Nouveau cycle, mêmes emmerdes

Nouveau cycle, mêmes emmerdes
25/01

C’est quoi un cycle ?

Il a fallu une défaite dite « honteuse » contre les Tonga pour lancer le projet Lièvremont, que l’équipe se transcende, se construise contre son coach, aille mourir en finale à un petit point des NéoZ, et réalise la meilleure performance française de l’histoire dans la compétition reine. En d’autres termes, il a donc fallu une défaite en poule contre une équipe plus faible pour que le projet Lièvremont démarre vraiment. Un projet entamé quatre ans plus tôt. A quoi bon donc construire ? Finalement, la recette est simple avec ces latins de Français, les mettre au fond du seau en poule et miser sur une réaction d’orgueil. A marché en 1999, en 2007, en 2011. Suffisant pour aller en finale ou en demie. Mais pas plus.

Là est tout le défi du mandat Sant-André, qui entame en ce moment à Marcoussis son cycle. Poser (enfin) les bases d’un projet de jeu type « club » qui amènerait les Bleus à stabiliser une équipe sur quatre ans, à construire dans la régularité, et arriver à une Coupe du monde en espérant miser sur autre chose qu’une réaction d’orgueil au mental, au courage, avec des couilles.

Lièvremont a essayé, il a raté. Du « tout pour le jeu » de ses débuts, au « tout restrictif » mi-mandat, Lièvremont n’a su ni donner une identité à son équipe, ni construire. Début juillet 2011, à deux mois de la Coupe du monde il a fallu tout reprendre à zéro.

PSA au volant ?

PSA est sans doute un bon manager. Son CV n'est pas dégueux, son palmarès non plus. Mais c’est à peu près tout. Ses déboires récents à Toulon, ses recrues cinq étoiles cumulées pour un jeu très pauvre ont aussi montré les limites de l’entraîneur. Ce dernier sait gueuler, dire à son capitaine de prendre une touche, se perdre dans des faux airs de coach NFL avec son casque... A part proposer de gagner des duels, le tout couvert d’une grosse organisation valorisée par un gros buteur, il n’a pas proposé grand-chose avec ses Toulonnais et a même terminé 8ème l’an dernier. Avec son effectif all-stars, Mourad rêvait de titre, il a eu la Amlin Cup. Galthié le technicien a envoyé une équipe moyenne en finale. Lui.

Mais Saint-André est malin, alors Saint-André a choisi des adjoints. Avec minutie. Et pas n’importe lesquels. Patrice Lagisquet et Yannick Bru. Des techniciens multi-titrés forcément tentés par une expérience dans la case supérieure. Des tech-ni-ciens dont la compétence n’est plus à prouver, comprendre : ce qu’il n’est pas. Au quotidien, ce seront eux les coachs. Au quotidien, ils vont construire pendant que Sant-André regardera de haut. Et c’est là peut-être la meilleure idée de Saint-André. Sur le papier.

Le groupe n’a accouché d’aucune surprise. Les leaders de septembre dernier sont là. Les nouvelles têtes sont peu nombreuses, l’équipe est connue d’avance. On mentionnera la première sélection évidente de Wesley Fofana, on évoquera celle non-moins choquante de Maestri à l’heure de renouveler une deuxième ligne vieillissante. Saint-André aurait pu innover un peu : Chouly, Bernard ? En vrai, il est difficile de chambouler un groupe qui a perdu une Coupe du monde d'un point. Dont Acte.

Sacrifier Fritz, une fausse bonne idée ?

Le seul cas sujet à étonnement est peut-être Florian Fritz. Encore ! Le puncheur toulousain semble une fois de plus payer ses écarts comportementaux avec les sélections de jeune. A moins que ce ne soit ses quatre cartons jaunes récoltés depuis le début de saison. En vrai, PSA semble, comme son prédécesseur, vouloir driver une équipe de « bons mecs ». Car si Florian Fritz reste un joueur qui évolue dans les marges, un joueur hors-cadre, un Dourthe 2.0 avec une palette d’attaquant sûrement un peu plus riche capable d'exploser à n'importe quel moment, il n’a plus eu les honneurs du XV de France depuis perpète. Si Fritz réactive l’image un peu désuète du joueur capable de péter un plomb à tout moment, de saccager une chambre d’hôtel un soir de cuite (cf Philippe Carbonneau dans les nineties), ses coéquipiers Dusautoir et Clerc -tendance gendre idéal- accumulent, eux, les louanges. Même Yann David, sorte de sosie pas encore abouti est dans le groupe et jouera lui avec la liquette bleue.

Lawrence Dallaglio, Martin Jonhson, Victor Matfield, Bakkies Botha, Richie McCaw sont certainement des personnes charmantes, sur le terrain, ce sont des vrais truqueurs. Et ils sont champions du monde. Eux. Loin de l’image lourdingue des jolies « valeurs de l’ovalie » véhiculées par le Fils à Jo et autres pubs pour assurance de mauvais goût, ces joueurs là, toujours à la limite de la règle, symbolisent le combat mental et caché rarement formalisé que peut représenter un match de rugby. Et là où il se gagne.

Pour un rugby joyeux, un rugby plaisir, mais aussi un rugby passion, Florian Fritz mériterait d’être revu.

Antoine Mestres & Tomas Tagliabue

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