Massive Jérôme Le(e)roy
26 février 2008 à 17:53
Le Cadran Breton fermé, c’est la Taverne de Guingamp qui prend le relais des retransmissions du Stade Rennais dans le ghetto breton de Montparnasse. Les habitués ont plutôt le cœur lorientais, les consommateurs de passage penchent pour Rennes. L’assistance est clairsemée. Vacances ? Opportunistes attirés par la gratification de la victoire retournés à des occupations plus saines ? A moins que cette Taverne et son abonnement à Foot+ restent tout simplement encore inconnus de la diaspora breizhou.
Samedi, les Rennais ont renoué avec la victoire, et les Lorientais perpétué une saine habitude, perdre dans la capitale armoricaine avec la manière. Du mauvais merlu en somme. Ca fait tourner la balle, ce que certains nomment beau jeu, mais ça reste inoffensif, comme Jimmy Briand ces dernières semaines. Sauf qu’à force de se démener comme un taureau sur tout le front de l’attaque, et de se créer lui-même ses propres occasions, Jimmy Jimmy a fini par en mettre une au fond. Son stakhanovisme a payé … avec l’aide de la défense lorientaise.
Son chapardage dans l’interstice jamais comblé entre Ciani et Audard souligne néanmoins son opportunisme, et son efficace rabattage du ballon vers le but que son destin ne sera pas celui tant redouté d’un Modigliani, incapable de se vendre, mais celui d’un Gauguin, solide sur ses bases, la Bretagne, et à son apogée, une fois les étendues marines traversées. Car, c’est écrit, que ce soit pour se démener dans les bas-fonds de l’élite anglaise à l’instar d’un Henri Camara, ou pour connaître un destin à la Louis Saha (les blessures en moins) Jimmy Jazz ira en Premier League.
Grand voyageur, Jérôme Leroy n’a jamais envoyé sa peau sur les os jouir du soleil anglais, et son brillant retour plaide pour un séjour prolongé en Bretagne. Meilleur passeur, et technicien le plus avisé de l’effectif, le reggaeman Le(e)roy a logiquement remis de l’huile dans la moteur rouillé des Rennais, qui ont ainsi stoppé leur glissade vers d’autres derbys, face à Guingamp ou au Stade Brestois. Depuis quelques mois , Leroy fatigué puis blessé, Didot en méforme puis écarté, et Wiltord en phase de liquéfaction, le lien entre milieu et attaque avait été coupé. Seul Fabien Lemoine faisait office d’honnête piston. Bien trop tendre pour envisager un quelconque sursaut.
Gilet simili cuir, chemise médiévale et coupe de cheveux en forme de parfait compromis entre le style bidasse et Nigel Kennedy, un humoriste de comptoir québécois a finement animé le derby à la Taverne de Guingamp en scandant à intervalles réguliers des « Le Pen, Le Pen », du meilleur effet. Des saillies appuyées pour éviter toute méprise d’un signe du diable cher aux heavy-metal maniacs. Du joueur le plus gringalet du monde professionnel au statut de bon et solide joueur de Ligue 1, Ulrich a fait du chemin, et son patronyme n’aura jamais lassé les supporters amateurs d’humour subtil et léger.
Prochain match. Sochaux-Rennes. Une affiche sinistre pour qui ne défend pas l’un des deux camps, mais où pourrait bien se jouer la fin de saison rennaise. Une victoire et le Stade pourrait voir venir la fin de saison sereinement. On peut d’ailleurs compter sur Juda Leroy, grand amateur du coup de poignard dans le dos pour faire la misère à ses anciens coéquipiers. Et si Lacombe, aux anges samedi (une victoire, rendez-vous compte), avait la bonne idée de réintégrer Didot dans son groupe tout en conservant Marveaux sur la pelouse, l’équipe retrouverait alors une certaine allure, musclée par les performances d’Ultimate Warriror de l’immense Stéphane Mbia. En cas de défaite, Rennes retrouvera en revanche l’ordinaire. Son domaine d’excellence.
Erwan Gwerzec