[Tactique] Puel et l’OL au tableau noir
16 décembre 2009 à 00:34Aujourd’hui neuvième à huit points du leader bordelais, l’Olympique Lyonnais traverse des moments très difficiles en ce moment, sans doute la première vraie crise de ses années 2000. En première ligne, Claude Puel essuie la plupart des attaques médiatiques, qu’elles viennent des supporters ou de certains journalistes. Loin des hypothétiques tensions en interne et autres extrapolations sur le recrutement lyonnais, e-foot.eu se penche sur l’évolution du système lyonnais depuis le début de saison.
Au cas où vous prendriez ce blog en cours de saison, et pour ceux qui auraient oublié, l’Olympique Lyonnais m’avait vraiment impressionné pendant le mois d’août. Pour une équipe qui avait chamboulé la moitié de son onze titulaire pendant l’été, les prestations, surtout du côté des offensifs, laissaient présager du meilleur pour l’exercice à venir. Point d’orgue de ce début de saison en fanfare, la leçon de football infligée à Anderlecht au milieu de l’été avec un énorme Lisandro. Le 4-2-3-1 Benzema dépendant de la saison dernière laissait place à un 4-3-3 flamboyant : Toulalan en sentinelle, Kallström en Tiago de la grande époque, Pjanic en Juninho, Bastos et Lisandro en ailiers inversés et Gomis pour fixer la défense adverse. Seul bémol de ce début de saison, la défense centrale Cris-Bodmer ne respire pas la sérénité et la blessure rapide de l’ancien Lillois pousse son entraîneur à réviser ses plans.
Le problème, c’est que Bodmer se blesse alors que l’OL est décimé en défense. Boumsong est out et il est inutile de mentionner le nom de Cleber Anderson. Le 16 septembre (on va être précis), Jérémy Toulalan recule aux côtés de Cris lors de la réception de la Fiorentina en Ligue des Champions. L’international français réussit ses débuts et l’OL s’impose à un quart d’heure de la fin face à une Viola réduite à 10 pendant toute la deuxième période (Gilardino est expulsé à la 45ème). Sur cette bonne lancée, Lyon enchaîne quatre matchs sans défaite avec Toulalan en défense centrale. Malheureusement, les absences successives de Bastos et de Lisandro obligent Puel à abandonner son 4-3-3 au profit d’un 4-2-3-1 qui, certes, reste solide sur le plan défensif (Makoun et Kallström protégeant une défense expérimentale) mais beaucoup plus prévisible sur le plan offensif.
Qui plus est, le 4-2-3-1 met une pression énorme sur les épaules de Miralem Pjanic, qui évolue plus qu’en début de saison. Là où le 4-3-3 offre deux solutions de relance dans l’axe (regardez le Barça avec Iniesta et Xavi ou Lyon avec Pjanic et Kallström), le 4-2-3-1 fait du joueur en soutien de l’attaquant l’unique relayeur axial entre la défense et l’attaque. S’il n’a pas le coffre pour assurer un volume de jeu constant pendant 90 minutes, l’équipe n’a pas d’autres solutions que de balancer vers son attaquant de pointe ou d’utiliser les ailes pour remonter le terrain. Pour prendre un exemple récent, regardez la performance de Gourcuff à Gerland dimanche soir. Le Bordelais a été en-dessous de tout au moment de remonter les ballons mais s’est montré décisif avec l’entrée en jeu d’un excellent Jussiê sur le côté gauche, capable de faire ce travail au milieu de terrain pour créer des décalages ensuite.
Pour revenir à l’OL en 4-2-3-1, le problème réside dans le fait que ni Pjanic ni aucun ailier ne réussit à maintenir un niveau de jeu correct sur plusieurs matchs. On peut notamment remarquer que l’énorme performance à Anfield Road est encadrée par deux défaites (contre Sochaux et à Nice) surprenantes pour un septuple champion de France. Arrive alors la dernière victoire en date de l’OL en championnat, lors du derby face à Saint-Etienne. C’est à partir de là que les vrais ennuis vont commencer. Sans doute essoufflés par une préparation les obligeant à être au top dès le mois d’août, les Lyonnais connaissent une importante baisse de régime qui va leur coûter très cher sur le plan défensif. Moins efficace dans le replacement, les duos Makoun-Kallström ou Makoun-Pjanic abandonnent une défense centrale de fortune à la merci des attaquants adverses.
Prémices de cette chute, le Lyon-Marseille nous font découvrir un milieu lyonnais inexistant en phase défensive pendant les dix dernières minutes de hourra football. Puis arrive le coup fatal selon moi : la blessure de Jérémy Toulalan que le retour de Boumsong en défense centrale ne va pas faire oublier. Car contrairement au début de saison, c’est désormais au milieu de terrain que le problème réside. Face à Grenoble, Rennes et Lille, Jean II Makoun prouve qu’il n’est absolument pas en mesure de tenir le rôle de la sentinelle devant la défense. Absolument pas une surprise quand on connaît sa carrière, beaucoup plus relayeur que pur défensif. Sans sentinelle, aucun 4-3-3 n’est viable défensivement ; Blanc et Guardiola pourraient en témoigner. A Bordeaux comme à Barcelone, l’équilibre défensif de l’équipe est basé sur les trois joueurs d’axe : les deux défenseurs et le 6. Enlevez-en un et c’est le chaos assuré derrière.
Face à Bordeaux, Puel a trouvé la solution pour rééquilibrer son bloc défensif en ajoutant un second récupérateur aux côtés de Makoun. Malheureusement, ce retour au 4-2-3-1, s’il a bien tenu derrière, a affiché les mêmes problèmes offensifs : un Pjanic encore tendre, des ailiers devant du coup aider la remontée du ballon (Bastos et Kallström ne sont absolument pas faits pour ça) et, en conséquence, un Lisandro trop seul sur le front de l’attaque. Incapable de se montrer dangereux, les Lyonnais ont ensuite subi la montée en puissance bordelaise en deuxième période pour finalement craquer à quatre minutes de la fin. Mais Puel pouvait t-il faire autre chose ? L’absence de Toulalan lui interdisait le 4-3-3 et celle de Govou le privait d’un bon animateur dans le couloir droit. 4-4-2 ? Aucune des paires possibles dans l’entrejeu lyonnais n’auraient pu répondre au trio Gourcuff-Fernando-Diarra.
Tout ça pour dire que l’OL ne retrouvera des couleurs que lorsque Jérémy Toulalan fera son retour devant la défense. J’ai dit.
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