Faute Tactique

15/08/2014

Une nouvelle rubrique sur l'Argentine, le football argentin et Javier Pastore, dont tu peux retrouver tous les articles en cliquant ici.


Looking for Javier Pastore


Depuis les premiers pas du projet de FT, il a été question de prendre le football au sérieux. Non pas au nom du jeu en soi, le ballon et les trophées, mais pour les hommes et leurs émotions. Le football, s'il peut tenir dans une définition, n'est qu'un immense phénomène humain et sociétal, mêlant enfance, rêve, travail, mérite, destin, poésie et politique. C'est, d'une part, la sophistication de l'homme qui, dans son envie de démontrer qu'il était capable d'éduquer l'univers entier, aura trouvé la bonne idée d'éduquer ses propres pieds. Et c'est, d'autre part, son idiotie la plus basse, l'ignorance, l'intolérance. Il y a quelques décennies, ce phénomène partait de loin, c'est à dire  quatre-vingt dix minutes le dimanche après-midi en périphérie. Peu à peu, il est sorti du stade et a même atteint la semaine, finissant par être omniprésent. Pour expliquer cette dimension, on dit généralement que le football se nourrit d'émotions, positives et négatives, et de sentiments, petits et grands, tous réunis sous ce merveilleux mot qu'est la « passion ».


Batigol


Cela peut commencer par l'héroïsme d'un numéro 9 aux airs de super-héros, la fascination pour une combinaison de couleurs, ou encore le choc face à une action extraordinaire, presque artistique. Mais que se passe-t-il lorsque les héros et leurs arts partent à l'autre bout du monde ? Et lorsque les couleurs perdent de leur superbe ? Pour  comprendre les raisons de la passion, FT a décidé de se rendre en Argentine. Le pays du génie et des numéros 10. Le plus grand exportateur de footballeurs de la planète, la terre des talents. Celle des Diego et des Javier. Maradona et Pastore. Milito et Zanetti. Simeone et Mascherano. Et autres Batistuta, Veron, Aimar, Messi... Un pays dont les clubs, ces créatures immenses par leur taille, leur aura et leur histoire, se voient obligés d'apprendre à marcher sur un fil, celui de la vente de talents, et à suivre des règles virtuelles, celles de l'inflation et de la crise. Un pays où l'on passe de champion à relégable d'une saison à l'autre. Où tout est si intense et pourtant si éphémère. Un univers où des joueurs en viennent à écrire une histoire éternelle de six mois.


Les excès de cette passion dessinent une amplitude que même les dribbles brésiliens les plus fantasmés ne peuvent atteindre. C'est la finesse de la plume de Valdano et la grossièreté des programmes télévisés de Maradona. La semelle de Juan Roman Riquelme et celle de Gabriel Heinze. Un même objet, tant d'interprétations. Boca, River, Racing, San Lorenzo, Independiente. Le pays de la passion, parce que la grandeur d'un club n'y est plus proportionnelle à la qualité de son effectif ou du « spectacle » proposé. Ici, on ne « rêve pas plus grand » du jour au lendemain. Et au fur et à mesure que le dollar s'éloigne, les clubs se rapprochent de leur cœur historique, cet ensemble d'identités formé à partir quelques couleurs, un écusson, un stade, un sentiment d'appartenance et une vision. Dans cette rubrique, FT part à la recherche de cet idéal, cette idée du club, de la société et de nous-mêmes.


Flaco Pastore


Javier Pastore est l'un de ces talents. La trajectoire de l'argentin a aussi subi la crise, les transferts inattendus et les départs indésirables. Et en trois années parisiennes, le natif de Cordoba a su révéler certains visages obscurs du football français aujourd'hui. La méfiance de journalistes sportifs mal éduqués au football. Le dégoût de la société à l'égard de ce mélange de fric et de transpiration. L'incompréhension face à l'imprévisibilité d'un talent lunaire ne répondant pas aux normes locales. Car Pastore est mystérieux, réservé, fort et maigre, génial et même pas brésilien. Et enfin, le rejet face à l'inconstance de ce génie par définition discontinu. Le manque de maturité de ces gradins sans amour pour un joueur dont il fallait en fait mériter le rendement. Donnez de l'affection à Pastore, il vous rendra de la passion. Depuis Palerme, son ex-président Zamparini nous avait pourtant avertis. Ainsi, notre Pastore est passé de star mondiale à premier défenseur de l'agréable contre l'utile, fidèle représentant de l'art de vivre de l'extérieur du pied et symbole du questionnement de l'importance du résultat face à tout le reste. Cette rubrique part donc à la recherche de Javier Pastore, la passion, l'Argentine. Et bien évidemment le perfectionnement d'un art cultivé depuis des décennies sur les canchas: l'art de la faute tactique.


Markus



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