Faute Tactique

13/02/2015

Le scorpion Trezeguet, à Monaco



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Au cours de sa carrière en Bleu, de 1998 à 2008, de 21 à 31 ans, David Trezeguet a marqué quelques dizaines de buts. Trois, pour être exact. Des têtes, des reprises de volée, des bouts du pied, des glissades, des coups de fusil impeccables, des saletés à l'arme blanche et quelques douceurs. Des conclusions toutes différentes, mais un seul style : la prendre comme elle vient. Sur les 34 buts que le Roi David a marqués pour l'équipe de France, il a tiré sans contrôler 27 fois (79% des buts), et toujours à l'intérieur de la surface. Il la prenait comme elle venait. Pour conter l'histoire d'un buteur, qu'il y a-t-il de mieux que le récit de ses buts ? 


Comme elle vient, en Bleu

Tout commence contre la Finlande. C'est alors la cinquième soirée que David Trezeguet et l'équipe de France passent ensemble. Ils sont attirés l'un par l'autre, c'est évident, ils se le sont même dits. Mais quand même, David craint d'être trop franc, trop honnête pour la première fois. Les quatre dernières fois, il n'avait même pas réussi à lui donner de l'amour. Alors, lors de cet amical en Finlande au printemps 98, il ne se montre pas sous son vrai visage. Ce jour-là, il la contrôle, la balle. Il la touche même trois fois avant de frapper, hésitant un peu avant de conclure. Ça ne lui ressemble pas, mais ce n'est que le début. Et la France trouvera largement le temps de lui pardonner. Et de l'aimer pour ce qu'il est : un scorpion. Dès le Mondial 98, en fait. Contre l'Arabie Saoudite en poule, David la prend comme elle vient, de la tête. Il suffisait d'être bien placé, de l'attendre et de la pousser au fond. Et David était toujours bien placé. Contre l'Islande et la Slovénie, en 1999 et 2000, il n'est pas mieux placé que les autres au départ de l'action. Mais il sait mieux que personne sentir des gants sur le point de glisser, ou une frappe trop puissante pour ne pas être relâchée. Alors il est là, et il tue sans contrôler.


La vidéo des 34 buts en bleu


Dans ce même match contre la Slovénie, il réussit même à prévoir un contrôle raté de Zizou. Dans la surface, il est chez lui et voit tout avant les autres, David. Encore une fois, il la prend comme elle vient, d'un gros pointard. Contre la Croatie, elle est servie sur un plateau et il ne la refuse pas. Contre les Pays-Bas à l'Euro 2000, il est enfin titulaire mais ne change pas pour autant. Il voit la frappe de Wiltord, il met le pied, instinctivement, et la dévie comme elle vient. De justesse. Et puis, vint la finale. Une entrée à la 76ème minute pour remplacer Youri Djorkaeff. A la 103ème, Robert Pirès file côté gauche et centre avec un rebond. Trezeguet est le seul à avoir prévu le centre en retrait : il fait semblant d'exploser au premier poteau, s'arrête, recule d'un pas et la prend comme elle vient, fusillant Toldo d'une reprise plus relâchée que jamais. Pour un pied gauche plus émouvant que jamais. A ce moment-là, Trezeguet a marqué 8 buts pour les Bleus. Depuis le but hésitant en Finlande, surtout, ça fait 7 buts en 7 touches de balle. Agent Trezeguet, David Trezeguet.






Comme elle vient, en club

Même en club, pour ses buts les plus importants, ou les plus symboliques, il la prend toujours comme elle vient. Contre Manchester à Old Trafford en 1998, sans contrôle, en la laissant rebondir quatre fois. Du droit, sous la barre. Contre le Real Madrid avec la Juve en 2003, à la suite d'une remise de la tête de Del Piero : une reprise du gauche au premier poteau, pour un but sec et précieux. Encore contre le Real Madrid avec la Juve en 2005, à la suite d'une remise de la tête d'Ibrahimovic, il la prend comme elle vient : une retournée du bout du pied gauche, sous la barre. A Alicante contre le Real Madrid (décidément) en 2010, c'est en la reprenant comme elle vient, de la tête, qu'il l'envoye dans la lucarne de Casillas. Contre Ferro avec River Plate en seconde division argentine en 2012, il l'attend comme un renard au deuxième poteau sur un corner. Comme toujours, elle finit par venir, attirée comme par magie. Lui, comme toujours, il la prend comme elle vient. Du droit, cette fois, mais sous la barre, toujours. Savait-il mieux se placer que les autres ? Pensait-il plus vite que les autres dans la surface ? Toujours est-il qu'il réunissait toutes les qualités d'une belle espèce en voie de disparition.




Le scorpion Trezeguet, à River


Contre une Sélection mondiale en août 2000 à Marseille, il marque ses neuvième, dixième et onzième buts, tous sans contrôler le ballon. Un bon pressing et une balle piquée dans la foulée, un but de renard et une frappe lourde sous la barre. Un triplé, le seul en bleu, pour le match qui compte le moins. Après tout, c'est le sort des buteurs qui vivent pour le but plutôt que pour l'enjeu. Et puis, des centres se sont mis à tomber, comme à la Juve. Une tête contre la Turquie en 2001, l'Ecosse en 2002, Israël en 2003 et 2005, Chypre en 2003 et la Suède en 2005. Contre le Japon en 2001, il se permet de dribbler le gardien. Enfin, dribbler est un bien grand mot. Avec David, c'est sans fioriture : une touche de balle pour se décaler et un plat du pied. Surtout pas de passement de jambe, ce n'était pas son genre. Contre l'Espagne en 2001, il ose la contrôler dans la surface. Mais c'est pour la lever, et mieux la reprendre en retombant, comme elle vient. Pareil contre l'Ecosse en 2002, avec toujours le ballon en mouvement. C'est peut-être une règle chez les renards : ne jamais arrêter la balle dans la surface, pour ne jamais faire croire que l'on doute. Contre la Corée du Sud en 2002, pour son but le plus esthétiquement poussé en bleu, il se jette haut pour la reprendre comme elle vient. Lors du Mondial asiatique en 2002 contre l'Uruguay, c'était en reprenant la passe lobée de Petit comme elle vient qu'il marque, en position de « hors-jeu ».




Le scorpion Trezeguet, à la Juve



Le scorpion David

Néanmoins, contre Chypre en 2003, un petit contrôle de la poitrine est nécessaire. Et contre la Slovénie, David arrête le ballon en pleine surface, ce qu'il n'avait jamais fait, avant de faire deux feintes puis de tirer. Un but étrange, qui ne lui ressemble pas. Un but à la Henry, en fait. Mais pour la démonstration contre l'Allemagne en 2003, Trezeguet est plus que jamais lui-même. En grand seigneur, il rend hommage aux deux offrandes d'Henry et Zidane en les reprenant comme elles viennent, sans les retoucher. Le respect du buteur pour son passeur. Et puis, enfin, pour son dernier but en bleu contre les Îles Féroé, Trezeguet suit le ballon comme un renard, mais s'offre une touche de balle supplémentaire pour éviter le gardien adverse. Sur le moment, on peut croire qu'il doute devant le but. Mais Trezegol enchaîne avec droite-gauche assassin, sans même regarder, comme un boxeur qui terminerait son combat sur un enchaînement parfaitement rythmé. Mais Trezeguet n'était pas un boxeur. Il n'en avait ni les muscles, ni le jeu de jambes. Et d'ailleurs, les boxeurs ne sont pas des tueurs. Non, David Trezeguet, c'était plutôt un scorpion. Il n'avait besoin que d'une seule touche de balle pour tuer son adversaire. Un seul moment d'inattention d'un défenseur, un seul bon ballon d'un milieu, un seul espace laissé dans la surface, et David la reprenait. Le venin faisait le reste.


Markus

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