Swamp Soccer

Swamp Soccer
02/02

La Finlande est décidément un pays merveilleux. Non seulement le Père Noël y habite mais c'est aussi là-bas qu'on inventa, il y a une dizaine d'années, le « Swamp Soccer », jeu qui consiste à pratiquer le football dans la boue. Le week-end dernier, grâce à son terrain le plus pourri du monde, l'équipe du CowGirl FC a pu découvrir les joies et les peines de cette drôle d'invention.

Pendant que l'arbitre tâte le terrain pour savoir s'il est praticable, Marie et moi nous faisons des passes. Enfin, on essaie. Le sol sableux est tellement boueux que le ballon peine à rouler. On réduit donc notre écart et on tire un peu plus fort pour que le ballon arrive jusque dans nos pieds gelés. Du coin de l'oeil, on observe l'arbitre et on espère qu'il va maintenir le match, puisqu'on est là, le short déjà sali par les éclaboussures et les crampons trempés de boue. Lorsque l'équipe adverse découvre l'état du terrain, elle écarquille les yeux. Ah bah, c'est sûr, c'est pas du synthétique. Le problème, c'est que ce n'est pas de la pelouse non plus. Ici, le gazon semble avoir fondu comme neige au soleil. Ne reste que du sable et des cailloux. Et aujourd'hui, l'eau de pluie a, par endroits, formé des flaques immenses de fange. Malgré tout, l'arbitre maintient la rencontre. On se dit qu'on va bien rigoler. On n'a pas tort. Mais pas complètement raison non plus.

On va perdre le match 8-0, dont un CSC marqué du genou par Cristine. On pourrait même dire un CSC et demi parce que Sam, qui a fait un super match en défense, a gêné Anissa dans les buts au début du match si bien que le ballon lui est passé entre les jambes.

On perd ce match parce qu'on est incapables de faire ce que réalisent nos adversaires qui ont compris qu'il était impossible de se faire des passes au sol et s'adressent donc des ballons aériens, forts et précis les ballons, en plus. De notre côté, on s'obstine à pousser la balle dans la boue. Du coup, on s'épuise. Et, surtout, à chaque passe c'est un gag : la trajectoire du ballon est déviée par les blocs de terre ou bien il s'arrête net dans l'eau boueuse. Au départ, c'est marrant. A la fin du match, ça devient pénible. Parfois, le ballon nous échappe en glissant sur nos crampons. Comme sur ce coup franc que je tire et qui a l'effet d'un pétard mouillé.

On perd aussi ce match parce que trois ou quatre d'entre nous ne couvrent pas leur zone de jeu, offrant ainsi des espaces gigantesques à l'équipe adverse. Et puis on joue trop bas, la défense passe beaucoup de temps devant les buts d'Anissa qui, avec ses tresses de Pocahontas, aura quand même bien limité les dégâts. Elle n'a pas frémi devant les boulets de canon envoyés par le sosie de Desireless, cheveux dorés coiffés en brosse. Elle n'a pas reculé devant les flaques de boue qui occupaient sa surface. Au contraire, elle a même plongé dedans pour sauver des ballons. Elle ne s'est même pas plaint du froid alors qu'elle avait le maillot trempé. On aurait pu se prendre le double de buts. Mais on aurait jamais évité ce magnifique but d'une des adversaires qui a récupéré le ballon de volée et l'a enroulé pour l'envoyer en pleine lucarne.

On perd surtout parce que, dans l'équipe adverse, il y a Lionela Messi. C'est l'arbitre qui me fait remarquer en se marrant qu'elle ressemble à La Pulga, avec sa coupe de cheveux. Léa Messi a 18 ans et souffle n'importe quelle autre joueuse grâce à sa vitesse de course. Une vraie sprinteuse. Belle à voir jouer. Rien que pour le talent de cette pulga, son équipe a amplement mérité la victoire.

Dans les vestiaires, on n'est pas franchement contentes de ce score-fleuve. On croyait en avoir terminé avec ce genre de défaite. Puis, à voir l'état poisseux de nos shorts et de nos chaussettes, on se dit au fond qu'on a joué comme on a pu. Ni bien, ni mal. Comme on a pu. Dans la boue, un jour de grand froid et de pluie fine.

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