Faute Tactique

15/01/2013

La liste des vainqueurs de la C1 depuis 2007 forme assez logiquement celle des entraîneurs les plus prestigieux au monde : Carlo Ancelotti, Sir Alex Ferguson, Pep Guardiola et José Mourinho. En 2012, le rookie Roberto Di Matteo s'invite à l'élite en remportant le trophée de manière tout à fait insolite. Mais voilà, comme l'a démontré la dernière cérémonie du Ballon d'Or, l'Italo-Suisse n'a pas hérité du prestige qui devait lui revenir.

Déjà en février 2010, quand il s’était fait viré par West Bromwich (après avoir fait remonter le club en PL), personne ne s’était vraiment intéressé à lui. Il y avait eu Birmingham City, alors en deuxième division, et aussi Brentford, en troisième division. Une misère. L’histoire est-elle en train de se répéter alors que M. Di Matteo a remporté la Ligue des Champions ?

Un exploit de coaching

Le 4 mars 2012, Robbie est nommé entraîneur du Chelsea FC après la destitution de Villas-Boas. Le club est au plus mal, le vestiaire est divisé et l’objectif de la fin de saison est de ne pas tomber dans l’humiliation. En nommant l’assistant-coach, Roman limite les risques. Au-delà d’être déjà en dehors de la course au titre en championnat, les Blues ont aussi perdu 3-1 le match aller de leur huitième de C1 contre des débutants napolitains. Et alors que l’expérience était pourtant de leur côté, le Guardian cite un cruel « manque de maturité » comme principale cause de la défaite des Blues. Soixante-huit jours plus tard, soit l’équivalent d’un été, le 19 mai 2012, Di Matteo offre à Londres la première Ligue des Champions de son histoire.

Chelsea change de coach, et passe du statut de « vieille équipe sans certitude » à celui de « champion d’Europe renversant ». Renversant, vraiment ? Si le jeu du CFC ne fut certainement pas au goût des standards du spectacle footballistique de notre époque, la campagne européenne 2012 des Anglais renverse l’Europe au moins autant que le Barça en 2011. On assiste presque à du jamais vu. Les conditions de l’exploit sont idéales : deux mois pour tout changer, en gardant le même groupe et avec un calendrier difficile. A l’époque, le monde a les yeux rivés sur Madrid et Barcelone, et personne n’imagine que Di Matteo peut remporter la C1. Ce serait trop beau, trop historique, trop unique. Six mois plus tard, le Ballon d’Or ne pense à nouveau qu’au Real et au Barça. Alors, Di Matteo mérite-t-il sa place aux côtés des plus grands noms ? Combien d’entraîneurs auraient-ils réussi cette performance ? Après tout, en deux mois, Di Matteo a fait plus qu’Arsène Wenger en C1 dans toute sa carrière.

Il y a la manière de jouer, et puis la manière de coacher

Il y a la victoire, certes, mais il y a aussi la manière. Et c’est précisément là que l’on peut se rendre compte de la valeur du triomphe européen de Di Matteo. Plus que la victoire d’un joueur, de quelques joueurs ou même d’un groupe, il s’agit avant tout de celle d’un entraîneur. Di Matteo n’a pas fait du jeu des Blues un échange de passes incroyable en deux mois, évidemment. Mais les victoires de ce Chelsea auront été brillamment mentales, tactiques, et même cérébrales. Dans sa tête, ce groupe devient invincible. Et parvient à remonter le 3-1 de San Paolo. Puis réalise l’une des plus grandes surprises de l’histoire moderne de la C1 en éliminant le Barça. Même à dix, même sans son capitaine, même au Camp Nou et même avec Bosingwa en défense centrale, Chelsea y croit. Et finit par aller battre le Bayern sur ses terres, en revenant à la dernière seconde, pour finalement enlever la victoire aux tirs aux buts. Quand les cuisses ne savent plus enjamber, quand les reins n’ont plus le coup, quand les pieds ont perdu leur sensibilité, c’est la tête qui fait la différence. Du côté de Chelsea : une petite tête chauve et bronzée.

Un superbe avant-centre, un superbe gardien, et du travail moral. D’une, les cadres se sont battus comme des soldats. Comme un symbole, les buteurs contre Naples sont Drogba, Lampard, Terry et Ivanovic. De deux, Torres a été brillamment réintégré au projet, marquant finalement au Camp Nou et provoquant le corner amenant le but salvateur de Drogba à l’Allianz Arena. De trois, il y a aussi eu des jolis coups, comme le fait de placer Ramires en « position sprinter » face au Barça, le Brésilien étant prêt à partir au moindre espace comme s’il avait pour consigne de « s’enfoncer jusqu’à que la lumière apparaisse ». Ce fut une position avancée de Valdés, et un bon appel de Drogba.

Enfin, on ne peut oublier qu’à l’approche de la finale, personne ne met un centime sur Chelsea. Non seulement les Anglais jouent à l’extérieur chez ce Bayern qui vient de résister durant 180 minutes aux assauts du grandissime Real Madrid de 2011-2012, mais en plus l’effectif est décimé par les suspensions : Terry, Meireles, Ivanovic et Ramires sont absents. Di Matteo doit faire jouer Bosingwa, Cahill, Bertrand et Kalou et remporte la finale de la C1. Malgré les prolongations, l’Italo-Suisse ne réalise même que deux changements : Torres et Malouda. Facile, alors ?

En 2012, Guardiola aurait été un meilleur entraîneur que Di Matteo ?

Si le titre de «  entraîneur de l’année FIFA » est encore loin d’être incontournable, il reste néanmoins le plus important pour la catégorie des porteurs de doudoune. Mais depuis la création du trophée, les nominations sont redondantes : Mourinho, Del Bosque, Guardiola en 2010 ; Guardiola, Ferguson, Mourinho en 2011 ; Del Bosque, Mourinho, Guardiola en 2012. S’agit-il de voter pour les trois meilleurs coachs de chaque année ou alors pour les trois meilleurs entraîneurs au monde ? Sur le site du Ballon d’or, chapitre Guardiola, il semble incroyable que l’on puisse lire : « Retiré du circuit pour une année sabbatique, le technicien catalan a tout de même obtenu en 2012 une Coupe d’Espagne. Au total, il a remporté 13 trophées, soit trois de plus que Johann Cruyff ».

Si seuls les journalistes avaient voté, Di Matteo aurait terminé deuxième, derrière Del Bosque et devant Mourinho. Mais le système actuel élimine la réflexion et laisse une part importante à l’affectif des capitaines et des sélectionneurs pour leur joueur ou entraîneur favori, voire ami. Par exemple, Sinisa Mihajlovic a voté pour Mancini en numéro un. Et Sir Alex Ferguson, dont la saison aura été l’une des pires des dernières années (élimination prématurée de C1), a fini quasiment à égalité avec Di Matteo pour les capitaines et les sélectionneurs (2,88% contre 2,51 et 3,05% contre 2,81).

Une édition de la C1 mal aimée, boycottée et aussitôt oubliée

De façon plus générale, c’est l’ensemble des joueurs de Chelsea et du Bayern qui a subi a large boycott lors de cette cérémonie, à croire que la C1 s’est arrêtée à l’élimination du Real et du Barça… Mais il n’y a là aucune surprise : personne ne voulait de cette finale. En fait, après le périple de Munich, le plus étonnant fut le manque le manque de crédit accordé à Di Matteo. Il semblait évident pour tout le monde que ce Chelsea ne pourrait plus jamais reproduire une telle performance et que Drogba venait de nous offrir son dernier grand moment : cette performance des Blues s’est empressée de se situer dans le passé. Il n’y a pas eu de « vague du succès » après la victoire : Chelsea a été sacré champion d’Europe, mais le club londonien n’est pas devenue l’équipe à battre. Elle est morte en gagnant, le dernier tir au but de Drogba étant son ultime souffle.

Seulement, Roberto Di Matteo, lui, est encore là. Et il pourrait très bien répéter le voyage avec d’autres joueurs dans un autre club. L’Italo-Suisse n’a pas encore montré qu’il est capable de remporter un grand championnat. Mais il a peut-être déjà montré plus…

Markus

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à lire : le Dossier "Tous derrière" sur les stratégies défensives

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  • RonHarris a été mis sur la touche, tous ses commentaires sont masqués
  • Message posté par Il Pazzo le 15/01/2013 à 18:24
      

    Exactement la même chose pour l'Inter en 2010 :) La champions league ne devrait comporter que le Real et le Barca en fait. Voir Milan et Manchester U. Pathétique Foot Business

  • Message posté par Dandyludique le 15/01/2013 à 18:34
      

    Merci mec pour l'article
    Traumatisant cette photo

  • Message posté par Trap le 15/01/2013 à 18:42
      

    Entraineur de l'année FIFA ? La phrase "Sinisa Mihajlovic a voté pour Mancini" suffit à indiquer sa valeur.
    Autrement, RonHarris a écrit pour moi. Comme quoi...
    Merci pour cet article.

  • Message posté par egiova le 15/01/2013 à 19:13
      

    Très juste tout cela. Mais au delà de son talent pour le coaching, et de sa réussite, est-ce que Di Matteo pourrait, maintenant, coacher une équipe "normale" (c-à-d pas avec un cador à chaque poste)? L'article esquive la question me semble-t-il. Et je suppose que c'est la question qui intrigue tout le monde.
    La même pour Guardiola, soit dit en passant, on attend de voir ce qui se passera avec celui-là sans "faiseur de miracles" dans son éffectif. Et, peut-être qu'à ce moment là on se rappellera de Di Matteo et de ses talents de meneur d'homme.
    Bonne journée.

  • Message posté par XYZ le 16/01/2013 à 10:44
      

    Il mériterais que l'on s'intéresse plus a lui c'est vrai, cependant je pense que les coach de Chelsea aprés le départ d'AVB était Terry et Lampard, Drogba était lui la motivation du groupe.

    Chelsea qui court depuis je ne sais quand derriére une LDC l'a finalement eu grasse a un stagiaire... Le destin te réserve parfois quelque belle surprise ^^


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