Faute Tactique

24/05/2012

De l’importance de gagner, de bien jouer et de divertir le public, ou pas...

Cet article est le troisième du DOSSIER "Tous derrière !"

Depuis la saison 2008-2009, le FC Barcelone de Pep Guardiola règne sur le football mondial. Puisque énumérer tous ses titres risquerait de vous endormir, il est plus révélateur de citer les seuls qu’il a perdus (en confrontation directe) : une Ligue des Champions en 2010 contre l’Inter, une Coupe du Roi 2011 face au Real Madrid et une Ligue des Champions 2012 contre Chelsea. A chaque fois, ces équipes ont fait le choix de défendre d’abord pour mieux attaquer ensuite. Ou de défendre tout court pour espérer attaquer ensuite, pour le cas de Chelsea. En France, amalgames et raccourcis ont vite fait d’associer de telles stratégies défensives à un jeu physique, agressif et vicelard qui « tuerait le spectacle ». Face au Barça dont le jeu respire la beauté et les bons sentiments, l’entreprise de ces équipes a été qualifiée non seulement de moche, mais aussi de foncièrement mauvaise, voire honteuse. A tort. Car par son coeur, son envie et sa discipline, ce Chelsea de Di Matteo a réalisé une Ligue des Champions fantastique, rendant un superbe hommage au football.

Dans ce dossier de trois articles, Faute Tactique sort en défense de la Défense. Il faut faire une triple distinction entre les différentes critiques visant les équipes faisant le choix de défendre à dix dans leurs trente derniers mètres. Trois distinctions, trois articles.


Enfin, la troisième partie de ces critiques juge le niveau de ces équipes de défenseurs : elles seraient médiocres et joueraient mal. Laissons leurs résultats parler pour elles-mêmes, c’est-à-dire pour rappel les victoires de l’Inter en 2010 et de Chelsea en 2012. Seulement, les résultats ne sont pas une raison suffisante pour tout le monde. Les titres sont-ils vraiment tout ce qui compte ? Tout ce qu’il reste ? Après avoir été éliminé par l’Inter, Xavi avait sorti le désormais célèbre : « Leur équipe va peut-être gagner un titre, mais notre équipe va marquer l’Histoire ».

La manière et le style de jeu d’un côté, le résultat et la victoire de l’autre : une opposition ancestrale qui n’a pas fini de faire débat. Alors que tout est pourtant simple. Qu’un entraîneur ait l’intention de produire un football offensif et attractif ou non, il rentrera toujours sur la pelouse avec l’objectif de gagner. Et s’en ira toujours déçu s’il perd, même si son équipe joue un football divin. Maintenant, certains coachs se sont rendus compte qu’un football offensif pouvait être plus efficace qu’un football frileux, sans avoir même besoin de parler de quelconque valeur ou philosophie extra-sportive. Oui, l’époque du Brésil 1970 et de l’impossibilité de mêler football offensif et efficacité est bien révolue. Et ce n’est pas pour autant que le monde du football doit porter un mépris pour ceux qui aiment savourer la victoire pour ce qu’elle est, l’objectif suprême de toute équipe (professionnelle) de football.

« Gagner n’est pas le plus important, c’est la seule chose qui compte » G. Boniperti

Depuis toujours, un mouvement de pensée footballistique développe une idée du football se rapprochant de l’effrayant « la fin justifie les moyens ». Pragmatique, il énonce le principe selon lequel toute tactique est aussi bonne que le résultat qu’elle produit. La Juve en est un fier représentant : « Gagner n’est pas le plus important, c’est la seule chose qui compte » disait Giampiero Boniperti, célèbre attaquant puis dirigeant bianconero, avant de devenir député européen. Une vision machiavélique (dans le sens vulgaire du terme) pour certains, très loin du bon esprit sportif pour d’autres. Un jeu cynique, à l’italienne ou à l’argentine, selon vos références. Mais peut-on vraiment, en toute honnêteté, concevoir que le résultat vaut tous les sacrifices ? Tous les coups bas ou actes d’antijeu ? Toutes les mauvaises réputations ?

Il faut croire que oui. Jusqu’à preuve du contraire, aucune équipe n’a jamais eu honte de gagner. Ni la méchante Inter de Herrera, ni la Suisse au Mondial sud-africain face à l’Espagne, ni la Juve (celle de toujours, pas vraiment besoin de préciser une époque en particulier). La victoire est toujours belle, heureuse, dans la réussite, dans le talent ou dans les deux. Et la Juve le sait bien. Afin d’éviter les accusations courantes de dopage ou de matchs arrangés qui ont traversé son histoire, parlons plutôt du style éternel de la Vieille Dame. Le style gagnant. Cette froideur, ces 1-0, ces couleurs qui n’en sont pas, cette fierté arrogante, et puis surtout cette vision complètement décomplexée de la finalité du football : gagner, ou gagner. Sir Alex Ferguson a toujours admis que la Juve avait été un exemple pour son United : "Je faisais voir à mes joueurs les cassettes de Lippi et je leur disais : ne regardez pas la tactique ou la technique, ça nous l’avons nous aussi, mais concentrez-vous à apprendre à avoir cette envie de gagner". Comme le dit un jour Italo Pietra, journaliste et écrivain italien : "La Juve n’est pas seulement une équipe de football, c’est une façon de comprendre la vie".

Dans la Gazzetta dello Sport du 23 mai, Giovan Battista Olivero (correspondant à Turin) dessine le tableau de la nouvelle Juve de Conte, qui jouera la Champions League la saison prochaine. Alors que le football moderne loue les qualités des équipes de Guardiola, Bielsa ou encore Löw, la Juve suit une ligne directrice différente, sa propre ligne : « Plus de qualité, de kilos et de centimètres, voilà ce que veut Conte » (le titre de l’article). Certains extraits relèvent du génie : dans le même paragraphe, nous pouvons lire à la fois que Conte imagine « une Juve belle » et que « la finale de la LDC a conforté Conte : parfois il suffit d’un corner pour faire la différence et soulever la coupe »… Car une Juve belle est une Juve qui gagne, peu importe la manière. « Tu peux avoir le plus beau jeu au monde, mais si tu as moins de force, de résistance et de physique, il arrive un moment où les adversaires trouvent des réponses et tu perds. Tu peux attaquer et dominer, mais à la fin les individus font la différence ». A Turin, à la place de parler de qualité de jeu, on parle de qualité du groupe, au niveau du mental et de l’interprétation des consignes du Mister. La fin devrait vous laisser admiratif de cette mentalité fascinante : « La Juve ne revient en Ligue des Champions avec pour seul objectif de participer ». Et tant pis pour Pierre de Coubertin. En clair, alors que même Chelsea cherche à jouer un football plus attrayant, en cherchant à engager Guardiola, la Juve prend note : un corner suffit. Mourinho l’a toujours dit : « On ne se rappelle jamais des perdants ».

Gagner, pour quoi faire ?

De nos jours, nous pouvons déceler un certain mépris pour la victoire. Peut-être que la crise a son rôle à jouer, toujours est-il que la valeur du gain en général a connu une baisse de prestige. Gagner, pour quoi faire ? Qui peut se contenter de simplement gagner ? Ceux qui sont en manque d’arguments pour être fiers de leur « idée de jeu », dirait Christian Gourcuff ? Les consommateurs qui ont besoin de raisons pour aimer « leur » club ? Peut-être que le leadership mondial des clubs espagnols ces dernières années a produit cette exigence de victoire et spectacle. Les exemples des limogeages par le Real Madrid de Capello en 97 et 2007 et de Heinckes en 98 sont même parfois vus comme un progrès aujourd’hui.

D’après certaines remarques suivant la finale de la Champions League cette saison, le Chelsea Football Club aurait déçu une bonne partie de la planète foot en jouant un football provincial avec une équipe de stars. En fait, il est reproché à cette équipe ayant coûté en huit ans plus d’un milliard d’euros de ne pas répondre aux attentes qu’un tel investissement devrait susciter. Au fond, pourquoi tellement d’argent ? Tout ça pour « ça » (seulement une tête de Drogba déjà entrée dans la légende) ? Tout simplement, pour devenir le meilleur au monde, devenir le numéro un, par un jeu de passes réputé ou non. Et ici il y a discussion. Selon la logique des choses, le meilleur club au monde est celui remportant le Mondial des Clubs (et donc le plus souvent la LDC). A la fin de la finale de Munich, Lampard s’exclamait tout heureux devant les caméras : « Mes filles, je vous avais dit qu’un jour papa jouerait dans le meilleur club au monde ! ». Ainsi, Abramovitch a fait de Chelsea le meilleur club au monde en 2012. Mais selon un autre point de vue, la meilleure équipe au monde est plus qu’une coupe aux grandes oreilles. Il s’agit de celle qui joue le mieux et surtout qui gagne le mieux. Qui impressionne le plus. Qui fait le plus peur. Et là, Chelsea « le sixième de Premier League » n’entre même pas en compétition. Malgré la victoire. Nous pourrions aussi d’ailleurs évoquer le cas de Manchester United depuis 2008 : malgré trois finales de LDC en cinq ans et trois titres de champion d’Angleterre, cette équipe est à des années lumière d’avoir le même impact (historique et médiatique) que le Barça de Guardiola. Le football moderne semble exiger la victoire ET la manière.

Vivre pour le beau jeu, même s’il faut mourir avec...?

Il y a toujours eu des défenseurs du « beau » jeu, aussi allergiques aux dégagements en touche que fascinés par une belle circulation de balle. Depuis quelques années, un courant venu de la péninsule ibérique va plus loin, prônant l’idée de l’existence d’un seul véritable football : celui du toque et de la possession de balle. Selon cette pensée, toute autre manière de jouer au football n’est pas forcément condamnable, mais est bien certainement pauvre et peu honorable, victoire ou pas. Que ce soit le football anglais et ses longs ballons révélant un cruel manque de technique (les fameux pelotazos) ou alors la « triste » tactique italienne d’attendre derrière et de surprendre en contre-attaque, c’est moins noble.

Dans le football, de nombreux grands personnages, que nous surnommerons les « philosophes » (dans le sens positif de leur effort de pensée), donnent priorité au beau jeu face au besoin de résultat. Cruyff, Guardiola, Wenger, Bielsa, Sacchi et bien entendu Zeman pourraient faire partie de ces penseurs. Dans le dernier numéro de FourFourTwo, Johan Cruyff, celui qui est peut-être le plus grand de tous dans ce domaine, affirme qu’ « il n’y a pas de plus grande récompense que de se faire acclamer pour son style de jeu ». Le génial Zdeněk Zeman va plus loin, répétant que « perdre n’a jamais été une humiliation ». Ces « philosophes » se disent romantiques, amoureux de la difficulté, du long terme, de la construction, de ce qui prend du temps à grandir. Et s’opposent ainsi au football du court terme, aux équipes achetées à coups de millions afin de gagner dans l’immédiat, à cette « spéculation » appliquée au football. Le jeu doit être au centre de tout, et s’il faut perdre pour faire survivre le beau jeu, ils perdront. En clair, c’est l’intention qui compte. L’intention de rester fidèle à ses idées, à cette « philosophie de jeu » que Guardiola et Wenger évoquent si souvent. Et si les titres étaient une illusion de bonheur, et que le plus important dans le football était de produire un jeu offensif et attractif ?

...Ou alors vivre pour le beau jeu car il rime avec la victoire ?

Dans Chien Blanc, Romain Gary écrit qu’ « il est moins grave de perdre que de se perdre ». Ce qui donne, en traduction footballistique : le pire n’est pas de perdre un match ou d’obtenir des mauvais résultats, mais de ne pas être fidèle à sa philosophie de jeu. Certes, mais le comparatif « moins » n’exclut pas le fait qu’il est tout de même grave de perdre. Luis Enrique avait de bonnes intentions cette saison à Rome, tout comme Christian Gourcuff en a depuis des années à Lorient. Ou encore Wenger depuis 2006 à Arsenal. Ces techniciens rejoindraient Pierre de Coubertin quand il écrit que « L’important dans la vie, ce n’est point le triomphe, mais le combat. L’essentiel n’est pas d’avoir vaincu, mais de s’être bien battu » ?

Non, car la victoire est essentielle. L’intention ne suffit à personne (sauf peut-être à l’extra-terrestre Zeman). Ou alors dans un autre monde. Un monde dans lequel Wenger ne se plaindrait pas de l’arbitrage et se contenterait d’avoir été fidèle à sa philosophie. Un monde dans lequel Cesc et Nasri auraient écrit l’une des plus belles pages de l’histoire d’Arsenal. Un monde dans lequel Christian Gourcuff ne serait pas à la tête d’une équipe marquant moins d’un but par match (19è attaque de Ligue 1). Selon ces « philosophes », s’agirait-il d’attaquer à tout prix, non pas pour gagner mais pour faire briller une certaine philosophie de jeu ? Pas vraiment. En fait, ces hommes sont des génies hors du commun. Comme nous l’avions expliqué dans notre portrait de Guardiola (Pep Guardiola, chef d’orchestre), il s’agit bien de « trouver la formule qui marcherait le plus souvent possible, qui remporterait le plus de victoires avec le plus de contrôle possible ». Ces entraîneurs ont tout simplement compris que la manière la plus efficace de remporter un match de football est de prendre le ballon à l’adversaire et de ne jamais lui rendre. Ni la plus belle, ni la plus sympathique ou plaisante, mais la plus efficace. Tout comme pour les autres « pragmatiques », le but principal de leur entreprise est de gagner des titres. Et de marquer des buts. A la différence près qu’ils ne souhaitent gagner que d’une seule manière. En fait, si pour certains le beau jeu est un luxe, pour eux il est la solution.

Le beau jeu n’est donc pas une fin en soi. Et pourtant il existe une certaine hypocrisie, qui consiste à prendre en otage la volonté et le plaisir du public : l’idée d’une certaine nécessité de séduction du public international est omniprésente aujourd’hui dans le rapport entre les grands clubs et le public mondial. « Au moins, nous savons que nous avons diverti le public », disait cette année Sergio Busquets afin de relativiser les difficultés de son camp. Mais quel public ?

Mondialisation et divertissement du public

Un grand club a-t-il des comptes à rendre au public qui n’est finalement pas le sien ?

Il existe deux conceptions des devoirs que peut avoir un club de football envers le(s) public(s). La première consiste à dire qu’un grand club de football a aujourd’hui une vocation internationale et donc le devoir de séduire le plus large public possible en proposant un football attractif (selon les normes « en vigueur »). Toute équipe devrait convaincre tout le monde ? La France 1998-2001 aurait donc été critiquée partout pour avoir été frileuse, privilégiant l’organisation au spectaculaire ? La seconde, plus conservatrice, affirme que chaque club a été créé pour une certaine communauté de fidèles et ne doit rendre des comptes qu’à celle-ci. Si elle exige du beau jeu, qu’il y ait du beau jeu ! Si elle exige des victoires, qu’il y ait des victoires ! Nous appliquerions alors les principes de non-violation de la souveraineté au niveau des clubs de football. Mais le monde a changé. Comme le football, ces clubs veulent grandir, et ils ont donc besoin de séduire. Comme le montre la dimension qu’a pris le FC Barcelone depuis les victoires de Guardiola, gagner en proposant un « beau » jeu marche très bien commercialement. Du coup, alors que Moratti est sur le toit de l’Europe en 2010, il décide de confier son équipe à Rafael Benitez, afin d’introduire un peu de toque chez les nerazzurri et de se construire une meilleure réputation. Idem pour Chelsea, qui semble à tout prix vouloir engager Guardiola en 2013. Bientôt, les équipes nationales aussi se soucieront de leur popularité à l’international avant de mettre en place un projet de jeu.

Le Real Madrid, le FC Barcelone ou l’Atlético Madrid rendent des comptes à leurs socios. L’Inter, le Milan et la Juve à leurs tifosi. Liverpool, Manchester United et West Ham à leurs season ticket holders. Voici une anecdote intéressante : alors que Mourinho venait de remporter sa deuxième Ligue des Champions en 2010 avec l’Inter, Arrigo Sacchi lui avait posé la question suivante : « Le match s’est déroulé comme tu le souhaitais ? » (victoire 2-0). Le portugais avait alors répondu : « Non, je n’ai pas aimé les dix premières minutes de mon équipe car elle a trop bien joué et s’est trop déséquilibrée. » L’Inter avait « trop bien joué ». Ou plutôt, l’Inter avait pris le risque de trop bien jouer. Nous avons ici le meilleur exemple du célèbre adage « une finale, ça ne se joue pas, ça se gagne ». Car Mourinho et son Inter n’étaient pas venus à Madrid pour jouer une finale de Coupe d’Europe devant des centaines de millions de spectateurs. Non, les hommes de Massimo Moratti étaient venus à Madrid pour marquer un but de plus que l’adversaire, gagner la coupe aux grandes oreilles qui leur riait au nez depuis quarante-cinq ans et la ramener aux centaines de milliers de fidèles intéristes à Milan afin de célébrer avec eux, loin des critiques, loin des jugements de valeur, leur victoire.

Comme tous les arts, le football connaît différentes périodes dont l’évolution est dictée par certaines tendances, certaines influences, certains mouvements. Depuis toujours, le football est très marqué culturellement. Dans les plus grands pays de football, certains principes sont incontournables. En Italie, l’organisation et la concentration. En Angleterre, le cœur et le courage. En Espagne, le respect du ballon et sa circulation, le toque. Mille façons de gagner et de bien jouer, d’attaquer et de défendre. Mais aujourd’hui, la mondialisation est telle que nous avons tendance à mélanger style de jeu et norme de jeu. A en oublier qu’un match de football reste, de chaque côté, l’histoire de onze jeunes hommes et d’un guide qui, ensemble, entrent sur le terrain pour jouer au football durant quatre-vingt dix minutes et tout faire pour gagner à la fin. Pour leur Président, pour l’honneur de leur club ou de leur pays, pour eux-mêmes et pour leur public. S’ils ont les moyens de le faire en produisant du spectacle, ils en sont toujours ravis. Sinon, tant pis. Après tout, on ne juge pas les vainqueurs.

Markus

Vous pouvez suivre Faute Tactique sur Twitter (@FT__com) et Facebook


Votre compte sur SOFOOT.com

7 réactions ;
Poster un commentaire

  • Message posté par SPQR le 24/05/2012 à 13:44
      

    Excellent article, comme d'habitude.
    J'ajouterais simplement que selon moi il n'y a pas d'opposition à avoir entre ces deux écoles (beau jeu et jeu défensif); comme c'est bien dit à la fin de l'article, la plupart des équipes composent avec le style de joueurs dont elles disposent.
    Il est faux de dire que Chelsea devrait produire le jeu de Barcelone du fait de son milliard dépensé en transferts; l'ossature de cette équipe s'est construite sous Mourinho qui exigeait avant toute chose une grosse solidité défensive, et un jeu direct basé sur la puissance de son milieu de terrain (Essien en particulier) et la présence de Drogba. Mettez Guardiola, Zeman et Wenger à la tête de cette équipe, ils n'arriveront pas à en faire la machine parfaitement huilée qu'est le Barça.
    Par ailleurs, d'autres équipes ne pratiquent ce jeu défensif que par intermittence, lorsque le besoin s'en fait ressentir (autrement dit lorsqu'elles rencontrent le Barça). Prenez par ex l'inter de Mourinho, qui produit un beau jeu la plupart de la saison, et change complètement de philosophie contre Barcelone pour remporter le match.

    Bref selon il n'y a pas une seule et unique vérité, et je trouve assez dommage de devoir détester un style de football sous prétexte que l'on en affectionne un autre. J'aime pour ma part autant le jeu du Barça que la rage de vaincre de la juve ou l'esprit d'équipe de la squadra 2006, et si tout le monde en faisait autant, les débats seraient sans doute bien plus constructifs...

  • Message posté par Trap le 24/05/2012 à 14:04
      

    Presque complètement d'accord avec l'article et parfaitement avec ce qu'écrit SPQR. Par contre :"Comme le montre la dimension qu’a pris le FC Barcelone depuis les victoires de Guardiola, gagner en proposant un « beau » jeu marche très bien commercialement" est discutable. De nos jours, une frange importante des spectateurs du foot sont des consommateurs de foot qui supportent un club ou l'autre suivant les opportunités. En clair, ils supportent les gagnants. Si en plus, on leur vend du Barça meilleur club de l'histoire, avec le plus beau jeu de l'histoire, le meilleur joueur de l'histoire, la plus belle nation sans état de l'histoire et j'en oublie, le supporter moderne forcément connecté qui reçoit toutes ces infos irréfutables sur son smartphone en direct de la meilleure chaine à péage du monde et du meilleur quotidien sportif de l'univers ne peut qu'adhérer. Ce n'est pas le "beau jeu" qui marche bien commercialement pour ces acheteurs de maillot là, c'est "l'histoire" qu'on leur sert pour les faire acheter. Le storytelling n'a pas émergé en politique mais pour vendre des chaussures de sport ou des ordinateurs "pommés".

  • Message posté par anti-madridista le 24/05/2012 à 15:32
      

    Pour moi, l'argument "l'important c'est les titres, peu importe la manière" est un argument de supporter frustré d'équipe qui gagne sans bien jouer, ou alors de personnes qui sont juste heureux de voir le Barça à terre contre Chelsea ou l'Inter il y a 2 ans.
    En réalité, TOUS les supporter du monde aimeraient voir leur équipe bien jouer au ballon, jouer en 1-2 touches de balle, maîtriser leur adversaire, mettre des buts de folie... Et bien jouer au football, ce n'est pas forcément jouer comme le Barça... J'ai l'impression que beaucoup croient ça. Bilbao joue bien au football, la Juve aussi, le Bayern... et aucun d'eux ne jouent comme le Barça.

    Ok gagner est le but ultime. Ok les supporter de Chelsea doivent être heureux à l'heure actuelle et je les comprends. Mais l'ont-ils toujours été? Et le seront-ils demain?
    En tant que supporter du Barça, je suis déçu de la perte de la Liga et de la C1. Mais je suis fier de la saison de mon équipe, et je me suis régalé tout au long de la saison.
    Car voilà, les saisons sont longues, et les titres seront distribués seulement à quelques clubs.
    Alors je trouve normal qu'une équipe cherche à produire un joli spectacle pour ces supporter, car en cas de saison sans titre, ils pourront se dire qu'au moins les gens ne se sont pas ennuyés en allant au stade ou en regardant la TV et que leur équipe leur a donné du bonheur.
    Et je le répète, en tant que supporter du Barça je me suis régalé tout au long de la saison malgré les défaites. Mais qu'en serait-il des supporters de Chelsea s'il leur équipe n'avait pas gagner la C1 cette saison? Est-ce que leurs supporters ont vraiment pris du plaisir cette saison à part en mai??? Alors qu'est-ce qui vaut mieux, prendre du plaisir tout au long de la saison et éventuellement à la fin? Ou espérer en prendre seulement au tout dernier moment?

    Et la saison prochaine, j'ai des certitudes en ce qui concerne le Barça. Je sais que d'entrée je vais de nouveau me régaler et voir les joueurs faire le spectacle. Mais quoi en ce qui concerne Chelsea? Vont-ils avoir autant de chance que cette saison et aller au bout des coupes? Je ne crois pas, alors mieux vaut pour eux d'essayer de produire un plus beau football, car la saison prochaine risque d'être très moche pour eux s'ils continuent sur le même schéma.

    Pour finir, je dirai que le football est un jeu qui se joue avec un ballon. Alors quand on a pas le ballon, on ne joue pas au foot, c'est aussi simple que ça.
    Mais bon, le football est à l'image de la société actuelle. Un monde d’égoïste ou seul le gain compte. Il serait bien que les gens revoient leur vision des choses, car au final le foot ça reste du sport, du spectacle.

  • Message posté par SPQR le 24/05/2012 à 16:33
      

    Anti-madridista, je suis d'accord avec toi sur le fait que le beau jeu ne se limite pas au Barça; j'irai même plus loin en disant que des équipes réputées défensives produisent à mon gout un beau jeu.
    Et c'est précisément pour ça que je ne te suis pas sur le reste. Pourquoi avoir une vision si obtue? Pourquoi est-ce que le jeu sans ballon serait nécessairement laid? Les défenseurs ne sont-ils pas des joueurs de foot?? Regarde Maldini, Nesta, Thuram, Vidic, Blanc, Beckenbauer, ou encore Baresi; n'as-tu jamais pris le moindre plaisir en admirant les gestes défensifs de ces légendes? Je te renvoie sur ce point au premier article de la trilogie "tous derrière", qui te convaincra sans doute mieux que moi.
    Comme je le disais dans mon premier commentaire, je comprends que l'on aime le jeu offensif, mais pourquoi devoir nécessairement mépriser un système basé sur la défense? Cette question se pose également dans l'autre sens.
    Il faut bien comprendre qu'un jeu spectaculaire n'est pas nécessairement fait de jeu de possession à une touche de balle. Regardez Naples: ils ont un jeu basé sur la défense, avec des contre attaques foudroyantes. Ils ont pourtant développé un des plus beaux jeux d'europe cette année.
    Pour conclure, je suis romain, donc supporter de la Roma; cette équipe est réputée pour son beau jeu (cf. les années Spalletti, ou plus récemment le projet mis en place par Luis Enrique), et ça ne m'empêche pas pour autant d'admirer une équipe comme Chelsea, l'inter de mourinho ou la juve.
    Je ne crois pas être un supporter frustré, et il me semble que Gianpiero Boniperti n'en était pas un non plus...

  • Message posté par SPQR le 24/05/2012 à 16:42
      

    Je poste cette vidéo de Baresi qui illustre au mieux que le foot peut être à la fois beau et défensif.
    Pour info Baresi revenait d'une blessure au ménisque spécialement pour cette finale du mondial 94, et il a réalisé un match de légende, en serrant les dents.

    http://www.youtube.com/watch?v=YvBmHQuLZtQ

  • Message posté par FauteTactique le 25/05/2012 à 22:58
      

    @Trap
    Merci pour cette excellente analyse sur la vente de l’Histoire. Et merci pour tous tes commentaires d’ailleurs, toujours pertinents. Mais la cause de ce lien entre l’Histoire et le Barça est, je pense, le type de football qu’il produit. Malgré la saison exceptionnelle (c’est le cas de le dire, record absolu) de Mourinho à Madrid, on ne parle pas de meilleure équipe de l’Histoire de la Liga, alors que les chiffres appuient cette thèse. Pourtant, le football direct de Mourinho, sans pause, avec moins de réflexion, est bien plus offensif que celui du Barça. Ils se « ruent » à l’attaque quand le Barça utilise ses phases offensives comme une manière de garder le contrôle du match, sans pour autant tenter de marquer sur chaque action. On développera cette idée dans un prochain article.

    @anti-madridista
    Il ne faut pas avoir de préjugés sur le bonheur des supporters des autres équipes. Chacun sa culture, chacun son kiff, chacun ses valeurs, chacun son football même. Tu es donc persuadé que les supporters de Stoke s’ennuient fermement depuis 149 ans ? Tu parles du mois de mai de Chelsea comme d’un « moment ». Je pense que ce mois de mai est un bonheur qu’ils garderont en eux pour le reste de leur vie, tous les jours, le matin en se réveillant, en voyant une photo de Drogba ou rien qu’en lisant le nom « Munich », même dans cinquante ans. C’est de ce bonheur dont on parle. Donc ne te fais pas de soucis pour le moral des supporters des Blues la saison prochaine…

    Il y a une nuance entre bien jouer et gagner, comme le Barça, Juve ou Bilbao en EL, et bien jouer pour le fait de bien jouer. Pose-toi la question suivante : est-ce que tu es plus fier de cette saison du Barça pour la philosophie du jeu pratiqué ou pour le nouveau pourcentage de victoires ahurissant ? Titres ou pas, avec une centaine de buts marqués toutes compétition confondues, j’espère bien que tu es fier de cette équipe fantastique. Sans toutes ces victoires, le doute se serait installé sans aucun doute. Tu parles de « défaites », mais il y en a eu combien, quatre ? L’ennui ne dépend pas du jeu pratiqué, mais plus de l’enjeu, de l’intensité et aussi de la victoire. La dernière journée de Premier League en est un bon exemple. Prenons l’exemple de Bilbao. Le plus beau moment de la saison pour l’Athletic est sans aucun doute la double victoire sur United, et non pas le nul à domicile contre le Barça par exemple. Alors que l’adversaire était bien meilleur et que le jeu pratiqué était un véritable « hymne au football ». C’est à dire que le beau jeu se révèle dans la victoire.

    @SQPR
    L’exemple de Naples est effectivement très révélateur de ces nuances de beau jeu. Et merci infiniment pour cette vidéo de Baresi, quel joueur, quel match. Et ce tir au but à la Ramos…comme quoi…

  • Message posté par mc lovin le 28/05/2012 à 18:22
      

    débat éternel. C'est toute la singularité de ce sport qui loin de se réduire aux résultats et statistiques, cristallise également des enjeux esthétiques et culturels. Le simple rapport au palmarès est une donnée objective nécessaire. Mais l'inspiration et la beauté qui traverse parfois les gestes de nos amis footballeurs excède malgré tout le rapport vainqueur/vaincu.
    Je pense à cette réflexion de zidane qui évoquait Ronaldo (http://www.youtube.com/watch?v=Tea20qaiYl4). Il nous disait que l'idée du palmarès étais importante pour les journalistes mais la beauté d'un ronaldo s'exprimait surtout à l'entrainement. Des inspirations nouvelles quotidiennement. De la création renouvelée.
    Le foot oscille donc effectivement comme le montre votre article entre attente de beau jeu et réalisme pragmatique.
    Mais sans cette tentation du beau jeu, le football ne s'adresserait pas si subtilement aux sens, aux émotions et à l'intellect.
    « L’art est un jeu d’enfant.» Max Ernst
    Le foot également je crois savoir,



7 réactions :
Poster un commentaire