La France n’avait jamais gagné un match dans un Euro sans Platini ou Zidane. La France n’avait perdu qu’un seul match dans un Euro avec l’un de ces deux joueurs (France – Grèce en 2004). Ces stats (qui n’en sont pas vraiment) un peu inutiles reflètent parfaitement une réalité historique du football tricolore : les Bleus ont besoin de grands joueurs pour faire de grandes choses. Sans franchise player, l’équipe de France n’est qu’une sélection européenne lambda, relativement inoffensive. À la différence de l’Espagne qui a su s’appuyer sur un collectif homogène et sans maillon faible pour conquérir son Graal, ou de l’Italie qui a acquis ses différents succès par une discipline tactique magistrale, la France, a besoin d’un moteur capable d’entraîner les joueurs qui l’entoure vers la gloire. Cette vérité de l’Euro est aussi valable en Coupe du Monde, compétition dont le onze du coq n’a franchi le premier tour « qu’à » cinq reprises, mais toujours pour accéder au minimum en demi-finale. Une fois avec Kopa (1958), deux fois avec Platini (1982, 1986) et deux fois avec Zidane (1998 et 2006). Trois leaders de jeu, chacun emblème d’une génération talentueuse et tous titulaires d’au moins un Ballon d’Or. Il avait fallu 25 ans pour que Kopa trouve un successeur, plus d’une décennie pour que Zidane prenne la relève de Platini. Il faudra donc sans doute attendre encore un petit peu pour que le vrai « nouveau Zidane » nous ramène au sommet. D’un point de vue historique, cet Euro français apparaît ainsi comme sportivement moyen. Si l’on établissait un comparatif sur les douze éditions précédentes, il serait même un petit peu au dessus de la moyenne. N’oublions pas qu’à une époque, se qualifier dans une grande compétition était déjà perçu comme un exploit. Or, en validant son billet pour l’Ukraine, la France a participé à sa neuvième grande compétition consécutive. Du jamais vu tout simplement.
Moins d’une semaine après son élimination, la France du football est déçue. Déçue par ce quart de final complètement manqué contre l’Espagne. Déçue par le comportement des joueurs durant la compétition. En partie déçue aussi par certains choix du sélectionneur. Le « va niquer ta mère » de Nasri envers un journaliste de l’AFP, le « va fa enculo » de Ménez à l’arbitre ou encore la nonchalance de Benzema pendant quinze jours ont suscité une vague d’indignation… une indignation sans doute un peu exagérée. Tout ces comportements sont, il est vrai totalement inappropriés, certains méritent même d’être sanctionnés, et il est normal de les noter et de les condamner. Mais n’ayons pas non plus la mémoire trop courte.
Beaucoup font d’Éric Cantona une sorte de héros des temps modernes, lui qui avait ouvertement traité le sélectionneur (et donc aussi le maillot bleu, celui qu’on doit chérir en chantant la Marseillaise) de « sac à merde ». La France est tombée sous le charme de l’Italien Mario Balotelli et de sa folie juvénile, un joueur qui ferait pourtant passer Samir Nasri pour un enfant de chœur. Les écarts de conduite de Ribéry nous ont révolté alors que nous sommes les premiers à regretter ceux de l’Irlandais Georges Best. Au final ces actes se ressemblent, mais il y a une donnée qui change la façon dont nous percevons leurs auteurs : le talent !
Et il s’agit là du véritable enseignement de cet Euro, l’équipe de France n’a pas de talent. Elle possède de bons joueurs, mais deux, tout au plus, sont des leaders dans des grands clubs européens. Et c’est là que se situe la vraie différence par rapport à 1998, 2000 ou 2006, une période durant laquelle au moins deux joueurs hexagonaux squattaient le top 10 du Ballon d’or. Car dans leur comportement, les joueurs français actuels ne sont pas pires que les autres. Pas pire non plus que ceux qui les critiquent aujourd’hui. Grégory Coupet, très habile pour donner des leçons sur M6 omet de nous rappeler qu’il y était lui aussi allé de son petit caprice en 2006 quand Raymond lui avait expliqué que ça serait Fabien Barthez (de retour de suspension après avoir craché sur un arbitre) qui serait titulaire. Niveau disciplinaire, les sélections étrangères ne sont pas en reste non plus. John Terry, qui a piqué la femme et insulté le frère de deux de ses compagnons de défense a été félicité par la presse internationale après sa remarquable prestation contre l’Italie alors que ses « victimes » ont été privées d’Euro par le sélectionneur des Three Lions. Arjen Robben, n’a même pas daigné rejoindre le banc de touche lorsque son sélectionneur l’a remplacé face au Portugal. Ainsi, les exemples récents de comportements condamnables ne manquent pas. Et quel que soit le pays, une seule chose permet d’obtenir la grâce populaire : les résultats ! Exactement ce qui manque aux Bleus depuis six ans…
Et Laurent Blanc dans tout ça ? Comme les joueurs : moyen. Est ce qu’un autre entraîneur aurait pu faire mieux ? C’est fort probable. Est ce que d’autres coaches auraient fait pire ? Sans doute aussi. Laurent Blanc n’est que le chef d’orchestre de musiciens sans charisme. Capables de jouer quelques beaux morceaux, épisodiquement mais pas assez talentueux pour répéter leur performance tous les soirs. Le champion du monde compose avec ce qu’il a sous la main depuis deux ans et force est de constater qu’il n’a pas grand-chose. On attendait plus de l’homme censé incarner le renouveau. On réclamait un peu plus de jeu, un peu plus de folie… En vain. Déjà parti, Blanc ne marquera sans doute pas l’histoire des sélectionneurs français. Il ne rejoindra sans doute pas les Batteux, Hidalgo ou Jacquet dans le cœur du public, alors qu’il n’est peut-être pas moins bon qu’eux. Ces derniers avaient également essuyé des échecs, ils avaient simplement réussi à briller dans la plus médiatique des compétitions. Au fond ce n’est pas si grave pour Blanc, il s’ajoutera simplement à la longue liste des sélectionneurs nationaux sans résultats probants. Une liste dans laquelle il rejoindra quelques grands noms comme Michel Platini, Henri Michel, Gérard Houiller, Just Fontaine ou Stefan Kovacs.
Quant à nous, Français et supporters de l’équipe de France il ne nous reste plus qu’à attendre, comme l’ont fait nos ainés entre 1958 et 1980 ou entre 1986 et 1998. Soyons patients et rappelons-nous que dans l’Histoire du football, la place de la France a rarement été la première, que le jeu qu’elle a produit n’a pas souvent été flamboyant et que les joueurs qui ont porté son maillot n’ont jamais été des saints. À deux ans d’une Coupe du Monde dans la patrie du football, rien n’incite à l’optimisme. Pourtant aujourd’hui la France est à sa place. Ni plus. Ni moins.
Antonin Bisson




+ -
+ -
+ -