Faute Tactique

18/03/2014

La Ligue des Champions se joue sur des détails. Une bonne part de chance, aussi. Et encore plus de talent. En 2010, Chelsea est tête de série à l’heure d’affronter l’Inter en huitième de finale. Guidée par un Carlo Ancelotti euphorique, le club londonien explose la Premier League et s’apprête à conquérir l’Europe pour de bon. On joue la 78è minute à Stamford Bridge quand…

A l’aller, Drogba avait touché la barre, Kalou avait beaucoup provoqué, et Chelsea s’était procuré plus d’occasions. Mais l’Inter avait fini par gagner 2-1 sur la ténacité de Cambiasso et la ludicité de Milito. Malgré la défaite, les Blues restaient favoris. L’Inter avait l’habitude de sortir tôt de la compétition. Tout là-haut en Angleterre, membre de cette Premier League aux allures de club privé, Chelsea devait forcément passer. Mais à la 78è minute, le score est encore de 0-0. Lucio et Samuel enlacent Drogba, Maicon contient Malouda, et surtout, Chelsea ne domine pas le ballon. En face, le milieu Motta-Cambiasso-Sneijder-Pandev fait tourner, conserve, relance. A droite, à gauche. Une conservation de balle intelligente, sage, disons, mais qui agace Sneijder.

Pour un joueur qui voit des opportunités de passe décisive partout, cela ne doit pas être évident de jouer pour un coach qui prône l’idéologie de la possession de balle. Cesc a dû en baver pour se retenir de « prendre le risque d’être décisif ». Venir à parler de risque pour une opportunité de passe décisive, voilà où nous en sommes dans un monde où Guardiola transforme le Bayern en Barça. Sneijder, lui, ne se retiendra jamais. Ni avec l’Inter quand il mène au score, ni avec la sélection hollandaise en finale de Coupe du monde, ni a priori avec Galatasaray ce soir contre Chelsea.

On joue la 78è minute à Stamford Bridge. Et Wesley Sneijder a déjà produit trois passes potentiellement décisives à ses coéquipiers. A la 57è minute, pris au piège par deux Blues, il invente une talonnade dans la course de Pandev qui file seul au but. A la 65è, il sert Milito d’un lob astucieux alors que la défense londonienne remonte le terrain. A la 70è, il dépose un coup franc sur la tête de Thiago Motta. Contré, à côté puis au-dessus. Alors que la tension monte, que l’enjeu entre en jeu au point de dominer les débats, le milieu créateur crée. Mais ses partenaires ne suivent pas.

On joue la 78è minute à Stamford Bridge. Et l’Inter vient de récupérer le ballon dans les pieds de Lampard. Diego Milito, toujours lui cette saison-là, aussi élégant devant le but que travailleur dans l’ombre, récupère, joue des coudes et regarde immédiatement derrière lui, tel un bon soldat. Un joueur si droit, qui a même connu la Serie B avec le Genoa, ne va pas se mettre à désobéir alors qu’il joue la C1 pour la première fois de sa vie. Le ballon en retrait arrive dans les pieds brûlants de Sneijder. Lui joue la C1 depuis le berceau. Forcément, Milito n’avait pas vu. Il avait pris son temps, lui. Mais Sneijder, si. Vu quoi ? Ce que les images de la télévision ne nous permettent pas encore de voir : un Samuel Eto’o dans les starting-blocks prêt à exploser à tout moment dans le dos d’Ivanovic.

On joue la 78è minute à Stamford Bridge. Et lorsque Sneijder reçoit le ballon, personne n’a encore rien vu. Qui sait, Sneijder a-t-il vraiment vu l’appel d’Eto’o ? Sans lever la tête une seule fois dans l’action, Wes’ n’a peut-être que « senti » l’appel de son coéquipier. Entre champions, on se comprend les yeux fermés, paraît-il. D’autant plus entre 10 et 9. Alors, levant à peine la tête, Wesley contrôle du gauche en enroulant ce ballon et, avec le même pied, tout en faisant un pivot, courbe le ballon dans la profondeur en direction d’Eto’o, qui n’attendait que ça. Alors, Sneijder avait-il tout vu ? Son intelligence footballistique, faite d’années d’expérience, d’années d’entraînement auprès des meilleurs mondiaux, à l’Ajax, au Real, à l’Inter, lui a-t-elle permis, seule, de savoir qu’Eto’o était là ? Qui sait ? Le ballon est parfait. Une sorte de louche tendue en profondeur. Assez haute pour survoler la défense, et trop rapide pour lui permettre de revenir. Peut-être la plus belle passe décisive, dans tous les sens du terme, de l’histoire récente de la Ligue des Champions. Un détail, donc. De la chance, certainement. Et du talent.

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Markus

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  • Message posté par Teuftotor54 (24) le 18/03/2014 à 12:57
      

    On me dit dans l'oreillette que Wesley Sneijder serait en train d'effectuer sa 50ème passe décisive du match à Stamford Bridge. Quel joueur...

  • Message posté par Nerazzurro (579) le 18/03/2014 à 14:19
      Note : 2 

    Merci.

  • Message posté par stankogus (148) le 18/03/2014 à 15:17
      

    Excellent, et comme disait Arsène à Jean-Michel et Jean-Pierre, "il n'y a jamais de grands buteurs sans grands passeurs". (pendant la finale du mondial 2010).

  • Message posté par kevick (2629) le 18/03/2014 à 15:45
      Note : 2 

    Merci pour cet article, j'ai toujours trouvé cette action absolument incroyable de rapidité et de précision. Non seulement la passe de Sneijder est exceptionnelle mais le but de Eto'o est pas dégueu non plus (extérieur du pied droit si je ne m'abuse). Un but à montrer dans toutes les écoles de foot.

  • Ruud04 a été mis sur la touche, tous ses commentaires sont masqués

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