pas

Toutes ces années, Fernando Torres était encore El Niño. L'Atlético avait eu besoin d'argent, et il s'était mis à la disposition du club. Alors, le club l'avait vendu. Et le pro avait dû voyager, marquer d'autres buts pour d'autres équipes, en rater plein d'autres, aussi, et continuer sa vie loin de son Madrid. Mais le sentiment rouge et blanc ne l'avait pas quitté, et il ne sera plus jamais tombé amoureux. Mais après les buts et les blessures de Liverpool, Torres a évolué. Ou plutôt, il a subi une évolution. Des blessures, deux opérations au genou en janvier et avril 2010, une perte d'explosivité et enfin une crise de confiance. Buteur, il subit la dictature du but à plein fouet. Ce qui le ramène toujours plus près de l'esprit de l'Atlético, c'est qu'il ne lâche pas : « Dans la vie, de toute façon, tu perds plus de fois que tu ne gagnes. C'est le cas dans ton travail, en amour, à l'école… La réalité, c'est ça : on passe notre vie à perdre. L'important, c'est de profiter à fond des bons moments. Tu peux perdre, tu peux gagner, mais tu n'as pas le droit de baisser les bras. Il faut toujours se battre. Le plaisir est beaucoup plus important quand tu t'es battu sans relâche pour quelque chose qui paraissait, au début, inaccessible. Bah, l'Atlético, c'est ça. C'est comme la vie », disait-il aussi dans So Foot.


Sans rien lâcher, il aura remporté une Coupe du Monde, deux Euros, une Ligue des Champions, une Europa League et une FA Cup. Et si David Villa a pu devenir cet attaquant malin et travailleur qui aura permis à Diego Costa de signer une telle saison l'an passé, Fernando Torres peut faire encore mieux. Toujours actif dans le jeu, tel le numéro 9 moderne qu'il a toujours été, son volume de jeu va faire du bien à l'Atlético. Pour la première fois, il arrive dans un club qui lui demandera plus de générosité que de buts. Et puis, s'il peut en marquer quelques uns, le Vicente Calderon ne les comptera pas, promis. Mais il s'en rappellera pour toujours.


Markus

lire l'entretien de Torres dans So Foot

lire l'article "C'était l'Atlético avant Diego Simeone"

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