Faute Tactique

05/03/2014

Carles Puyol a marqué le football. Capitaine du plus grand Barça de l’histoire, Carles en a longtemps été l’âme et le caractère, ni plus ni moins. Un joueur musclé et cérébral, expert du placement, maître du duel et intelligemment cynique dans la gestion des rythmes d’un match. Alors qu'il a annoncé son départ du Barça, certains aiment se souvenir d’un but, un dribble ou une déclaration. Nous préférons lui rendre hommage en se rappelant d'une faute. Une faute tactique, classée "sacrifice ultime" d'après notre classification. La plus intelligente et la plus importante de l’histoire du football espagnol, si ce n’est plus.

Le match de Puyol commence à la seizième minute. Puyol vient tacler par derrière Robben, les deux pieds décollés. Une façon de se présenter, de dire bonjour, et un carton jaune mérité. Si tôt dans la rencontre, c’est un mauvais départ. Surtout en finale de Coupe du monde. Van Bommel répond à sa façon avec un tacle similaire sur Iniesta. Rien d'extraordinaire. Deuxième épisode marquant : au retour des vestiaires, Puyol abandonne une première fois Casillas en laissant filer Robben. Bien plus rapide, bien trop rapide, le Néerlandais profite d’une jolie déviation de la tête de van Persie pour finalement buter sur le sang froid inhumain de San Iker. Un jaune, une mauvaise anticipation, Puyol est mauvais, au pire moment.

Et enfin, l'acte III. Il reste une dizaine de minutes à jouer. Pour la deuxième fois, Robben part seul vers les cages espagnoles. Il est encore une fois plus rapide que Puyol. Et non seulement Carles a déjà un carton jaune, mais Casillas a déjà sauvé son équipe. La Roja a joué toutes ses cartes. Le calcul est facile : seul, Robben décidera enfin du sort de cette finale. Dépassé par les foulées du chauve, Puyol commence alors son chef-d'oeuvre. Il se jète. Un saut passionnel grâce auquel il parvient à s’accrocher à la ceinture de Robben avec le bras droit. Tirage de maillot, tirage de short, tirage de slip, certainement. A cet instant, le tableau est superbe : le supersonique Robben obsédé par le but résiste au taureau Puyol, accroché au maillot orange comme à la vie. Il semblerait qu’il n’y a plus aucun contrôle, la liberté capillaire est totale, et pourtant, on peut être certain que Puyol sait ce qu’il fait. Plus c’est gros, plus ça passe. Oui, il a déjà pris un carton jaune. Oui, il est le dernier défenseur. Mais il reste dix minutes à jouer. 760 millions de téléspectateurs sont suspendus devant leur écran, sans parler des 85 000 privilégiés du Soccer City Stadium. Dans cette masse, Mark Van Bommel, en maître absolu de la faute tactique, est peut-être le seul qui perçoit ce qui est en train d’arriver.

Robben n’arrêtant pas sa course, Puyol tente alors de tourner autour de son adversaire, mais finit par lâcher. Peut-être inconscient, Puyol joue alors la carte de celui qui ne voit plus rien, et met ses jambes en opposition. Ni vu ni connu, Carles tente de faire trébucher Robben. Nouvel échec, la détermination du Néerlandais est plus forte que tout. Au cas où, Puyol utilise son buste pour gêner une dernière fois le soliste. Trop tard pour faire tomber le numéro 11, mais juste assez pour le ralentir, laisser revenir Piqué, et surtout semer la panique dans la tête d’un attaquant rongé par l’hésitation : que faire ? Tomber pour obtenir une faute, ou alors aller au bout de l'action de ma vie et marquer en finale de coupe du monde ? Parti comme une bombe, Robben se fait finalement désamorcer par Puyol, et Casillas s'empare de ce précieux ballon.

Le Néerlandais aurait dû tomber, expulser Puyol et laisser Sneijder expulser le coup franc dans la lucarne de Casillas. Il mettra finalement des années à s’en remettre. Puyol gagne sa finale sur ce réflexe de génie. Intelligence, lucidité, conviction, instinct, science du jeu. Appelez cela comme vous voulez. Le gain mental sur son adversaire, sorte de victoire suprême de la faute tactique, est évident : quelques instants plus tard, Robben prend un carton jaune pour protestation. Et Carles s'en sort indemne. Une faute tactique qui vaudra une Coupe du monde et une bonne tonne d’histoires sur le beau jeu. Comme quoi...

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Markus

L'article "Arjen Robben, à sa façon" sur le site Faute Tactique

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  • Message posté par Nerazzurro (579) le 05/03/2014 à 15:38
      Note : 2 

    Magnifique. Autant l'action que l'article. Merci.

  • Message posté par felgharb (88) le 05/03/2014 à 16:41
      Note : 1 

    Cette action est incroyable, en tombant Puyol touche quand même Robben mais pas assez pour le faire tomber mais assez pour faire en sorte que Robben l'évite et donc le gêne...

    Tout ça pendant une finale de coupe du monde.

  • Message posté par el peruano loco (4185) le 05/03/2014 à 16:49
      Note : 1 

    Défendre est tout un art et dans une équipe comme Barcelone, Puyol était un Michel Ange dans son registre.
    Sentant toujours le bon coup comme le mauvais, bien placé la plupart du temps, buteur au moment le plus opportun et toujours avec une opposition saine et fair play rarement en deçà comme sur la faute sus présentée. Il a rarement eu des rouges pour des gestes jamais visant à nuire ou détruire l'opposant, car le mec a conscience que passée les 90 minutes, une autre bataille viendra, et une autre encore après. Bref c'était un authentique guerrier antique qui comme Marv dans Sin City aurait tout aussi bien pu avoir sa place dans une arène ou sur un champ de bataille faisant tourner son arme en l'air.

  • Message posté par sissa (3886) le 06/03/2014 à 15:56
      

    Je suis un peu circonspect. La faute tactique est normalement sanctionnée d'un CF voire d'un carton, mais on estime que sans elle l'issue aurait pu être plus grave.

    Ici, il me semble qu'on est en présence d'une simple et bête faute d'arbitrage... depuis quand un joueur doit se laisser tomber pour obtenir une fuate?

  • Message posté par rrouu (145) le 26/06/2014 à 14:57
      

    ça fait plaisir de lire ça, j habite à barcelone depuis des années et malgré tout cette action est ma préférée de la carrière de puyol. curieusement les españols l ont completement oublié, quand j en parle personne ne voit de quoi il s agit


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