Ô rage, Ô désespoir, Ôxerre
11 février 2008 à 11:52
Auxerre, ce sont des souvenirs contrastés. Dans la mémoire masochiste du supporter Rouge et Noirs reste les courses magiques de Cissé, de ce Djibril alors encore muni de deux jambes (un quadruplé signé en août 2001, lors de la journée inaugurale), et la jouissance au bout de la souffrance donnée par Laurent Huard un soir de printemps 91. C’était la dernière journée. Auxerre parmi les quatre premiers, comme d’habitude, avait échappé à la relégation, et les Rouges et Noirs avaient le feu aux fesses, brûlés qu’ils étaient par les ascenseurs successifs. Les joueurs de l’Yonne tenaient les deux points de la victoire, nous nous apprêtions à revoir de la bonne D2 à dix francs la place et, ô miracle, un corner cafouilleux, un plat du pied lobé à la 93ème minute, un Bruno Martini généreux, et voilà les hommes des bords de la Vilaine sauvés. Les supporters rentrèrent alors dans une transe sud-américaine, le stade tout de bois vêtu tangua pendant dix bonnes minutes. On se serait crû dans une quelconque ville pauvre et ouvrière ranimée par la grâce du ballon rond.... Et Guy Roux d’y aller d’une remarque bien sibylline : « ça nous aurait fait mal de faire descendre Rennes, nous avons toujours eu de bonnes relations ». Comprendre, on préfère balader notre car une fois l’année à Rennes plutôt que dans un quelconque fief sudiste surchauffé.
En 2008, le mal classé est bleu et blanc, mais nous ne sommes pas au mieux. En m’apprêtant à gagner le Stade de la Route de Lorient, je m’étais préparé à un choc mou comme la L1 en a le secret. Et bien m’en a pris. Reprises de tibias, amortis du mollet, rires devant les glissades, tremblements devant la magnifique incertitude du sport, Nouges et Roirs et Bourguignons ne m’ont rien épargné. Nous étions plus de 20000 et nous avons vu un spectacle navrant. Pas un même un Nino in fire pour nous faire croire au beau. Il ne court plus, il a perdu du poids, on le croirait, comme je l’ ai finement entendu dans les tribunes, « atteint du sida ». Ce mec candidatait pourtant à un retour en équipe de France il n’y a pas si longtemps. Ce mec est un mystère.
Jimmy, lui, était international en novembre, attaquant prometteur, style grande gueule West Indies bientôt en Angleterre, et vient de bénéficier d’une sélection de complaisance en A’. Mais il a au moins le mérite de se battre. Son problème, il est obsédé par le fait d’attaquer les défenseurs dans le dos, et à attendre la passe dans l’axe. Un chemin où il croisa trop souvent Pagis. Combien de fois se sont-ils gênés ? Trop de passes dans l’axe et donc beaucoup d’interception. Quant aux animateurs offensifs du Stade, ils perdent trop de temps pour contrôler la balle, regardent autour d’eux avec la vivacité de l’œil d’un chasseur de bocage, et perdent ainsi toute possibilité de contre-attaque.
Mais qu’est-ce que tu bois Didot dis donc ? Plus lourd que Carlos samedi, notre Etienne régional ne tient plus rien. Lourd, sans imagination, adepte du contrôle du tibia et des passes à l’adversaire, il a été remplacé sous les sifflets (M. de Saint-Sernin, SVP, des cours d’éducation footbalistique pour votre public) par Jirès Ekoko. Il y a du Domenech chez Lacombe, qui déporta le gas de Paimpol à droite du rond central, comme Raymond le fit mercredi avec Toulalan. Les latéraux, eux, se croient malins en remontent trop la balle pour soutenir leurs attaquants neurasthéniques, résultat, combien de contres auxerrois fatals ! De beaux arrêts de Pouplin qui ont évité la raclée car, ne nous y trompons pas, Rennes a échappé à la raclée malgré une possession de balle avantageuse. La faute à la tradition de jeu à l’auxerroise ( contre rapide made in Europe de l’est, et deux ailiers) et aux approximations balle au pied d’un Fanni bien mal inspiré.
Aujourd’hui, les défenseurs doivent se contenter de défendre et non essayer de sauver la patrie, ils n’y arrivent pas. Il y a une mauvaise ambiance dans l’équipe, ça saute aux yeux. Les joueurs ont l’air gêné à l’idée de prendre la balle et leurs responsabilités, comme un ouvrier pressé de rentrer chez lui en fin de journée. Ca joue endormi, et on perd du temps, aucun avantage de position en cas d’interception. Au rayon des bonnes surprises, puisqu’il faut positiver, on a Lemoine et Pagis, le félin nonchalant. Mais Pagis a le talent des joueurs qui s’en fichent et s’exileront vers d’autres cieux. Tout juste si’l n’a pas fait un doigt au public après avoir fait frémir les filets.
Lemoine, Fabien de son prénom, et 20 ans (génération 87) fait très star de petite équipe de bas de tableau. Quand un jeune mec porte à bout de bras une équipe, c’est que la Ligue 1 Orange est bien en voie de Jupiler Ligualisation. Qu’on nous redonne de la bière en tribune, au moins on rigolera. Et quand Jirès Ekoko rentre, on en a la confirmation (que la L1 commence à prendre l’accent Belge, et qu’on va se marrer aussi). Jirès, qui ne ressemble pas au petit lutin bordelais, je ne parle pas de la couleur de peau comme facteur de différenciation, je parle plutôt de choses toutes simples : couverture de balle soignée, passes aux coéquipier, reconnaître le sens de la marche vers le but, ne pas tricoter car l’hiver est passé. Jirès pêche par un soucis évident de compliquer les choses. A le regarder, on ne pense pas à une nouvelle panthère noire, mais à un clone de Musisi, le plus grand joueur ougandais de tous les temps. Si Si ! Ah, j’oubliais, le stade a fait signer un international zambien ( équipe très séduisante pendant la CAN) , un certain Katongo, joueur ayant brillé, à 23 ans, dans les championnats angolais, zambiens et sud-africains. Rennes va continuer à rêver.
Fabrizio Mauresco
» Ô rage, Ô désespoir, Ôxerre · 12 février 2008 00:27 | |
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» Ô rage, Ô désespoir, Ôxerre · 11 février 2008 16:18 | |
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