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Arsenal-United : La leçon de Ferguson

4 février 2010 à 00:17

C’était le match qu’attendant Chelsea et Carlo Ancelotti : celui qui allait désigner le rival des Blues dans la course au titre. Arsenal face à Manchester United, Ferguson face à Wenger, la beauté du jeu court des Gunners face à l’efficacité du jeu direct des Red Devils. Alors que l’on attendait une rencontre serrée et disputée, les hommes de Sir Alex Ferguson ont donné une vrai leçon de football efficace à leurs jeunes adversaires qui n’ont pu que constater les dégâts à l’issue des 45 premières minutes. e-foot revient sur la promenade de Fergie à Londres. Et l’analyse.

Avant d’entrer dans le vif de sujet, il convient de vous remémorer la physionomie de la rencontre en quelques phrases. La chose est d’autant plus facilitée que Manchester United a eu la mainmise sur les débats de la première à la dernière minute. Concernant l’opposition, on a bien évidemment eu droit à une rencontre au niveau de la Ligue des Champions comme on en a l’habitude lors des Crunchs de la Premier League. Pour schématiser, la rencontre a connu trois grandes phases. La première a vu Manchester attendre et jauger les attaques d’Arsenal ; les Gunners sont restés muets mis à part sur quelques phases de contre, gâchées par les mauvais choix d’Arshavin, leur unique joueur de profondeur au coup d’envoi. Petit à petit, et bien aidés par les numéros de Nani sur le côté droit et l’ouverture du score malheureuse d’Almunia (31e), les Red Devils ont pris l’ascendant grâce à leur trio Carrick/Fletcher/Scholes, tellement dominateur dans l’axe qu’il a repoussé plusieurs fois Song et Denilson sur la même ligne que leur défense centrale. Pris au milieu, Arsenal doit s’en remettre à l’apport de ses défenseurs pour tenter de créer le surnombre et des fissures dans le bloc très compact de United. Deux montées de Gallas plus tard (37e, 52e), United mène 3-0 grâce à Rooney et Park. Nous voilà dans la dernière phase de la rencontre, la gestion de l’avantage : Arsenal est bien revenu au score grâce à Vermaelen (79e) mais la rencontre était pliée depuis longtemps. Manchester United s’impose donc et revient à deux points de Chelsea qui vient de manquer l’occasion de reprendre le large en s’inclinant face à Hull City.

Maintenant que tout est entré dans votre tête, c’est le moment d’entrer dans l’explication de la performance de l’équipe de Ferguson à l’Emirates. La première prend sa source dans l’exploitation de la faiblesse d’Arsenal : son incapacité chronique à varier le jeu, en tout cas avec le onze de départ affiché ci-dessus. Adebayor parti à City, Bentdner sur le banc, c’est Andreï Archavine qui se retrouve à la pointe de l’attaque des Gunners. Connu pour sa vitesse et sa capacité à prendre les espaces, le Russe n’est absolument pas un point d’appui comme pouvait l’être le Togolais avant son départ. Il est efficace dans le sens du jeu, pas dos au but. On le retrouve d’ailleurs à plusieurs reprises dans ce rôle précis sur les plus grosses occasions des Gunners mais ses mauvais choix ont fini d’achever son match difficile. Sans point d’appui, le schéma "récupération de la défense - ouverture vers l’attaquant qui tient le ballon - remontée du bloc - remise de l’attaquant vers un milieu de terrain" est impossible à exécuter.

Dès lors, comment remonter le terrain sans utiliser le jeu long ? Oui, je vois que vous l’avez : le jeu court bien sûr ! Celui-ci implique une grosse disponibilité de milieux de terrain efficaces dans les petits périmètres. Qui dit "petit périmètre" empêche dès lors l’exploitation de toute la largeur du terrain par les milieux. Reynald Denoueix l’avait très bien remarqué pendant la rencontre : Nasri et Rosicky, excentrés sur la feuille de match, touchaient la majorité de leurs ballons dans l’axe en échangeant avec Fabregas, Song ou Archavine. J’omets volontairement Denilson dont je soupçonne la fuite pour aller voir le match en 3D dans un pub de Londres... Bref, une fois la balle remontée, Arsenal se retrouvait avec cinq ou six joueurs dans l’axe, face à autant de Mancuniens repliés. Le surnombre devait du coup venir des côtés, avec les montées des latéraux, Sagna et Clichy.

Ne pas se faire éliminer : Scholes, Carrick et Fletcher

Pour contrer ce style de jeu, le troisième milieu de terrain défensif de Sir Alex a bien évidemment eu une importance capitale. Avec trois hommes dans l’axe, en plus de la défense centrale, Ferguson s’est assuré, sauf faute individuelle ou montée victorieuse d’un défenseur central, qu’il ne perdrait pas la bataille dans l’axe. Une seule consigne pour Carrick, Fletcher et Scholes : reculer si vous le voulez mais surtout ne vous faites pas éliminer. Contenir au lieu de presser, s’opposer et repousser le danger sur les côtés, voilà la manière de défendre qu’a appliqué Manchester sur le début de la rencontre et qui les a parfois amené à se replier à sept ou huit à l’entrée et dans leur surface de réparation. Autre consigne importante, pour tout le bloc cette fois : rester très resserré et parcourir toute la largeur du terrain en même temps que le ballon. Ici, la raison est simple : les attaquants adverses n’exploitent pas toute la largeur du terrain, pourquoi la défense le ferait ?

On en arrive à la partie intéressante de l’analyse : la contre-attaque. Pour ceux qui auront la chance de revoir quelques passages de la rencontre, vous pourrez remarquer qu’une fois le ballon récupéré, le bloc de United s’écarte pour occuper toute la largeur du terrain. Un exemple rapide : imaginons Arsenal perdant le ballon du côté de Rafael : Park et Evra qui traînaient au niveau de l’arc de cercle de la surface de réparation retournent dans leur couloir, l’un suçant la ligne et l’autre restant un peu à l’intérieur. Cela permet une solution de renversement rapide du jeu face à un adversaire en pleine phase de repli. En position libre devant, Rooney lui aussi fait ses appels en fonction de la position du bloc adverse. Grâce aux pattes de Carrick, Scholes ou Fletcher à la relance, MU peut ainsi parcourir le terrain en long, en large et, surtout, en travers pour profiter des espaces laissés par l’adversaire.

Exploiter la largeur : Super Nani et Rooney

Et des espaces, Arsenal en a forcément laissé derrière vu que l’organisation mancunienne forçait les défenseurs Gunners à prendre des risques pour créer des décalages. Décalages qui, au passage, n’ont pas eu grand chose de dangereux, les nombreux centres de Sagna ou Clichy retombant sur des Red Devils souverains dans les airs dans leur surface. Sagna monte ? Rooney est alerté le dos de Gallas. Clichy monte ? C’est cette fois Nani qui est servi. Gallas ou Vermaelen qui monte ? N’en faites pas trop, ça devient cadeau pour peu que l’action se termine sur une récupération adverse sans arrêts de jeu. Comme présenté plus haut, United a inscrit deux de ses trois buts suite à des montées de Gallas et des ballons perdus par Arsenal. Le premier vient lui d’un travail de Nani sur le côté droit qui achève Clichy et le milieu venu en soutien d’une manière toujours inconnue à ma connaissance.

Pour expliquer la domination de United sur cette rencontre, il faut aussi souligner l’absence quasi-systématique de pressing d’Arsenal dans le camp adverse. A l’inverse des habitudes de Barcelone, et peut-être par crainte de laisser trop de profondeur à Nani et Rooney, les Gunners ont eux aussi attendu leurs adversaires. Malheureusement pour eux, là où United pouvait remonter son bloc en une passe et un travail de fixation sur les défenseurs de Rooney, ils devaient remonter le terrain avec du jeu court et souvent axial (Nasri/Rosicky très rapprochés), solution toujours plus lente malgré l’aisance technique de Fabregas et consorts. Pire, cette obligation les mettait sous pression dès que United se décidait à mettre la pression. De la demi-heure de jeu à la mi-temps, les Londoniens ont eu toutes les peines du monde à ressortir, la faute au travail de Rooney et de ses milieux pour gêner la relance adverse.

Pour résumer, la victoire de Manchester United tient à plusieurs facteurs. D’abord, la faiblesse de l’organisation d’Arsenal avec des milieux qui n’ont pas exploité la largeur du terrain, un attaquant de contre utile face au but, inutile en point d’appui, une équipe obligée de prendre des risques pour créer le décalage. Des faiblesses parfaitement exploitées par le système de Ferguson avec son bloc compact pour limiter les espaces dans l’axe qui se balade sur toute la largeur du terrain avec des relanceurs capables de déclencher des contres depuis leur 30 mètres grâce aux appels des attaquants. Et bien évidemment, parce que ce serait être aveugle que de ne pas souligner sa performance : le match de titan réalisé par Wayne Rooney à la pointe de l’attaque, parfaitement supplée par Nani dont j’ai sans doute vu le premier bon match de sa carrière (je ne l’ai pas beaucoup vu). Profiter des faiblesses de l’adversaire grâce au talent de ses joueurs ? Il s’est pas foulé Fergie en fait...






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